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L'école québécoise face au défi de la pluralité

Alors que le paysage ethno-démographique poursuit sa transformation au Québec, comme ailleurs en Occident, un des défis majeurs de la société demeure l'organisation de sa diversité, c'est-à-dire, le vivre ensemble. Marie McAndrew1, lauréate du prix Donner2, dresse un bilan optimiste de l'expérience vécue au sein de nos écoles dans son ouvrage Immigration et diversité. Analyse d'un diagnostic.

Arrimer la dissemblance des constituantes sociales, leur divergence même, à une communauté de valeurs, telle est, en effet, une des grandes questions que pose la gestion de l'immigration.

Tout part de la reconnaissance du pluralisme, heureusement chose acquise au Québec, c'est-à-dire, de la conception de la société comme creuset de cultures et d'identités culturelles diverses. Dès lors que chaque sous-culture sociale identifiée se révèle partie intégrante de la société et est acceptée comme telle, il se pose d'une part le problème de la garantie de son authenticité dans un environnement multiple et d'autre part, celui de son intégration dans un espace commun. En d'autres termes, la question se pose de la sorte : comment articuler « la reconnaissance du pluralisme, garante de l'équité, et le respect des valeurs communes, permettant le maintien d'un espace de significations partagées »?

Droits des collectivités et communauté de destin

Il s'agit de résoudre la tension entre les droits des collectivités à exister comme formes distinctes d'inscription sociale et la responsabilité d'appartenance à une communauté de destin. Comment préserver aussi bien les valeurs universelles que la fonctionnalité d'un cadre commun tout en respectant les droits individuels et collectifs? Les efforts fournis par les autorités au Québec témoignent éloquemment de la place prépondérante qu'elles accordent à la problématique de l'intégration dans leurs préoccupations.

Marie Mc Andrew, à partir d'un champ bien spécifique, le milieu scolaire, dresse un tableau d'ensemble de l'évolution de la problématique de l'intégration et de la diversité au cours des trente dernières années de mutation socio-démographique dans la province.

L'école : théâtre de tensions interculturelles

Le mandat premier de l’école, tant s’en faut, consiste en la formation académique, c’est-à-dire l’instruction et l’éducation, la dispensation des savoirs et leurs modes d’application. Toutefois, elle prépare aussi les jeunes esprits aussi bien à la vie professionnelle qu’à l’aventure sociale. Manifestement, le système scolaire est investi, pour une part importante, de la responsabilité de la société de demain. On comprend ainsi que Marie Mc Andrew ait choisi ce terrain pour explorer la question de l’intégration sociale en contexte multiculturel.

Mais il y a plus, la réalité ethno-démographique : la population est de plus en plus multiethnique dans le réseau scolaire et certaines écoles de la métropole montréalaise connaissent une forte densité d’élèves d’origine immigrée. Mc Andrew rappelle que « cette clientèle compte pour 46,4% des effectifs du réseau scolaire de langue française. En outre, plus d’un tiers des écoles atteignent des taux de densité ethnique supérieurs à 50%. »

Tout naturellement, un tel contexte génère d’énormes tensions que les autorités travaillent à résoudre, avec des succès toujours provisoires, puisque les solutions d’un temps sont rapidement dépassées par la réalité qui, elle, évolue sans cesse vers la complexité.

Égalité ou équité : laquelle est garante de démocratie ?

Le choix se présente en termes d'égalité ou d'équité, d'intégration ou d'assimilation. Laquelle est davantage garante de démocratie? Peut-on choisir l'égalité comme plate-forme de politique d'intégration sans tomber dans le piège de l'illusion d'égalité où, en réalité, la culture dominante apparaît comme la norme? Peut-on opter pour l'équité sans sombrer dans le relativisme culturel et même cognitif? C'est sur ces deux questions de fond que repose l'essentiel du débat au Québec comme ailleurs dans le monde occidental.

La mise en dialogue des différents modèles d'intégration est d'un apport certain pour l'analyse, surtout s'il s'agit, comme projet, d'éclairer le « citoyen désireux de mieux comprendre les enjeux complexes de la diversité ethnoculturelle en milieu scolaire. » Mc Andrew fait constamment appel aux expériences étrangères, aussi bien américaines qu'européennes, dans une perspective comparatiste, pour mieux marquer la spécificité du débat québécois.

On note avec intérêt comment les voies simplistes se sont effritées au cours du temps sous la contrainte de la réalité, au profit des avenues plus complexes.

Ni les modèles assimilationnistes dont le jacobinisme français, ni les modèles relativistes tels que le communitarisme anglo-canadien n'ont su répondre définitivement aux exigences d'un environnement scolaire en perpétuelle mutation.

