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Confidences à Allah ou Jbara la meurtrie, de Saphia Azzedine

Jbara  a ouvert ses yeux sur un monde où tout est interdit, haram. Même sa naissance relève du haram. Il n’y a ni éducation ni  notion de beauté  à Tafafilt , pour la simple raison, qu’on est pauvre. La finesse et la galanterie sont données aux riches.  Jabra, dans son milieu ne signifie rien sauf son travail qui tolère son étant. « Mon père serait incapable de vous dire  si je suis belle, ma mère aussi. Ils diraient tout au plus : « C’est une fille travailleuse, Jbara ! » « C’est une notion de riche, la beauté. Moi, pour l’instant, je suis travailleuse.»

Permettez moi de dédier la présentation de ce beau roman à celles et à ceux qui militent pour les Droits de la Femme en corrélation avec les Droits humains.

C’est grâce à l’émission On  n’est pas couchés, animée par Laurent Ruquier,  sur France 2 que  j’ai pris connaissance du roman « CONFIDENCES A ALLAH  »que Saphia Azzedine a commis.
Tout au long des 165 pages (1), Saphia AZZEDINE retrace le parcours  d’une femme issue du sud marocain, parcours chargé de souffrance, de servitude  et du pouvoir patriarcal alimenté par le religieux. Le roman « Confidences à Allah » est en vérité  une illustration de la condition de la  femme  au Maroc et en particulier dans le monde rural.

Jbara le personnage  clef du roman qui incarne la souffrance causée par la férocité de  la géographie  et la sévérité de la culture.
« Tafafilt c’est la mort et pourtant j’y suis née. Je m’appelle Jbara …. Je suis pauvre  et j’habite dans le trou du cul du monde. », s’écrie-t-elle.

Jbara ne représente qu’une partie du parcours caractérisé par la dureté de la vie à Tafafilt duquel cette Jbara veut se débarrasser.

La seconde étape de ce calvaire sera titrée par un autre prénom que Jbara est  obligée de porter, c’est Shéhérazade. Khadija  sera  le troisième prénom que Jbara  va assigner à son sort. Au fait,  chaque prénom est synonyme d’une souffrance que Jabra  a endurée toute sa vie, contrairement à  ce qu’espérait et ce à quoi elle aspirait.

De l’enclavement  de Tafafilt ajouté à  une violence  du pére, en passant par l’humiliation qui a ouvert les portes de la prison,  c’est l’histoire  des prénoms  qu’on a gravés  sur le corps de Jabra. Seul Allah est témoin et complice de ce  qu’endure cette fille qui est née de la mort. « Allah. Mais quand même, pourquoi tu m’as laissée là ? Tu trouves que c’est une vie, Tafafilt ? C’est quoi ma valeur ajoutée en tant qu’être humain ici ? »

Jbara  a ouvert ses yeux sur un monde où tout est interdit, haram. Même sa naissance relève du haram. Il n’y a ni ’éducation ni  notion de beauté  à Tafafilt , pour la simple raison, qu’on est pauvre. La finesse et la galanterie sont données aux riches.  Jabra, dans son milieu ne signifie rien sauf son travail qui tolère son étant. « Mon père serait incapable de vous dire  si je suis belle, ma mère aussi. Ils diraient tout au plus : « C’est une fille travailleuse, Jbara ! » « C’est une notion de riche, la beauté. Moi, pour l’instant, je suis travailleuse.»

Raibi Jamila (yaourt consommé par la classe pauvre parce qu’il est le moins cher), les brebis, Miloud le berger, le désir du sexe inachevé et ses conséquences, la violence symbolique du père qui trouve ses références dans la sacralité du discours du fkih  et la complicité d’Allah, tout ceci  précipite sa fugue.

Pour esquiver le doxa, Jbara  n’a trouvé qu’une solution, substituer la réalité au rêve en vue d’un bonheur  qui lui permettrait d’oublier le passé. Jbara  n’est donc plus Jbara. Elle se prépare pour un nouveau code social que son deuxième prénom lui procure. Désormais, elle s’appelle Shéhérazade.  Va –t-elle rencontrer Shahrayar ? Son rêve, va-t–il se concrétiser en vie en rose ressemblant à sa  valise ?  Le bonheur sera-t–il au rendez–vous ?

