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La Shoah ne doit pas être utilisée à des fins politiques

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par Moriel Rothman

Jérusalem – A la fin du mois dernier, je suis allé au musée de l’Holocauste Yad Vashem, à Jérusalem. Là, au pavillon des enfants, face aux noms, aux bougies et aux vitraux, je me suis senti troublé, triste et en quelque sorte perturbé.

On était le 27 janvier, Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, et c’était la première fois que je revenais dans ce musée depuis cinq ans. Ce jour là, j’avais décidé d’y retourner, parce que je voulais retrouver une partie de moi-même et de mon histoire, perdus dans la tornade des revendications politiques et historiques qui secouent cet endroit du monde.

En fait, à l’approche de la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, je m’étais d’abord dit : « Voilà une occasion de plus pour les dirigeants israéliens de culpabiliser le reste du monde et de reculer devant leurs responsabilités face à la critique des colonies ». Après avoir lu les ouvrages de la philosophe juive, Hannah Arendt, écrits dans les années soixante, à propos de la façon dont l’Holocauste est utilisée pour justifier les injustices israéliennes, et après avoir entendu récemment Benyamin Netanyahou faire un usage rhétorique de l’Holocauste devant le Congrès américain, j’en suis arrivé au point où lorsque qu’on évoque l’ « Holocauste », j’associe cela aux tendances politiques que je n’aime pas.

Si je suis allé à Yad Vashem ce jour-là, c’est parce que j’ai pris conscience que mes opinions sur le problème israélo-palestinien ont changé ma façon de percevoir l’Holocauste. La manipulation politique, l’utilisation qui en est faite en vue de détourner l’attention des crimes commis par Israël contre les Palestiniens m’irritent profondément. Ces crimes - en aucun cas comparables aux atrocités perpétrées par les Nazis - sont néanmoins injustes et immoraux à leur manière.

En réalité, j’ai tort de penser à l’Holocauste de cette manière. Ce n’est pas le fond de ma pensée qui est en cause - il est vrai que de nombreux responsables israéliens utilisent cyniquement l’Holocauste pour éviter les critiques face à une politique controversée – mais le fait que cette pensée est la première chose qui me vienne à l’esprit le jour de la commémoration de la Shoah.

Comme beaucoup de Juifs de gauche, j’ai participé à un effort concerté pour comprendre la souffrance des Palestiniens, et saisir la façon dont cette souffrance infligée par l’Occupation incite un grand nombre d’entre eux à adhérer à une idéologie prônant la violence et les attentats contre des innocents dans des cafés ou des bus.

J’ai cherché à comprendre les Palestiniens, avec persévérance et non sans difficulté et aujourd’hui, je suis fier d’être capable de compatir, sincèrement, avec leur souffrance - même si je désapprouve les méthodes de violence et de punition collective employées.

Plus je comprends la souffrance engendrée par l’Occupation, plus les déclarations commençant par « l’Occupation, c’est terrible, mais… » me mettent en colère. Dans certains cas, les remarques comme « L’Occupation, c’est terrible, mais les Palestiniens soutiennent des actes de terrorisme horribles » sont à la fois bonnes et mauvaise, car, selon moi, elles sont dépourvues de véritable compassion pour la souffrance humaine.

Pour en revenir à ma première réaction - à l’occasion de la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste - qui se résumait à : « l’Holocauste est une horrible chose, mais elle est exploitée à des fins politiques », elle n’est pas du tout acceptable. Cette perception a diminué ma capacité de compassion avec la souffrance tragique de mon propre peuple et m’empêche de comprendre pourquoi finalement un si grand nombre de mes compatriotes adopte une façon de voir militariste.

La crainte des Israéliens et des Juifs est bien réelle. Elle est peut-être injustifiée dans certains cas, et exagérée dans d’autres. Cependant, il faut comprendre que la longue période de l’histoire qui s’est déroulée il n’y pas si longtemps et pendant laquelle un tiers de la population juive mondiale a été systématiquement exterminée est encore présente dans les esprits et cela explique la peur des gens face à l’antisémitisme virulent exprimé par certains dirigeants au Moyen-Orient.

L’antisémitisme n’est certainement pas le moteur principal de l’opposition à Israël, mais il n’a pas « disparu avec l’Holocauste » ; il faut en tenir compte sérieusement dans certains contextes.

Pour ma part, je continuerai à m’opposer farouchement à l’idée que toute personne critiquant Israël est antisémite et je serai toujours contre les prises de position justifiant la violence contre les personnes non-juives. Cependant, j’aimerais aussi essayer de m’ouvrir et de comprendre la vraie souffrance qui peut conduire à avoir ce genre d’opinions.

Par ailleurs, je voudrais poursuivre ma réflexion sur l’héritage de Holocauste, pour pouvoir montrer encore plus de compassion et d’amour pour les gens et pour la vie, et encore plus d’aversion pour l’injustice et la violence.

Ainsi donc, je suis allé à Yad Vashem, non pas pour comparer ou mettre en contraste, non pas pour recueillir des faits ou renforcer mes arguments, non plus pour critiquer ou défier, mais pour simplement constater et rendre hommage à la douleur et à la souffrance que l’Holocauste a infligé à des millions de personnes.

***

 Moriel Rothman, militant et écrivain américano-israélien, suit actuellement un programme du New Israel Fund/Shatil Social Justice Fellowship à Jérusalem.

19 février 2012

© Common Ground -


* Image : Soulèvement ghetto de Varsovie Wikipedia.org




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Shoah
par sam le 21 février 2012

 Monsieur

Au lieu de vous apitoyer sur ces pauvres Palestiniens, vous devez savoir que s'il navaient pas commis d'actes de terrorisme et  de massacres ils auraient aujourdhhui un état indépendant au lieu de s'allier avec le hamas.

Pourquoi pleurer sur eux?la grande majorité seront toujours prêt à vous supprimer!

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