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Élections municipales 2021. Les promesses électorales à Sherbrooke

par
Formation en mathématiques et en didactique des mathématiques. Ph. D. (Université Laval)
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Hôtel de ville de Sherbrooke. *

Il faut se demander comment à Sherbrooke des candidats à la mairie qui ne sont pas chefs d’un parti peuvent faire des promesses. Il y en a même un dont on peut lire sur son site Internet douze pages de ce qu’il appelle sa « plateforme électorale ».

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Lors de l’élection des marguilliers, c’est-à-dire ces gens chargés selon une coutume remontant au Moyen Âge d’administrer les biens d’une paroisse, tout le monde serait surpris si on les entendait promettre quelque chose pour être élus. Les marguilliers sont choisis sur la base de leur personne. Point. C’est avec l’apparition de partis politiques au 19e siècle que les promesses électorales se généralisent, au point même de devenir essentielles au fonctionnement de nos démocraties modernes. Un parti est le groupement d’individus cherchant à remporter simultanément plusieurs sièges d’une assemblée afin d’en prendre le contrôle. Or il ne peut conquérir le pouvoir ni se distinguer d’autres partis sans expliciter de quelle manière il veut répondre aux aspirations de la population et quels buts il entend poursuivre, d’où les promesses qu’il fait et qu’il s’engage à réaliser en échange de votes. Au temps où les partis n’existaient pas, il ne serait pas venu à l’idée d’un candidat à une élection de faire une promesse : sachant de toute façon qu’il n’avait aucun moyen de la réaliser, il se serait contenté de faire état de sa personne pour être élu.

Il faut se demander comment à Sherbrooke des candidats à la mairie qui ne sont pas chefs d’un parti peuvent faire des promesses. Il y en a même un dont on peut lire sur son site Internet douze pages de ce qu’il appelle sa « plateforme électorale ». Dans tout gouvernement, on retrouve l’exécutif et le législatif. Dans une ville, le maire (exécutif) applique les décisions prises par le conseil municipal (législatif) de sorte que, seul, il n’est qu’un exécutant. À l’opposé, un candidat à la mairie qui est chef de parti (exécutif + législatif) peut faire des promesses, car il espère prendre le contrôle du législatif en faisant élire suffisamment de membres au conseil.

À Sherbrooke, les candidats indépendants à la mairie jouent sur deux tableaux : ils disent qu’ils sont indépendants, mais font des promesses comme s’ils sont des chefs de parti. Les médias et la population sont fautifs de ne pas réaliser cette incongruité et même d’y collaborer en traitant tout le monde sur un même pied. Si l’on reconnaît à des candidats indépendants le droit de faire des promesses, de deux choses l’une : ou on accepte qu’ils mentent sur leur possibilité réelle de les réaliser, ou on admet qu’ils dirigent un parti souterrain adoptant dans le huis clos des décisions sans respecter nos institutions.

Dans un ouvrage qui fit grand bruit lors de sa parution en 1961, Gérard Dion et Louis O’Neill citaient Georges Vedel qui affirmait qu’il ne pouvait «pas plus y avoir de démocratie sans partis, que de pensée sans langage »[1]. Les auteurs s’insurgeaient contre certains comportements politiques du très religieux Québec de l’époque. En dépit d’un vocabulaire et de références parfois démodés, les auteurs expliquaient simplement des concepts comme démocratie, justice sociale, autorité... Ils y consacraient un long chapitre aux partis, à leur rôle, expliquaient ce qui les distingue des groupes de pression, comment ils sont nécessaires à la démocratie et permettent aux citoyens de « désigner les détenteurs de l’autorité, les conseiller et les contrôler ».

Il est curieux qu’à Sherbrooke, contrairement au reste du Québec où fleurissent les partis municipaux, on soit encore à devoir expliquer leur intérêt et à justifier leur existence. La situation régresse même en 2021 depuis l’élection municipale de 2017, maintenant avec un seul parti alors qu'il y en avait deux, avec 43 candidats alors qu'il y en avait 61, une baisse du tiers. Qui a intérêt à ce que les partis n’occupent pas le champ municipal qui leur revient comme dans les autres grandes villes du Québec qui se respectent?

Dans leur ouvrage, Dion et O’Neill expliquaient qu’on a les gouvernements qu’on mérite et qu’il est bien facile de « jouer dans le sens des appétits populaires et d’exploiter ces appétits afin de conserver le pouvoir ».

La vie politique de Sherbrooke doit fonctionner par l’intermédiaire de partis, non par celle de marguilliers. Il est grand temps que cette ville passe à la modernité.

 

[1] Gérard Dion et Louis O’Neill, Le chrétien en démocratie, Éditions de l’homme, Montréal, 1961, p. 111.

5 octobre 2021

 



* Source : Wikipedia.org


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