Loin de Tafafilt, Jbara est obligée de travailler pour qu’elle soit dans les normes de ce qu’on a lui appris. Mais cette fois ci, elle  le fait  pour  son compte à elle et non pour son père. Elle doit gagner sa vie. Seul Allah est témoin de  ce revirement : «  Merci Allah. Mais pardon aussi, je me doute que tu n’aimes pas tout  ce que je fais, tu ne cautionnes  pas. Et c’est normal. Mais quand même, j’ai une question. Si j’étais née dans une famille bien, avec une éducation bien j’aurais forcément été une fille bien, Allah. Je me serais mariée avec un homme bien. Mais ce n’est pas comme ça que ça s’est passé au départ. Tu avoueras  que je suis partie avec vachement plus d’emmerdes. Comment tu vas faire pour me juger ? J’espère que tu tiendras compte de mon mauvais départ. »

C’est en travaillant qu’elle va  concrétiser ses ambitions  et ses rêves.  Pourtant la réalité avait une autre version de ce qu’elle pensait.

Dans  une villa où elle travaille comme bonne, Jbara découvre l’artificiel. La brosse à dents, le savon, les parfums et le miroir. Tout cela  affiche les prémisses d’un autre cheminement qui mène directement à la prostitution, lequel cheminement correspond parfaitement à Shéhérazade, synonyme d’humiliation. Toutefois, démunie de toute résistance,  la future Shéhérazade, encore une fois, s’adresse à Allah  car son silence pourrait lui légaliser ses actes.
Le travail chez la bourgeoisie locale a balisé la voix  de la prostitution.  Chez les sidi et Lalla, l’exploitation des bonnes est physique et  sexuelle, autant se prostituer,  Jbara ne subira ainsi qu’une seule  exploitation, payante par-dessus le marché. «  Je ne veux plus travailler comme bonne. Je veux gagner de l’argent et trouver un homme qui me fera ça plus souvent. En tout cas, commencer par gagner de l’argent pour pouvoir choisir l’homme que je voudrai ».

C’est au Casino que les portes  de l’humiliation  vont s’ouvrir pour accueillir Shéhérazade. Le temps de la bergère qui n’a pas connu  les mystères de la nuit est révolu. Ce sont les Cheikhs du Golfe  qui vont signer le document de l’humiliation.

« Il ouvre le tiroir  de sa table de nuit et prend une liasse de 100  dimars . Tout  neuf. Je  me suis déshabillée aussi et d’un geste il m’ordonne  d’enlever mon string. Puis il éclate  de rire en jettent des billets  de 100 dimars . Je le regarde faire. Il me dit :

-Chaque billet que tu attrapes, il est à toi. Mais tu dois  les attraper avec les fesses, hahahahahahaha !! »

Le monde de la prostitution l’a conduite en prison .Shéhérazade, c’est définitivement terminé. Le corps n’en peut plus « J’ai vieilli d’au moins dix ans. On dirait que j’ai 33ans. Pourtant je n’en ai que 23. Je m’appelle de nouveau Jbara. Vous avez déjà vu une Shéhérazade sans dents ? Moi non plus.  Tandis que  pour une Jbara, c’est presque un luxe d’avoir des dents ».

Après la prison, Jbara va entamer une  nouvelle expérience. Ce sera  son  dernier  parcours. Cette fois-ci, c’est l’emprisonnement qui porte le nom de khadija  car « Jbara est moche, Shéhérazade ça fait pute, Khadija  c’est la femme du prophète, paix  à son âme ».

Au final, Jbara va sombrer dans un nouveau monde noir, sauf que celui-là est tissé : « Merde à la fin, ce voile me fait chier ! Je me prends les pattes dedans à chaque pas ! En  plus, avec mes gants noirs  j’ai du mal à chercher mes pièces dans mon porte–monnaie. Ça fait plus de deux ans  que je suis totalement recouverte de noir  et ça commence à bien faire. D’accord, mon mari est imam mais au départ je ne comptais pas rester si longtemps. Et puis voilà, je me suis attachée à lui et maintenant je suis prisonnière de ce voile ».

(1) CONFIDENCES A ALLAH est le premier roman écrit par SAPHIA AZZEDINE. Editions  Léo Scheers. 2008.

9 janvier 2012
 



* Image: saphiazzedine.com


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Collaborateur résidant au Maroc.

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