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Le problème avec Slav

par
ARTISTE HIP-HOP ET CONFÉRENCIER

Quand Ex Machina m’a approché à l’été 2017 afin de discuter du projet Slav à propos des chants d’esclaves, j’étais emballé par l’idée d’une pièce de théâtre à propos de l’esclavage. Je m’imaginais, peut-être avec beaucoup de naïveté, qu’elle permettrait d’ouvrir la discussion et de contribuer à une meilleure compréhension de l’histoire.

J’ai rencontré Robert Lepage et son équipe afin d’échanger à propos de mes connaissances sur l’esclavage, notamment la forme qu’il prenait ici. Ils m’ont ensuite, quelques mois plus tard, fait parvenir une première captation du spectacle afin que je révise certaines informations historiques.

Lors de notre première rencontre, ainsi que par courriel après le visionnement, je leur ai souligné l’importance d’embaucher des comédiennes noires afin de jouer les esclaves.

En assistant à l’avant-première le 14 avril dernier, j’étais grandement déçu. L’aspect théâtral est excellent; j’ai été impressionné par la qualité technique des tableaux. Cependant, tout au long de la représentation, j’avais un malaise constant quant au manque de diversité sur scène : voir des femmes blanches interpréter des esclaves était pour moi problématique. Il n’y a rien qui ne puisse justifier la non-embauche de chanteuses/comédiennes noires pour ce projet. Que ça soit à Québec, Montréal, Ottawa ou Toronto, il aurait été facile de trouver des femmes qui puissent jouer ces rôles.

Qu’on le veuille ou pas, la question raciale est au centre même du système esclavagiste étatsunien; elle a été évacuée de la pièce. Nous ne pouvons parler d’esclavage dans les Amériques sans aborder cette question.

Ça fait maintenant plusieurs années que les gens de la communauté noire dénoncent un grand manque de diversité dans l’espace médiatico-culturel québécois. Maintenant qu’une pièce à propos d’une expérience traumatique vécue par les Noirs en Amérique est mise sur pieds, ce sont des Blancs qui doivent avoir la majorité des rôles? Voilà ainsi le problème exposé dans toute son entièreté : un manque de sensibilité flagrant et le pouvoir de s’arroger la trame narrative d’une communauté pour la raconter comme bon nous semble. Malheureusement, nous ne sommes que trop habitués à cette invisibilité.

Il est temps de comprendre que les membres de nos communautés sont écœurés de se sentir écartés ou, quand elles sont présentes, d’être « exotisés ». Nous sommes tannés de nous faire dire quoi penser et comment on devrait se sentir par rapport à ces enjeux. Il est grand temps d’avoir une vraie conversation quant à cette place infime qui nous est réservée dans l’espace public, même quand c’est notre histoire qui est racontée.

Je ne suis pas du genre à crier à l’appropriation culturelle à tout va, mais ce projet me laisse un arrière-goût âcre dans la bouche. Combien pourront profiter de cet héritage de la culture noire mis en scène de manière adroite, mais dont les retombées culturelles ou financières n’effleureront probablement jamais ses membres? Combien de personnes noires ont été consultées ou ont collaboré à l’élaboration de cette pièce? J’ai été approché concernant l’aspect historique, mais il aurait fallu que d’autres puissent intervenir afin d’insuffler une dose de sensibilité essentielle à l’acceptation universelle de cette pièce. Il aurait été bien qu’elle puisse servir de pont et que tous puissent s’y reconnaître. Malheureusement, il me semble que ce soit une autre occasion manquée de mettre de l’avant des artistes québécoises afro-descendantes. Pour une fois, les membres de cette communauté auraient pu se sentir entendus et représentés dans l’espace culturel. C’est dommage, j’y ai cru l’instant d’une conversation.

Marilou Craft a raison de s’indigner, la colère des manifestant.e.s est légitime; nous n’avons que trop souvent banalisé cette absence et il est temps de réagir.

Il est trop facile de clamer la liberté d’expression et artistique, il est trop facile de parler de patrimoine humain. On nous dit qu’il faut aller au-delà d’une interprétation « raciale » de cette œuvre, mais ces chants sont le fruit du racisme. On nous dit qu’il faut passer à autre chose, mais nous ne partons pas du même point, la population blanche du Québec se voit et se retrouve aisément dans la majeure partie des œuvres culturelles produites ici, pas nous.

