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Pour s’identifier au Québec, suffit-il de connaître le français ? Une question adressée à M. Jolin-Barette, ministre responsable de la langue française, et à Mme Nadine Girault, ministre de l’Immigration

par
B.A.A, (HEC)
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À l’heure où le ministre Simon Jolin-Barrette promet une refonte de la Charte de la langue française, Tolerance.ca lance le débat : le fait de connaître le français suffit-il pour s’identifier à la nation québécoise ? Paul Mikhail est l’auteur des Insolences d’un importé. Il avait dix mois lorsqu’il est arrivé au Québec en 1973. Originaire d’Égypte et francophone, il a grandi à Candiac, parmi les «pure laine ». Dans un ouvrage au style personnel et coloré qui aurait séduit un autre insolent – le frère Untel (1), pour ne pas le nommer -, il livre ses quatre vérités aux Québécois. Osera-t-on le lire ? Ses réflexions portent autant sur les moyens de promouvoir l’identité québécoise qu’aux politiques actuelles en matière d’immigration.

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Chers Québécois de souche, veuillez noter très attentivement la chose suivante : l’efficacité du processus d’intégration dépend premièrement et impérativement de l’identification à la nation intégratrice. Voici pourquoi.

L’intégration des immigrants n’est pas un processus qui se limite seulement à l’apprentissage de la langue de la nation d’accueil (j’utilise le mot nation plutôt que société). Apprendre la langue ne constitue qu’une et seulement une condition d’intégration nécessaire. Cela ne doit, en aucun cas, être considéré comme une condition d’intégration suffisante.

Par exemple, il vous faudrait nécessairement parler l’allemand pour vous intégrer à la nation allemande. Mais vous contenter d’apprendre l’allemand (chose qui peut se faire sans jamais mettre les pieds en Allemagne) ne fera pas de vous une personne ayant bien réussi à s’intégrer au pays. Pour y arriver, en plus de connaître sa langue, il vous faudra aussi apprendre à connaître son peuple à travers son histoire, ses gloires et ses revers, les injustices qu’il a endurées, ses revendications, ses rêves passés et présents, ses aspirations légitimes, les éléments suscitant sa fierté, etc.

Mais sachez que de connaître tout ceci n’est pas non plus suffisant pour garantir le succès de votre intégration à la nation allemande. Tout cela peut être appris dans des livres qu’il vous est possible de lire à plus de 6000 kilomètres de ses frontières. Vous devrez en plus faire l’effort de partager ce qu’elle ressent en intériorisant ses aspirations (et pas seulement en les connaissant). Tout cela prendra du temps et suppose que vous vivrez dans un environnement vous permettant d’avoir, sur une base quotidienne, des relations humaines avec des gens de cette nationalité et non uniquement avec d’autres ressortissants.

Au Québec, combien d’immigrants récents, mais aussi anciens, parlent peut-être le français mais ne vivent pas dans cette langue ?

Vivre dans un milieu allemand sera un puissant incitatif pour vous convaincre de non seulement parler allemand mais aussi de vivre dans cette langue. Au Québec, combien d’immigrants récents, mais aussi anciens, parlent peut-être le français mais ne vivent pas dans cette langue ? Ce n’est donc qu’après et seulement après avoir éprouvé ce long processus que vous pourrez vous prétendre intégré à la nation allemande. À partir de tout ce qui vient d’être dit, peut-être sommes-nous davantage en mesure de proposer une définition de l’intégration en tant que processus. Qui ne risque rien n’a rien, alors allons-y.

Ce premier coup de pinceau nous permet ainsi d’affirmer que l’intégration représente une forme d’adhésion profonde à une nation et ne doit pas se limiter à l’apprentissage de sa langue (condition nécessaire, mais non suffisante). Celle-ci n’étant qu’un élément parmi d’autres de sa culture, il serait plus approprié de définir l’intégration comme étant le résultat d’un processus d’adhésion culturelle (langue, histoire, tenue vestimentaire, manière d’être, tradition, mœurs, coutumes, gastronomie, etc.). Cette définition n’est pas encore tout à fait au point. Elle nous indique le « comment » mais il faudrait en préciser la finalité ou le « pourquoi ».

Essayons d’améliorer notre œuvre. L’intégration est un processus visant l’adhésion culturelle dont l’aboutissement ultime est de conduire les nouveaux arrivants à connaître mais aussi à partager les mêmes aspirations et valeurs culturelles qu’entretiennent les individus de la nation d’accueil.

C’est déjà mieux, mais il y a encore place à l’amélioration. Il manque un petit je ne sais quoi. Rassurez-vous, je ne suis pas habité par un impossible désir de perfection, dont je connais les périls. Je pense seulement qu’on devrait aussi y inclure une référence aux émotions et aux sentiments d’urgence.

Une intégration est réussie lorsque l’immigrant a intériorisé les aspirations et les valeurs nationales

Car si l’intégration est vraiment réussie, cela voudrait dire que l’immigrant a sincèrement intériorisé les aspirations et les valeurs nationales. Alors, les dangers qui pourraient les menacer devraient avoir pour conséquence de lui occasionner des craintes, dont l’émotion (ou le comportement froid et réactionnaire) devrait rendre compte. Cet attachement qui en serait la cause se veut un excellent indicateur du degré d’intégration.

Allons-y d’une dernière tentative de bonification (on ne peut quand même pas s’éterniser).

L’intégration est un processus visant l’adhésion culturelle dont l’aboutissement ultime conduit les nouveaux immigrants à la connaissance et au partage des aspirations et des valeurs culturelles de la nation d’accueil. L’intégration devrait également leur permettre de s’imprégner des inquiétudes de la nation d’accueil quant à la préservation de ses valeurs culturelles et donc de faire également siennes les craintes ressenties à cet égard par cette dernière.

Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

Dans le cas du Québec, cela signifie, par exemple, que le jour où vous ressentirez qu’un immigrant (récent ou ancien) s’inquiète vraiment de la conservation de la langue française et craint pour la survie de l’identité culturelle de ceux qui l’ont accueilli, ou qu’il se désole de voir l’égalité des sexes contestée par certains groupes, vous pourrez conclure, avec grande certitude, que cet immigrant s’est vraiment intégré.

Note

(1). Le Frère Untel est le pseudonyme du Frère mariste Jean-Paul Desbiens, auteur de l’essai Les Insolences du Frère Untel, qui marqua les années 1960. L’ouvrage fit une critique sévère du système d’enseignement québécois et contribua aux réformes qui furent mises en place lors de la Révolution tranquille.

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Pour vous procurer l'ouvrage, cliquez sur Les Insolences d'un importé.  Le lien à l'éditeur : Carte Blanche.

10 décembre 2020     



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