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Hélène Wavroch : « Nos aînés, ce sont des forces de la nature ! »

par
Collaboratrice de Tolerance.ca®
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Hélène Wavroch a une feuille de route impressionnante. Militante de longue date au sein de plusieurs groupes de lutte contre la discrimination raciale et le harcèlement sexuel, elle est depuis 1998...


 

 la présidente du Conseil des aînés, l’organisme gouvernemental québécois chargé de conseiller la ministre d’État à la Famille et à l’Enfance et ministre responsable des Aînés sur les questions relatives au troisième âge. Madame Wavroch est aussi une des premières femmes noires à occuper un poste de haut rang au sein de la fonction publique du Québec.

Madame Wavroch a été présente sur tous les fronts, s’est battue pour de nombreuses causes et a reçu plusieurs distinctions au cours des trente dernières années. Femme de tête et de caractère, elle s’est investie corps et âme dans chacune de ses batailles au point d’entreprendre des études universitaires pour parfaire ses connaissances. Tout en assumant ses fonctions de présidente du Conseil des aînés du Québec, elle ne délaisse pas pour autant ses autres engagements au sein des nombreux conseils d’administrations dont elle est membre.

Née à Montréal d’un père antillais et d’une mère irlandaise, Hélène Wavroch a vécu son enfance à Coleraine, dans la région de la Chaudière-Appalaches. Elle était une jeune fille pleine d’ambitions, se rappelle-t-elle, en dépit des difficultés que les femmes devaient surmonter à l’époque.

« Dans les années soixante, on pouvait aspirer à devenir uniquement infirmière, enseignante ou secrétaire, se souvient-elle. Moi, je voulais devenir médecin ! J’ai commencé par être infirmière avec l’intention de mettre de l’argent de côté pour retourner aux études ensuite et devenir médecin ».

Mais la destinée médicale a rapidement pris un autre tournant lorsque Hélène Wavroch s’est rendu compte dans quelles conditions les infirmières travaillaient.

« Le médecin était toujours un homme, et l’infirmière était la servante à son service. Après un an, j’ai commencé à me révolter et je me suis lancée dans le mouvement syndical infirmier. J’ai consacré une bonne partie de ma vie à défendre les intérêts des infirmières et à faire en sorte qu’on respecte leur apport à la société. »

En menant cette lutte syndicale, Hélène Wavroch a senti la nécessité de se doter de connaissances en poursuivant des études en droit et en relations de travail, ainsi qu’en communications, tout en assumant son rôle de mère de famille. « Je veux que les gens, peu importe d’où ils viennent, peu importe leur âge ou leur couleur, soient traités humainement, équitablement, avec un respect pour leur personne. C’est ce que je continue de faire aujourd’hui auprès des aînés », explique-t-elle.

La présidente du Conseil des aînés a consacré une grande partie de sa vie aux infirmières, puis aux communautés ethnoculturelles, avant de se consacrer aux personnes âgées. Pour elle, toutes ces causes ne sont pas diifférentes les unes des autres. « Le fil conducteur dans tout ça, c’est que nos valeurs changent, mais pas nécessairement pour le mieux. Si on est ouvert à certaines choses, on devient fermé à d’autres. » La société est plus équitable à l’égard de certains groupes, mais cela n’empêche pas que d’autres soient victimes d’exlusion.

Lors de sa nomination au Conseil des aînés, Hélène Wavroch s’est lancé comme défi de changer la perception du public vis-à-vis les personnes âgées. « Je veux faire en sorte de promouvoir une image positive, une image valorisante. À partir du moment où j’aurais fait changer les perceptions, le reste va suivre. »

L’âgisme, une nouvelle forme d’exclusion

Les personnes âgées du Québec souffrent de plus en plus de solitude. « Autrefois, il y avait beaucoup d’entraide au Québec, parce qu’on vivait dans des villages, qu’on était issu de familles nombreuses et qu’il n’y avait pas d’aide sociale, rappelle-t-elle. On a perdu cette valeur-là et cela se traduit par un individualisme grandissant. On trouve aujourd’hui beaucoup de personnes âgées seules, sans appui de la société, et qui sont souvent très pauvres. »

Le problème peut être vécu de façon plus tragique encore au sein de certaines communautés culturelles où les valeurs familiales ont historiquement été très fortes. « Les Italiens, les Grecs, par exemple, sont reconnues comme ayant des cultures familiales. Mais en étant exposées à notre société, laquelle favorise davantage l’indépendance des individus, certaines communautés culturelles sont vouées à modifier leurs comportements traditionnels. »

« On est témoin aujourd’hui, déplore-t-elle, d’abus moraux, physiques et financiers dans des familles qui, autrefois, étaient beaucoup plus liées. Pour nous, les intervenants, c’est une nouvelle réalité. Et ce n’est pas encore évident de savoir comment on va répondre à ces défis. »

Tandis que certaines personnes âgées subissent un rejet familial, d’autres subissent une exclusion sociale qui les contraint à mettre un terme à leurs occupations professionnelles.

« Autrefois, on a créé le mot ‘sexisme’, signale Hélène Wavroch. Puis, à un moment donné, on a compris ce que signifiait le mot ‘racisme’ . Aujourd’hui, il faut comprendre ce qu’est ‘l’âgisme’ . Parce qu’on fait de ‘l’âgisme’ et on ne s’en rend même pas compte ! »

Pour combattre ce phénomène, Hélène Wavroch est convaincue qu’il faut informer la population.

