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Philip Roth, un grand écrivain

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Philip Roth célèbre cette semaine son quatre-vingtième anniversaire. Il déclare qu’il a décidé d’arrêter d’écrire. Son œuvre est considérable. Des romans, des essais, des nouvelles. Chaque année, des journalistes et des critiques prédisent qu’il sera le récipiendaire du  prix Nobel.

Il le mérite amplement. Je suis les écrits de Roth depuis cinquante ans et je lui ai consacré de nombreux articles. Aujourd’hui, je souhaite souligner l’importance de ses livres,  son interrogation sur l’identité de l’écrivain et sur ce qui le pousse à poursuivre son travail.

Roth est né à Newark dans le New Jersey. Juif, il a vécu dans le milieu de sa communauté. Son premier ouvrage, Goodbye Columbus, publié en 1959 eut un grand retentissement. Rebelle, ironique, sa description de la communauté juive n’y est pas amène. Saul Bellow, son aîné, le salue et le considère comme une révélation. Alfred Kazin, s’interroge sur sa démarche tout en reconnaissant son talent. Des porte-parole de la communauté juive sont très sévères à son égard. Il poursuit son œuvre et quelques années plus tard, il suscite un grand bruit en publiant son roman Le complexe de Portnoy. Son personnage, un jeune juif, s’isole et rêve. Il s’adonne au plaisir solitaire dans un délire de verbe.

Sans rechercher la provocation, Roth pose, avant tant d’autres, les limites de l’individu qui se ferme à la société. Personne ne met en doute la virtuosité de Roth mais ce n’est que bien plus tard qu’on commence à mesurer la profondeur de sa pensée et la pertinence de son  interrogation.  Dans ses multiples romans, les principaux personnages sont le plus souvent juifs. Or, Roth, sans nier son origine et son appartenance, refuse d’être décrit comme un écrivain juif. Il est américain et se bat avec la langue de son pays qu’il manipule avec maîtrise et dextérité. Cela ne l’empêche pas de mettre en scène des juifs et de revenir à sa ville natale, Newark. Les écrivains qui nourrissent son imagination sont, le plus souvent, des Américains de petites villes du sud du pays.

Pour lui, l’écrivain, tout en décrivant son milieu, n’appartient qu’à la littérature « Ses  histoires sont-elles exactes, sont-elle vraies ? se demande-t-il. Moi, je ne pose jamais la question sur leur véracité. Je crois plutôt que c’est du roman et, comme c’est souvent le cas, le roman fournit à celui qui l’invente un mensonge par lequel   il exprime son inaudible vérité ».

Roth illustre la souveraineté de la littérature. Chacun de ses personnages possède une spécificité humaine qui le rend semblable à chaque lecteur. J’espère et souhaite ardemment qu’il change d’avis et reprenne la plume.

26 mars 2013
 



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