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Attentat à Québec: Alexandre Bissonnette plaide coupable

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L'attentat perpétré par Alexandre Bissonnette en janvier 2017 a secoué tout le pays. Son procès était suivi de très près. Au Palais de justice de Québec, sa volte-face en l'espace de quelques heures a surpris tout le monde, y compris le juge Huot. Maintenant qu'il a plaidé coupable, les proches des victimes peuvent faire leur deuil.

Le 29 janvier 2017, un massacre a eu lieu à la mosquée du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ). Le bilan: six morts (Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Blekacemi, Abdelkrim Hassane, Azzedine Soufiane et Abouker Thabti) et cinq blessés graves (Said Akjour, Aymen Derbali, Said El Amari, Nizar Ghali et Mohamed Khabar). 35 autres individus, dont quatre enfants, étaient sur les lieux pour la prière de fin de soirée, mais n’ont pas été atteints par les balles du tireur. Les morts ont laissé derrière eux six veuves et dix-sept orphelins. Ils étaient bien intégrés dans la société. 

L'auteur de l'attentat du Centre islamique de Québec plaide coupable

Cet attentat a choqué non seulement la communauté musulmane de la ville, mais également tout le Québec et le reste du pays. Plusieurs initiatives ont vu le jour pour exprimer la solidarité de la population avec les rescapés et les proches des victimes.

Le 26 mars, l’accusé de l’attentat, Alexandre Bissonnette, a comparu devant le Palais de justice de Québec. Le juge François Huot de la Cour supérieure a lu les douze chefs d’accusation qui pesaient contre lui: six de meurtre au premier degré, cinq de tentative de meurtre avec une arme à feu à autorisation restreinte et une tentative de meurtre portée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) au nom des 35 autres musulmans présents sur les lieux au moment du crime. Le magistrat a également lu le nom de chacune des victimes.

Par la suite, Alexandre Bissonnette a, dans un premier temps, plaidé non-coupable aux douze chefs d’accusation. Dans l’après-midi, il est revenu sur ses dires du matin. Il a reconnu cette fois être l’auteur de la tuerie de la mosquée et plaidé coupable aux douze chefs d’accusation.

Devant ce revirement surprenant et pour éviter que son verdict soit contesté par la suite par la défense, le juge a pris plusieurs précautions. Il s’est dans un premier temps assuré que le jeune homme savait pleinement ce qu’il disait et s’il était conscient des conséquences de son aveu de culpabilité. L’accusé lui a assuré que c’était le cas. Autre précaution: il a demandé qu’une expertise sur l’état mental de l’accusé soit réalisée pour s’assurer s’il était sain d’esprit. Le psychiatre Sylvain Faucher de l’Hôpital Robert-Giffard l’a évalué et conclu qu’il était apte à subir son procès. Suite à cette expertise, le magistrat de la Cour supérieure a aujourd’hui déclaré M. Bissonnette coupable des douze chefs d’accusation.

Le magistrat Huot voulait comprendre ce qui c’était passé pour que M. Bissonnette change de plaidoyer. Il lui a donc posé la question. Celui-ci lui a répondu: ''Ça fait longtemps que j'y pense et, dans mon cœur, c'est la décision que je voulais prendre pour éviter un procès et éviter que les victimes revivent encore cette tragédie'' (Le Soleil, 28 mars) et s’il a tardé à le faire, c’était parce qu’il voulait gagner du temps pour consulter les derniers éléments de preuve, suite à la recommandation de ses avocats.

Peu après son plaidoyer de culpabilité, M. Bissonnette a regretté ses gestes meurtriers: ''J'aimerais dire à tous qu'à chaque minute de mon existence, je regrette amèrement ce que j'ai fait, les vies que j'ai détruites, la peine et la douleur immenses que j'ai causées à tant de personnes, sans parler des membres de ma propre famille.'' Il a également demandé pardon aux victimes et à leurs familles: ''J'aimerais pouvoir vous demander pardon pour tout le mal que je vous ai fait, mais je sais que mon geste est impardonnable.'' Enfin, il a catégoriquement nié être terroriste ou islamophobe et lié son geste meurtrier à ''la peur, une pensée négative et une forme horrible de désespoir'' (Extraits de la déclaration publiée sur le site de Radio-Canada, 28 mars). Selon des documents judiciaires consultés par le journal La Presse (28 mars), le jeune homme prenait l'APO-Paroxétine, un médicament qui sert à traiter la dépression, le trouble obsessionnel compulsif, le trouble panique et l'anxiété généralisé.

M. Bissonnette s’est donc placé sur le champ psychiatrique et non celui idéologique. Mais, s’il n’est pas islamophobe, comment peut-il expliquer le fait qu’il ait choisi et repéré à l’avance un lieu communautaire musulman et que ses victimes étaient toutes musulmanes? Aussi, si son geste n’est pas terroriste, comment peut-on le qualifier puisqu’il a semé la terreur parmi les musulmans de la Vieille-Capitale et depuis ce 29 janvier chaque fois que les fidèles font leurs prières à la mosquée visée par lui, ils restent aux aguets, selon plusieurs témoignages?

Le plaidoyer de culpabilité d’Alexandre Bissonnette a soulagé les rescapés et les familles des victimes. À l’Assemblée nationale, même sentiment parmi les différentes formations politiques. Même chose pour le maire de Québec.

Avec son plaidoyer de culpabilité, Alexandre Bissonnette évite la tenue d’un procès. Ce faisant, il évite aux rescapés et aux familles des victimes de revivre des moments traumatisants. Désormais, ces familles pourront commencer à faire leur deuil de tous ces êtres chers dont les vies ont été fauchées par les balles du tireur solitaire. Les membres de chacune de ces familles endeuillées chemineront dans la vie, chacun selon ses ressources, ses moyens, son bagage, son entourage, etc.

***

M. Bissonnette a reconnu les meurtres et les tentatives de meurtre. Ce faisant, il est passible d’une peine de réclusion criminelle à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Mais, si la poursuite demandait que cette période soit cumulative pour les six meurtres, sa peine serait la prison à perpétuité sans possibilité de libération avant 150 ans. Autrement dit, cela ressemblerait en quelque sorte à une condamnation à mort, mais sans exécution. Une telle sentence pourrait être considérée excessive par sa défense. Cela dit, en avril prochain, tous seront fixés là-dessus.

28 mars 2018



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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