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Le sens de Yom Kippour pour juifs et musulmans

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Après le Nouvel An juif, célébré le 19 septembre en 2009, voilà que Kippour approche avec le vif désir de manifester nos sincères vœux à la communauté juive. 



Dans le calendrier liturgique juif, le Jour de l'Expiation – Kippour ou Yom Kippour ou Yom ha Kippourìm – est le plus important de l'année ; en araméen, c’est yomà, "le jour" par excellence, qui donne son titre au traité de la Mishnà qui en expose les règles. "Le jour" tombe le 10 de Tishri, premier mois d’automne.

Depuis l’époque de son institution biblique, Kippour est le jour de l’année où les fautes sont effacées et où le destin futur de tout homme est fixé, après le jugement auquel il a été soumis au cours des jours précédant le Nouvel An. La tradition rabbinique a expliqué très en détail quelles fautes peuvent être effacées totalement ou en partie, ou suspendues, selon leur gravité.

La force expiatrice du Kippour se mesure par l'obligation principale imposée à l’homme dans les jours qui le précèdent : la techouvah. Signifiant littéralement "le retour", c’est le mot par lequel on désigne le repentir, au sens de retour à la voie droite. Ce retour comporte la conscience d’avoir commis une faute, l'intention de ne pas recommencer, la confession publique et collective. Tout cela est nécessairement fondé sur la foi en un Dieu miséricordieux et clément qui vient à la rencontre de celui qui a mal agi. En tout cas la rémission des fautes se réfère à celles commises dans le cadre des rapports de l'homme avec le Seigneur ; les fautes contre les hommes ne sont effacées que par les hommes. C’est pourquoi, à la veille du Kippour, chacun doit aller demander pardon à ceux qu’il a offensés.

Pendant toute la durée d’existence du Temple de Jérusalem, les cérémonies du Kippour étaient l’ensemble liturgique le plus complexe et le plus solennel. Il n’était permis au Grand Prêtre d’accéder au Saint des Saints que ce jour-là. Le respect des détails prescrits était essentiel, demandait une préparation prolongée et minutieuse, et une exécution attentive sur laquelle veillait anxieusement toute la collectivité réunie au Temple. Après la destruction du Temple, il n’est resté de tout cela que le souvenir nostalgique qui, dans la liturgie du Kippour s’exprime, le matin, par la lecture, du passage du Lévitique et, en début d’après-midi, par une longue évocation poétique du cérémonial.

Ce jour-là, la liturgie à la synagogue atteint le sommet de l'effort ; des prières longues et solennelles le soir du début sont organisées, puis une séance pratiquement ininterrompue du lendemain matin jusqu’à l’apparition des étoiles. Les moments particuliers sont ceux de la lecture de textes de suppliques, la lecture, le matin, d’Isaïe 57, qui décrit comme un véritable jeûne la pratique de la justice et, l’après-midi, du livre de Jonas, la représentation grandiose de la miséricorde divine. La présence du public dans les synagogues atteint son maximum annuel ce jour-là, spécialement aux moments les plus solennels du début et de la fin.

Ce qui est essentiel, dans le Kippour, c’est l’implication personnelle, surtout avec un jeûne total sans boire ni manger pendant environ 25 heures – les malades en sont dispensés – et d’autres formes d’abstinence (retirer du plaisir en se lavant, utiliser des crèmes parfumées, porter des chaussures en cuir, avoir des rapports sexuels). Il y a aussi la dimension familiale et sociale, dans les repas qui précèdent et suivent le jeûne et dans les réunions des familles à la synagogue pour recevoir la bénédiction sacerdotale, donnée par les Cohanim, les descendants d’Aaron.

Malgré l'austérité, la solennité et les formes imposées d’affliction physique, le Kippour est vécu collectivement avec sérénité et joie parce que l’on sait que, de toute façon, la miséricorde divine ne fera pas défaut. Dieu est généreux envers ses créatures qui lui supplient le pardon le jour du Kippour.

Pour conclure ces brèves explications, il peut être intéressant, de proposer une réflexion sur le sens que le Kippour a eu et peut avoir aujourd’hui dans le débat entre juifs et musulmans. En effet, dans la formation du calendrier liturgique musulman, les origines juives ont eu un rôle décisif comme modèle à reprendre et transformer par de nouveaux sens. : Le jour de repos hebdomadaire devient le vendredi au lieu du samedi.

Dans certains cas, l’Islam a même fêté le souvenir de l'observance de préceptes bibliques typiquement juifs : la fête d’Achoura. Instituée par Mahomet, avant l'introduction du jeûne du ramadan, il s'agit d'une période de jeûne de deux jours, dont le second, le 10 de mouharram, a donné le nom à l'événement : le nombre 10 se disant ašara en arabe. Ce jeûne était calqué sur le jeûne juif de Yom Kippour, et Mahomet l'a étendu également au 9 pour éviter que soient confondues les fêtes musulmane et juive.

Voyant les juifs s'adonner à un jour de jeûne, Mahomet, leur en demanda la signification (selon la version la plus répandue du hadith*) ; ceux-ci répondirent qu'ils commémoraient ainsi la sortie d'Égypte des Hébreux sous la conduite de Moïse ; se réclamant des anciens prophètes bibliques Mahomet affirma être plus en droit de jeûner ce jour. Cela démontre bien l'importance de la continuation prophétique dans la mission dont se réclamait l'islam.

Toutes les bénédictions vont à nos frères juifs avant Yom Kippour (Jour du Grand pardon).

Notes

*hadith : Les dires et les actes de Mahomet

Durant la fête d’Achoura, dans la région de Gabès (sud tunisien) ils font la visite des maisons avec un petit roseau, appelé achoura, que les adultes remplissent de bonbons et de monnaie.



* Image : Wikipedia.org


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