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Mavis Gallant

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Je viens d’apprendre le décès de Mavis Gallant. Je voudrais lui rendre hommage et évoquer une amitié d’une cinquantaine d’années. A la sortie d’un recueil de ses nouvelles, en anglais,  je lui ai consacré un article dans le Devoir. Elle en fut à la fois surprise et contente.

 Elle avait quitté le Canada et résidait à Paris. Ses nouvelles paraissaient régulièrement dans le New Yorker, ce qui assurait modestement sa subsistance. Elle était peu connue au Canada et ne fut traduite en français que bien plus tard, à Paris en 1989.

De passage à Paris, je lui ai téléphoné. Simple, chaleureuse, elle vivait dans un petit appartement dans le sixième arrondissement. Elle m’exprima ses regrets que son œuvre soit peu connue dans son pays. Même si elle avait décidé de quitter Montréal depuis des années, elle affirmait son appartenance au Canada. Je lui ai fait part de mon émotion à la lecture de ses nouvelles, mentionnant celle où elle racontait la vie d’une bonne canadienne-française à l’emploi d’une famille canadienne-anglaise de Westmount. Culturellement libéraux, les membres de cette famille, lui offraient des ouvrages de Gide qu’elle ne lisait pas. Quand elle leur annonça son intention de les quitter, ils ne comprenaient pas. Elle leur révéla qu’elle était enceinte de plusieurs mois sans être mariée. Ils ne s’en étaient pas aperçus. C’était une réflexion sur les rapports entre les deux communautés linguistiques de Montréal.  Quand j’ai dit à Mavis que la nouvelle devait être traduite, elle m’a confié sa crainte de ne pas être comprise. Heureusement, ses écrits furent non seulement reconnus dans son pays, mais étudiés, célébrés et analysés. Elle obtint de nombreuses récompenses : le prix du Gouverneur général, celui de Canada-Australie. Elle fut la première écrivaine de langue anglaise à se voir attribuer le prix  Athanase David, la plus importante récompense québécoise.

Je  rendais souvent visite à Mavis lors de mes séjours à Paris. Elle vivait seule mais n’était point solitaire. Elle comptait de nombreuses connaissances mais  fréquentait peu le milieu littéraire français. Une grande amitié la liait à Anne Hébert qui n’habitait pas loin de chez elle.

Elle me faisait part de son projet de consacrer un ouvrage à l’affaire Dreyfus. Elle connaissait la fille d’Alfred Dreyfus ainsi que d’autres membres de sa famille. Elle avait accumulé une grande documentation. Malheureusement, l’ouvrage ne vit jamais le jour.

Dans ses nouvelles, elle mettait souvent en scène des Canadiens séjournant en France ou en Allemagne. Elle décrivait avec une grande pénétration les rapports entre cultures et sociétés, notant les ambiguïtés et les ouvertures de ses personnages.

Mavis Gallant nous laisse une grande œuvre qu’on lira et relira longtemps.

27 février 2014



* Image : Alison Harris - http://www.randomhouse.ca/authors/9609/mavis-gallant


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