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Tolérance et dissidence

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®

Quelles limites la société démocratique impose-t-elle à la dissidence? Quelles formes de pression fait-on subir aux dissidents? Quels pouvoirs exercent les groupes de pression? Plusieurs chercheurs au Canada comme en France s’élèvent contre la légitimité accordée aux « communautés culturelles » dans les politiques gouvernementales. On estime que cette légitimité est susceptible d’exercer des pressions sur la liberté des individus, a fortiori lorsque ceux-ci ne partagent pas les vues du groupe. Nous avons soulevé ces questions avec Yacok Rabkin.



Nous avons soulevé ces questions avec Yakov Rabkin, auteur du livre choc Une histoire de l'opposition juive au sionisme (PUL, 2004), ouvrage qui soulève les passions au sein de la communauté juive québécoise. 

Traître à la cause juive, selon les défenseurs des thèses sionistes, courageux défenseur de l’honneur du judaïsme et de la cause palestinienne pour d’autres, l’auteur Yakov Rabkin est originaire de l’ex-Union soviétique. Il est professeur titulaire au département d’histoire de l’Université de Montréal depuis 1974.

Tolerance.ca® - Yakov Rabkin, vous êtes l’auteur de Une histoire de l'opposition juive au sionisme (PUL, 2004) qui met en évidence les thèses judaïques contestant le droit d’existence de l’État d’Israël, comment vous définiriez-vous?

Y.R - Je me définis comme un juif qui essaie de rester fidèle à la continuité juive et un historien qui essaie de rester intègre par rapport aux phénomènes que j’étudie. En effet, mon livre semble soulever des questions importantes car, écrit et publié au Québec en français, il est - en moins de trois ans - devenu disponible en six langues. Je suis actuellement en négociation avec un éditeur en Israël pour une version en hébreu. La traduction anglaise du livre a figuré parmi les finalistes du Prix du Gouverneur général du Canada en 2006. Je suis content d’avoir ouvert un débat sur une question qui nous concerne tous.

L’avenir de mon peuple me préoccupe en tant que juif. Nous avons connu une histoire mouvementée et instructive, manifestant toujours une grande diversité d’opinions. « Deux juifs, trois opinions » est un dicton bien connu. Le sionisme est un mouvement politique formé vers la fin du 19e siècle en réaction à l’antisémitisme européen et qui est analogue à moult nationalismes ethniques qui abondent alors en Europe centrale et dans l’Est européen. Les Ukrainiens, les Polonais, les Hongrois, les Tchèques, tous cherchent à cette époque à se doter d’un État à eux.

Le sionisme fait un usage créatif de termes judaïques, comme l’exil et la rédemption, mais il les interprète d’une manière tout à fait différente. Selon l’historien israélien Amnon Raz-Krakotzkin, « la position sioniste se résume ainsi : Dieu n’existe pas et il nous a promis cette terre ». Le sionisme constitue donc une rupture radicale dans l’histoire juive, ce qui provoque naturellement des oppositions variées. Mon livre analyse les oppositions qui s’inspirent de la tradition et des valeurs morales juives. Selon le philosophe israélien, Joseph Agassi, qui signe la préface de mon ouvrage, mon livre

« se penche sur la remise en question du mythe selon lequel Israël protège tous les juifs et constitue ainsi leur patrie naturelle à tous. À juste titre, le livre démontre que ce mythe est anti-juif. Dans ce contexte, la question vitale pour les juifs du monde est la suivante : les intérêts d’Israël concordent-ils avec ceux des juifs de la diaspora ou entrent-ils au contraire en conflit avec eux? Or, pour l’idéologie sioniste actuelle, il s’agit là d’une question taboue. Le pire est que cette idéologie considère l’antisémitisme comme inéluctable et Israël comme le seul endroit au monde où les juifs puissent se trouver en sécurité. Ce concept est essentiellement antidémocratique : il nie a priori la valeur de l’émancipation des juifs dans l’ensemble du monde moderne. Il sert aussi à justifier l’exigence sioniste de voir tous les juifs soutenir Israël, souvent aux dépens des intérêts nationaux des pays dans lesquels ils vivent. La plupart des dirigeants de la diaspora n’ont pas de meilleur programme que de défendre Israël en se fondant sur le principe vicié suivant : « mon pays avant tout, qu’il ait tort ou raison ».

Une histoire de l'opposition juive au sionisme démontre la différence qui existe entre plusieurs concepts souvent confondus et amalgamés : le sionisme, le judaïsme; Israël en tant qu’État, en tant que pays, en tant que territoire, en tant que Terre sainte; les juifs (les Israéliens et les autres), les Israéliens (juifs et non juifs), les sionistes (juifs et chrétiens) et les antisionistes (encore une fois juifs et chrétiens). Quand on parle d’État juif pour désigner Israël, par exemple, cela donne lieu à une confusion aussi réelle que dangereuse entre la foi et la nationalité. 



Tolerance.ca® - Vous êtes juif pratiquant, les Juifs ont-ils droit à un État ?