 Vieillir n’est pas une maladie

« On ne peut pas faire semblant qu’on ne vieillira jamais. Il y a des phénomènes physiologiques et biologiques qui s’opèrent. Quand vous êtes conscient que la personne qui traverse la rue lentement ne le fait pas exprès, mais qu’elle est physiquement incapable de marcher plus vite, vous devenez plus tolérant. »

La persévérance d’Hélène Wavroch est légendaire. Cela exige du temps pour atteindre ses objectifs, se rappelle-t-elle. Elle n’a réussi à améliorer les conditions de travail des membres de la Fédération des infirmières unies, organisme dont elle a été la présidente pendant treize ans, qu’après plusieurs années de lutte acharnée. Elle a donc la ferme intention de continuer à travailler d’arrache-pied pour défendre les aînés du Québec afin de changer les mentalités à leur endroit.

« Ce sont des changements de mentalité qui prennent vingt ans, reconnaît-elle. Je calcule que j’en ai pour dix-huit ans encore à répéter les mêmes choses avant qu’on comprenne que vieillir n’est pas une maladie, c’est un processus normal de la vie. »

Un processus tellement normal que la présidente ne tolère pas, non plus, qu’en matière de soins de santé, l’on ne tienne pas compte des besoins spécifiques des personnes âgées.

« J’ai de la difficulté à accepter qu’on prenne des décisions en matière de santé en fonction de l’âge de la personne. On voit, par exemple, des personnes âgées qui ont des crises cardiaques et des médecins qui décident qu’on ne les ranimera pas parce qu’elles ont quatre-vingt-dix ans. Qui sommes-nous pour décider qu’à cet âge, notre vie doit s’achever ? »

La situation n’est toutefois pas désespérée, puisque madame Wavroch observe déjà une ouverture d’esprit, notamment dans les médias.

« Autrefois, dans les annonces publicitaires, c’était seulement des jeunes femmes belles qui conduisaient des autos. Ensuite, on a vu des hommes échevelés. Puis, on a commencé à voir des minorités visibles. Aujourd’hui, on remarque de plus en plus de têtes blanches. »

Le vieillissement grandissant de la population au Québec laisse d’ailleurs présager des ajustements rapides. « Au Québec, on a une espérance de vie plus élevée. En France, on a doublé la population des aînés en l’espace de soixante-quinze ans. Au Québec, cela s’est fait en trente ans. »

Mais le Québec est quand même avant-gardiste en ce qui regarde nos responsabilités vis-à-vis les personnes âgées.

« Tout d’abord, nous avons au Québec un ministre qui est responsable des aînés. C’est quelque chose qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. On est également reconnu pour avoir des associations d’aînés en quantité industrielle. On en a même trop. Il manque une certaine concertation. Dans mon travail quotidien, c’est ce que j’essaie de faire. L’idée est de les regrouper pour créer une base solide de concertation. Le groupe le plus important, à ma connaissance, c’est l’American Association of Retired Persons, qui compte au-delà de cinq millions d’adhérents. »

« C’est un lobby absolument extraordinaire qui est structuré d’une façon qui dépasse l’imagination et, à toutes fins pratiques, c’est comme une forme de gouvernement non élu. Ils se concertent beaucoup, chose qu’on ne fait pas ici et cela nous nuit. »

Passionnée par les nombreux défis que lui pose sa nouvelle fonction, Hélène Wavroch est également fascinée par la vitalité des personnes âgées qu’elle rencontre.
 

Partir en patins à roues alignées à 82 ans

« J’aimerais être capable de capter avec une caméra ce que j’observe auprès des personnes âgées. On a des gens qui sont des forces de la nature qui dépassent l’imagination. À Verdun, en banlieue de Montréal, j’ai connu une grand-maman de quatre-vingt-deux ans qui partait en patin à roues alignées chercher ses cinq petits-enfants à l’école.

Avant les fêtes de Noël, j’étais avec une amie qui fait de la planche à neige et j’ai été étonnée de voir autant de personnes âgées sur des planches. L’année dernière, il y a eu sept mille inscriptions à l’Université du troisième âge au Québec. Les aînés retournent aux études, pratiquent diverses activités. Ce ne sont pas les personnes âgées que nous avons connues à l’époque de nos grands-parents ! »

Dynamique, Hélène Wavroch n’a jamais douté de ses capacités de parvenir à ses fins. Déjà, en 1975, elle recevait le prix de la « Femme de l’année » décerné par le gouvernement du Québec. Aujourd’hui, elle est la seule femme noire à présider un organisme gouvernemental québécois.

« Lorsque je me présente, je fais des blagues en disant que je suis la seule femme haut fonctionnaire du gouvernement du Québec, qui est noire, ce qui est vrai ! », s’exclame celle qui, vingt ans plus tôt, s’est vu refuser un poste de lectrice de nouvelles à la télévision en raison de la couleur de sa peau. « J’ai décidé, à un moment donné, d’utiliser ma couleur à mon avantage et à celui des vrais immigrants. Je suis capable de m’exprimer en langage populaire et je me sens un peu l’ambassadrice des vrais immigrants. »

De là à dire que la présidente du Conseil des aînés aurait été noire il y a vingt ans, rien n’est moins sûr.

« Non. Cela n’aurait pas pu être le cas. Même lors de ma nomination à la présidence du Conseil des aînés, j’ai vu des réactions dans certains regards qui disaient : ‘Dans tout le Québec, il n’y avait pas une femme aînée blanche pour occuper ce poste ?’ Je sais que je suis confrontée chaque fois à cette réalité. Aujourd’hui toutefois c’est plus acceptable que cela l’aurait été il y a vingt ans. Autrefois, il y aurait eu une levée de boucliers! »


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David, Frédérique
par Frédérique David

D’origine française, Frédérique David réside depuis plus de quinze ans au Québec et travaille comme journaliste indépendante pour plusieurs publications.

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