Quand Betty Bonifassi interprète ces chants en concert, il me fait plaisir de l’entendre et de la voir, l’enjeu n’est pas là. C’est quand vient le temps de mettre en scène et d’interpréter visuellement cette histoire si sensible pour les populations noires, et que celles-ci ne s’y retrouvent pas vraiment, que nous nous sentons (encore une fois) relégués à l’arrière de l’autobus.

Pour ma part, je comprends les intentions derrière cette pièce. Cependant, de célébrer un medium de résistance et de résilience du peuple noir en faisant fi des enjeux présents (nommément la sous-représentativité en culture) est problématique. C’est, en quelque sorte, refuser la responsabilité qui incombe à la transmission d’un tel bagage, l’extirper du contexte de sa création pour en faire un simple événement culturel dénué de son sens premier.

Lors de l’avant-première, l’auditoire, blanc, a ovationné la pièce; les deux seules personnes issues de la diversité à y assister sont restées assises.

Site Internet : http://www.websterls.com/

5 juillet 2018



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Il y a actuellement 2 réactions.

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Déçu de l'annulation d'un oeuvre
par sylvie le 7 juillet 2018

je suis une amatrice de théatre. C'est un art qui nous sensibile, ouvre les esprits etc,  J'ai assiter a des représentations de la même piece vu sur différent angle, donc la piece incendi.e Contrairement au film qui était personnalisé par des Québecois, au théatre c'était en iran avec comme trame de fond ses guerres etc, Les deux versions pourtant nous donnaient les même émotions pcq c'est Universel l'émotions.    Manifesté est une chose, c'est une forme d'expression, écouter et entendre les raisons de ces revendications également, mais mettre fin un oeuvre qui rend hommage a la force des êtres humains soumis a l'exclavage peut importe sa couleur, C'est être qui a travers les descendants réussises a vaincre et atteindre la liberté. Cette histoire n'est pas exclusive au noir elle l'ai aussi a tous les peuples explotés peu importe leur couleur, leur sexe, les ages,,,,  j'aurais aimé pouvoir me faire moi même une idée de la pièce mais l'annulation ne me permet pas de le faire sans la voir, ( et ce contrairement aux manifestants qui n'avaenit pas vu avant porter jugement)  Nous sommes sortie de la grande noirceur et avons cesser de voir a l'index des livres, pièces ou autre oeuvre. Retirer la piece c'est me retourner a cette époque de censure ou me disait ce que j'avais ou n'avais pas le droit de voir.... Très déçu de la décision du TNM,

 

 

Erreur sur les motifs
par Claude Philippe Nolin le 5 juillet 2018

Bonjour,

Je ne partage pas le point de vue présenté par Webster. Slav n'est pas un cas d'appropriation culturelle. C'est peut-être un manque de délicatesse ou de sensibilité envers tous les artistes issus de la diversité mais certainement pas de l'appropriation.

Les noirs n'ont pas le monopole de la souffrance sous l'esclavagisme. Depuis la nuit des temps, sur tous les continents, les humains ont imposer à leurs semblables ou subit un tels sort. Mais, la musique des esclaves noirs est probablement la seule racontant cette histoire qui nous soit parvenue. Il aurait été odieux de la part des auteurs d'ignorer cette musique pour parler d'esclavage.

Propose une oeuvre d'art, ce n'est pas écrire l'histoire. C'est proposer un questionnement à une société afin qu'elle réfléchisse sur une situation, sur ses valeurs et sur son devenir. L'artiste ne détient pas la vérité, il n'a pas à tenir compte de l'opinion de chacun puisque c'est l'expression d'un individu ou d'un roupe d'individus. Il travaille avec ses doutes et ses interrogations.

S'il fallait que vous consultiez tous et chacun à chaque fois que vous écrivez une chanson, vous auriez surement vous-même changer de métier.

Imposer la censure d'une oeuvre qui travaille à sensibiliser le public est un non sens. Je ne sais pas les motifs de chacunE mais, votre réaction démesurée désert l'art, la cause que vous défendez et rend encore plus confuse les limites des droits et libertés.

Merci

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