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Samuel de Champlain : esclavagiste ? Lettre ouverte au ministre de l'immigration du Canada, Marco E.L. Mendicino

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par Léonce Naud, géographe

L’honorable Marco E. L. Mendicino, Ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Gouvernement du Canada

Monsieur le ministre de l’Immigration,

L’édition en préparation du guide Découvrir le Canada que le gouvernement fédéral distribue à des millions d’exemplaires aux immigrants laissera clairement entendre que le fondateur de la Nouvelle-France, Samuel de Champlain, aurait été esclavagiste. Par association, Louis Hébert, Guillaume Couillard, Marie de l’Incarnation, Jeanne Mance et d’autres ayant vécu à la même époque sous les mêmes lois françaises l’auraient été tout autant.

Ce message erroné qui vise l’origine même du Québec d’aujourd’hui est d’autant plus inexcusable qu’il est bien connu que l’esclavage était illégal à cette époque en Nouvelle-France.

Ce dernier ne devint légal qu’en 1709, sous l’intendant Raudot. En effet, le guide Découvrir le Canada retiendra l’histoire d’un enfant du nom d’Olivier Le Jeune arrivé à Québec en 1629 à bord d’un navire corsaire Anglais, où il était esclave du capitaine David Kirke.

À Ottawa, on semble prêter foi au récit convenu selon lequel cet enfant, alors âgé de 8 ou 9 ans, probablement originaire de Madagascar, aurait été le « premier esclave Noir en Nouvelle-France ». On laisse ainsi entendre que ce jeune esclave, ayant vécu à Québec du temps de Champlain, on peut en déduire que dès son berceau, la Nouvelle-France aurait été un établissement esclavagiste. Une calomnie utile pour diffamer les débuts de l’actuelle nation québécoise, bien dans l’ère du temps.

La réalité est très différente

De 1629 à 1632, période où cet enfant vécut en esclavage à Québec, la Nouvelle-France n’existait plus. Disparue la Nouvelle-France. À Québec, l’Angleterre avait remplacé la France et Olivier Le Jeune était l’esclave d’un sujet anglais, David Kirke, corsaire de son état, sur un sol anglais, soumis aux lois d’Angleterre.

De 1629 à 1632, la vingtaine de Français demeurés dans les parages de l’Habitation après le départ de Champlain n’eurent absolument rien à voir avec le jeune esclave de ce corsaire anglais esclavagiste. Il vaut la peine ici de le répéter : Olivier Le Jeune fut esclave d’un Anglais, sur un territoire devenu anglais, où les lois françaises avaient cessé de s’appliquer. Il n’existait plus de Nouvelle-France. Dès lors, qualifier Olivier Le Jeune de « premier esclave Noir en Nouvelle-France » est une calomnie…intéressée. En juillet 1632, la colonie de Québec redevint française. Avant que les Kirke ne quittent Québec pour l’Angleterre, un certain Olivier Le Baillif, commis Français qui s’était donné aux Anglais, réussit à persuader son patron David Kirke de lui vendre son jeune esclave pour l’équivalent de vingt mille dollars. Puis, dans un geste incompréhensible et à ce jour inexpliqué, ce Le Baillif donna purement et simplement Olivier Le Jeune à Guillaume Couillard, gendre de Louis Hébert et chef d’une belle maisonnée.

À la demande de Champlain, Guillaume Couillard et son épouse Guillemette Hébert (fille de Louis Hébert et de Marie Rollet) avaient déjà adopté deux jeunes Indiennes à peu près du même âge qu’Olivier Le Jeune. Le garçon, durant ses trois ans d’esclavage à Québec, avait eu tout le temps de se familiariser avec les Français demeurés sur place, dont les membres de la famille Couillard. Demeurer à Québec avec la maisonnée Couillard a pu lui sembler un bien meilleur sort que celui de reprendre sa vie d’esclave sur un navire corsaire. On peut penser qu’il n’a pas manqué de le leur faire savoir. Enfin, il est bien possible que ce soit de l’argent français qui ait défrayé le rachat d’Olivier Le Jeune. Le commis Le Baillif aurait alors servi d’intermédiaire auprès de son patron David Kirke, pour ensuite remettre le garçon à ceux qui l’avaient payé.

D’après l’historien Paul Fehmiu-Brown, la transaction aurait pris place à bord du navire de Kirke, question d’éviter de contrevenir aux lois françaises de retour à Québec avec l’arrivée d’Emery de Caën en juin 1632. Ainsi s’expliquerait le geste de Le Baillif, qui a remis gratuitement Olivier Le Jeune à Guillaume Couillard après l’avoir acheté à fort prix. « Les habitants de la colonie défendirent l'affranchissement du jeune garçon. Ils invoquèrent le statut non autorisé de son asservissement sur les terres de la Nouvelle-France. » (Réf.) Revenons à Marcel Trudel, historien reconnu de l’esclavage en Nouvelle-France : « Aucun texte n’établit qu’Olivier Le Jeune ait été esclave. (…) Nous inclinons à penser que l’ancien esclave des Kirke et de Le Baillif n’était plus chez Guillaume Couillard en état d’esclavage: il a été pris, selon le jésuite Le Jeune, pour être instruit et baptisé; il reçoit le nom de famille de son père spirituel; à l’inhumation, on le qualifie de domestique. Peut-être sommes-nous en présence d’un simple cas d’adoption. »

Conclusion : la Nouvelle-France, loin d’être une société esclavagiste dès son origine comme le laissera entendre Immigration Canada, a possiblement libéré Olivier Le Jeune de son statut d’esclave d’un capitaine anglais au profit de la maisonnée de Guillaume Couillard, où nulle trace d’un statut d’esclave n’a jamais été trouvée.

Espérons qu’à Ottawa, on s’apercevra à temps que l’assertion calomnieuse et d’ailleurs racialiste d’un Olivier Le Jeune « premier esclave Noir en Nouvelle-France », insérée dans le guide Découvrir le Canada, sera de nature à hérisser bon nombre de Québécois à commencer par leur Premier ministre, lequel entend redonner de la fierté aux Québécois peu importe la couleur de leur épiderme. C’est pourquoi je vous prie de voir à éliminer toute référence à Olivier Le Jeune dans la prochaine édition de Découvrir le Canada. Le gouvernement fédéral pourra toujours revenir là-dessus dans la prochaine édition du Guide si les faits exposés ici s’avèrent non fondés.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Léonce Naud, Géographe
840, avenue Ernest-Gagnon
Québec G1S 4M6
(418 – 914-6571) 
nauolonnois@gmail.com

Québec, le 26 juillet 2021

 

 



* Image Wikipedia




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Retraité
par Michel Caron le 27 juillet 2021

On était en plein monde féodal à cette époque. Le sort du jeune noir, n‘a ,sans doute , été comparable aux conditions de vie d‘un matelot à bord d‘un navire corsaire.
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