On note aussi que la voie médiane choisie par le Québec, telle qu'on la trouve dès 1978 dans la Politique québécoise du développement culturel et perpétuée aussi bien par le rapport Chancy de 1985 que par la Politique d'intégration scolaire et d'éducation interculturelle de 1998, connaît certaines difficultés d'application. Entre autres, parce qu'il faut, en bonne partie, compter sur le jugement du personnel scolaire, lequel préfère des règles précises aux lignes directrices, plutôt de nature à lui compliquer la tâche.

Comment gérer une diversité en constante mutation ?

La gestion de la diversité constitue une tâche bien difficile, et plus encore, quand cette diversité est mutante. Au Québec, non seulement les différents groupes ethniques, mais en plus les différentes strates d'immigration, les différentes générations de populations immigrées, quand bien même à l'intérieur du même groupe ethnique, vivent différemment leur intégration sociale et défendent des intérêts épars. Par ailleurs, le type même d'immigrant des dernières années est venu poser à la structure d'accueil de nouveaux défis, modifiant dans ses fondements même la problématique de l'intégration des nouveaux arrivants au Québec.

Marie Mc Andrew remarque que la coïncidence entre la condition de défavorisé socioéconomique et la multiethnicité est un phénomène relativement récent dans la province. À la marginalisation linguistique, ethnoculturelle et religieuse, est venue se greffer celle économique pour fournir à la gestion de la diversité toute la mesure de sa difficulté.

En somme, Immigration et diversité à l'école offre une vue d'ensemble de la complexité de la problématique de l'intégration de l'immigrant dans le système scolaire, pour montrer que, même si les relations ethniques s'acheminent vraisemblablement vers la normalisation, c'est-à-dire vers une certaine stabilité, la seule issue certaine au débat, c'est sa permanence.

L'application des cocepts clés en éducation

Les concepts clés, ceux d'éducation au multiculturalisme, d'éducation à l'interculturalisme et d'éducation à la citoyenneté sont non seulement bien cernés, mais apparaissent dans toute leur plasticité. Si le premier se réfère à une éducation centrée sur la reconnaissance des appartenances groupales qui met l'accent sur le respect de la différence et des dissemblances culturelles, le second s'applique à une forme d'éducation qui insiste davantage sur les ressemblances et les valeurs communes.

Le concept d'éducation à la citoyenneté, quant à lui, s'applique quand l'institution se veut culturellement neutre et privilégie les enjeux civiques dans la formation de l'élève. Bien sûr, dans leur application, ces différents concepts empruntent des formes différentes d'une société à l'autre. Ainsi, par exemple, chez les Anglo-saxons, « le développement des compétences et des attitudes des citoyens est privilégié » comme forme d'éducation à la citoyenneté, tandis que « l'éducation civique française est marquée par la dominance des savoirs sur les savoir-être et les savoir-faire. »

Qui trop embrasse…

Cependant Immigration et diversité à l'école3 laisse un menu goût d'inachevé, parce que trop général dans son approche. Avec pour conséquence de créer l'impression d'un survol qui ne permet pas véritablement d'accéder à la façon dont les plus concernés vivent les mesures d'intégrations conçues par les autorités.

Mc Andrew le note bien, la période qui va de 1985 à 1998, c'est-à-dire juste avant l'adoption d'un encadrement normatif global pour l'organisation et le fonctionnement du milieu scolaire, foisonne en expériences ad hoc sanctionnées par le ministère de l'Éducation du Québec.

Ces expériences sont caractérisées tant par la transformation du matériel didactique pour tenir compte de la diversité que par le recrutement du personnel des communautés culturelles.

Comment ont réagi les étudiants, tant ceux de la culture dominante que ceux des cultures minoritaires aux changements introduits dans le matériel didactique? Quel accueil le milieu scolaire a-t-il réservé aux personnels des communautés ethniques? Comment ceux-ci ont-ils vécu leur propre intégration dans leur environnement professionnel? Ce type de questionnement, dont la réponse passe par une étude de cas, aurait donné à la problématique une dimension bien vivante. Mais le texte se limite aux considérations générales et perd en matière de saisissement au profit d'éléments de comparaisons quelques fois superflues.

Osée Kamga est écrivain et critique littéraire. Il est l'auteur de Jacques le narrateur, publié aux Éditions Trait d'union.

 



1 Marie Mc Andrew est professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal. Elle dirige aussi Immigration et Métropoles, le Centre de recherches interuniversitaire de Montréal sur l'immigration, l'intégration et la dynamique urbaine. Par ailleurs, elle coordonne le Groupe de recherche sur l'ethnicité et l'adaptation au pluralisme en éducation.

2 Créé en 1998 par la Fondation canadienne Donner, le prix Donner, d'une valeur de 25.000$, récompense le meilleur livre canadien consacré à des questions de politique publique. Cette fondation, mise sur pied par William H. Donner, en 1950 cherche à encourager la responsabilité individuelle et l'initiative privée visant à aider les Canadiens à résoudre leur problèmes économiques et sociaux. 

3 Marie Mc Andrew, Immigration et diversité à l'école. Le débat québécois dans une perspective comparative, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2001, 263p.


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