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Les masques et nous : nous sommes une société qui communique avec le visage

La nature vous a dévoilé ses secrets. Elle n’aime pas à se dévoiler. Elle aime à se cacher. N’y a-t-il pas de ressemblance de comportement entre nous et la nature ? Je peux même dire que l’identification est admise puisqu’on fait partie de cet univers organisé : le cosmos. Héraclite, en attribuant à la nature ce sens de l’invisible, nous a déjà élucidé que nous sommes la Nature ou du moins un élément de la nature qui fait partie de ce système dont le secret caractérise son identité ou son essence pour reprendre Aristote. Cacher, c’est rendre invisible. Nous voilà confrontés à l’invisible que la science voudrait maîtriser. La nature aime à se cacher.

Cet amour à l’invisible est au commencement puéril et ludique. Les enfants jouent à cache-cache. Caches-toi sinon, tu seras puni, lance le petit enfant à son frère. Cet amour est enfantin car il nous renseigne sur l’invisible depuis notre jeune âge. D’où la tonalité tautologique de la question : l’invisible, n’est-il pas normal ? Il est donc normal que l’imprévisible soit un facteur, je dirais, déterminant dans la connaissance d’autrui car l’inconnu cohabite avec l’invisible.

Nous avons appris par le biais des sciences humaines qu’il ne nous est pas possible de spéculer sur l’objectivité de théories dont l’objet est la condition humaine. Il y a problème ou problématique épistémologique pour reprendre J .Piaget. C’est l’imprévisible qui endigue un enchaînement discursif sur l’objectivité des sciences humaines pour la simple raison, c’est qu’il s’agit d’une certaine intersubjectivité susceptible de produire des discours à tendance interprétative. La vision s’est confronté à l’imprévisible. Du coup, le discours a perdu de sa rigueur causale. Il n’y n’aura pas lieu d’autres devenirs différents au vécu. Tout discours prophétique transposant les formes mathématiques établies à une réalité qui aime à camoufler, est voué à l’échec. Cache-toi, ordonne-t-il à sa femme ou sa fille. On est plus là dans le ludique. Le ton est grave et sérieux, on est dans le" pudique". C’est le summum du contraste. Elle cache une partie de son corps de crainte qu’elle soit décriée par la doxa .Cache une partie de ton corps dans le but de libérer l’errance du fantasme. Il a affronté l’invisible en éveillant les meilleurs possibilités fantasmatiques afin de se procurer le prévisible. Il me semble qu’on est tous pour le moment prisonniers de la citation d’Héraclite. Il serait évident de ne plus miser sur la certitude, sinon le dogme s’y mêle, et puis ce serait à l’indolence de conduire le discours vers la faillite de la lumière.

Tout le monde attend que l’invisible soit dissipé. N’avons pas dit que l’invisible est naturel ?

Faisons à ce que l’incertitude le relativise et acceptons les réactions de la nature. Même si elle aime à se cacher, la nature se manifeste en signe d’affirmation qu'elle fait partie du cosmos et qu’elle y occupe un remarquable espace. Dans un laps de temps la personne s’est convertie en personnage. La personne porte un masque, elle s’est déguisée en personnage. Tout ça à cause de l’invisible qui nous oblige à nous cacher. Cette image fait écho à une citation peut être coranique qui dit à peu près ceci : Oh Fourmis, rentrez chez vous avant que vous ne soyez écrasés par Soulaymane et son armée. Rentre chez toi ! Confine-toi ! Sois invisible à l’image de l’invisible ! Ôte ta personne et mets ce masque. Cache- toi, toi-même. Pauvre chair, toi qui nous appris beaucoup sur notre vérité, on te réprime sous prétexte que l’invisible est nuisible. Tu ne souris plus, faute de distanciation, laquelle endigue l’intercorporéité et balise le terrain au mensonge qu’évoque le masque. Nous sommes une société qui communique avec le visage. Mais masquer le visage est une atteinte à la vérité qui dévoile tout. Oui cacher est un amour de la nature me diras-tu. Seulement voilà, cet amour est ludique et pudique. Dans ce cas de figure où la figure est masquée et l’obligation de mimer le même rôle, le lien social risque de perdre de sa nature. Il faut d’abord que je te reconnaisse, ensuite c’est à moi de voir comment dois-je me comporter avec toi. Tant que tu es masqué et je le suis aussi, je ne vais plus distinguer entre soi et autrui puisque l’uniformité nous impose ses règles de nous masquer. Toi et moi, on joue le même rôle, celui d’esquiver la fin et de nous réfugier derrière le mythe comme si notre destinée était déjà écrite. La nature aime à se cacher, mais elle aime qu’on lui sourit.

Hélas, le fait de se réduire au personnage et vivre le verbe masquer, reporte, pour ne pas dire réprime le sourire et porte atteinte à la corporéité qui voulait toujours rallier son devenir à la vérité, un aveu pour reprendre Michel Foucault. J’allais crier : A bas les masques !

28 avril 2020



* Carnaval de Venise Wikipedia


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Il y a actuellement 2 réactions.

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Commentaire sur le commentaire
par Abdelmajid BAROUDI le 4 mai 2020

Merci  Rachid Fettah pour votre  lecture.  C’est vrai que cette réflexion  appelle la distanciation, dans la mesure où le sens y côtoie les questions.  Il a fallu  dévoiler  l’invisible en lui attribuant des notions qui  s’arrachent à la doxa. D’autant plus que la patience, c’est à dire le cumule, alimente  ce genre d’écriture  dans lequel  le récit  s’harmonise avec les notions philosophiques,  loin de la description.

Réaction
par Rachid Fettah le 3 mai 2020

Voilà un texte bien tissé. L'auteur y combine les concepts. Un travail de tissage minutieux qui noue et renoue les fils pour concrétiser les motifs.

Une telle façon d'écrire invite le lecteur, averti, à un jeu de texte et de prétexte. L'expression " La nature aime à se cacher"n'est à mon sens qu'un prétexte, élément déclencheur pour configurer le texte. Ce dernier est à l'image de l'homme dont la nature n'est qu'une transposition.

Ce qui caraciérise cette necture-interprétation , c'est ce va et vient entre le fond et la surface. Entre le connoté et le dénoté. N'est-ce pas l'un des objets de la philosophie, faire confronter et affronter les concepts, frotter l'un contre l'autre. Alors elle ne donne pas de réponse, mais elle se contente d'attiser le feu des interrogations.

De ce fait, l'écriture de monsieur Baroudi a cette singuliarité, déflorer le sens. Elle est allusive parce qu'elle compte sur la coopération du lecteur, elle n'épuise pas la signification et le sens pour laisser des vides que le lecteur pourrait combler. Ce qui revient à dire que le sens et la signification ne prennent pas formes qu'à la seule condition que les deux bouts de l'interprétation, "écrire/lire" arrivent à se rejoindre.

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Merci, monsieur Fettah, pour votre excellent commentaire sur Tolerance.ca en réaction à l'article de notre collaborateur.

Victor Teboul

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