Y.R. - Vous avez remarqué que j’écris le mot « juif » avec une minuscule, comme il se doit lorsqu’il s’agit d’un nom qui désigne un groupe religieux. Pour moi, les juifs constituent depuis des millénaires un groupe dont l’identité collective est ancrée dans la tradition juive, quelle que soit l’interprétation que chaque juif en donne. Il ne m’appartient pas de juger quel groupe a droit à un État. Pour moi, les Israéliens, quelles que soient leurs pratiques et croyances, constituent un groupe national tandis que les juifs appartiennent à des nations politiques différentes.

Tolerance.ca® - Comment êtes-vous perçu au sein de la communauté juive canadienne et québécoise?

Y.R. - J’ai reçu des compliments de beaucoup de juifs qui ont lu mon livre mais aussi des messages haineux provenant de ceux qui refusent même de l’ouvrir : ils n’aiment pas que l’on fasse des distinctions entre juifs et sionistes. Les réactions qui m’atteignent varient entre des juifs qui trouvent que mon livre est plein d’amour et qu’il rehausse l’image du judaïsme et ceux qui me laissent des menaces de mort sur mon répondeur. Quelques universitaires sionistes, dont quelques copains d’antan, refusent de m’adresser la parole. Certaines réactions ont été comiques : une lettre publiée dans un journal juif, dont les auteurs admettent ne jamais l’avoir ouvert, m’accusait d’avoir écrit mon livre en français afin d’empêcher la majorité des juifs de le lire.

Il est pourtant clair que « la communauté » qui parle au nom de tous les juifs ne veut pas que l’on aborde des questions de fond. C’est pourquoi, à Montréal, les discussions autour de mon livre ont eu lieu dans la grande presse, dans des librairies et des universités, plutôt que dans des lieux communautaires. Je me souviens qu’une constituante du lobby sioniste a empêché un de ses propres invités de passage à Montréal, un collègue israélien que je connais depuis longtemps, de débattre avec moi sur les ondes de Radio-Canada, tandis qu’un autre organisme du même genre a refusé de participer à une émission de Télé-Québec parce que j’y étais un des invités. La tactique actuelle du lobby sioniste est d’étouffer tout débat ouvert sur Israël et le sionisme.

Il apparaît là un certain paradoxe car, en Israël, la réception de mon livre est beaucoup plus ouverte, le Jerusalem Post, en réaction à sa publication en anglais, a fait paraître, en l’espace de deux mois, à la fois une entrevue avec moi, une critique de mon livre et a ouvert ses pages à un article d’opinion que j’ai écrit à propos du sionisme. Pourtant, ce journal israélien est plutôt associé à la droite nationaliste. Le quotidien israélien Haaretz m’a également interviewé à la suite de la parution de cette version anglaise. La revue Kountrass, publiée à Jérusalem, lui a également consacré un article lorsqu’il a été édité en français. C’est en Israël qu’on est en train de traduire mon livre en hébreu, même s’il est déjà disponible en français et en anglais dans les librairies israéliennes. On ne peut que conclure que les sionistes dans certaines communautés de la diaspora sont devenus plus catholiques que le Pape, un paradoxe qui n’est pas étranger à d’autres diasporas religieuses et nationales.

Il est vrai que j’ai conçu mon livre lors d’une année sabbatique passée en Israël où ces questions sont discutées plus ouvertement. Sur ce plan, mon livre, en mettant en relief une grande diversité d’opinions parmi les juifs, est en effet « trop israélien » pour ceux qui se donnent le rôle de « porte-parole de la communauté juive » car on ne peut être porte-parole que d’une seule opinion.

Parfois on me complimente d’être « un penseur indépendant ». Je me demande ce qu’est un penseur qui n’est pas indépendant. En même temps, je suis conscient de la déchirure que provoque la question d’Israël chez les juifs. Les clivages sur Israël et le sionisme sont si aigus qu’ils peuvent diviser les juifs de manière aussi irrémédiable que lors de l’avènement du christianisme il y a deux millénaires. Il reste à voir si la rupture entre ceux qui s’en remettent à la tradition morale juive et les convertis au nationalisme juif peut un jour être surmontée. Bien qu’elle soit fatidique pour les juifs et le judaïsme, cette rupture peut ne pas affecter nécessairement Israël, qui compte de nos jours beaucoup plus de chrétiens évangéliques que de juifs parmi ses défenseurs inconditionnels.

Tolerance.ca® - Peut-on être dissident au sein d’une communauté et continuer de lui appartenir?

Y.R. - Mon appartenance au judaïsme et au peuple juif est inconditionnelle. J’ai élevé mes enfants dans un foyer inspiré des valeurs juives, j’ai insisté qu’ils apprennent l’hébreu (tant classique que contemporain), je fréquente la synagogue et pratique le judaïsme au mieux de ma capacité. C’est précisément de ce fond judaïque que vient mon engagement pour la justice et la paix en Israël/Palestine car sans justice il ne peut pas y avoir de paix. Pour moi, la vie humaine est infiniment plus précieuse que toute construction idéologique. C’est afin de protéger des vies humaines et d’enrayer le cycle infernal de violence en Israël/Palestine que j’ai écrit mon livre et que je rédige mes articles d’opinion. Il est important d’éviter d’idolâtrer un État et de voir clairement ce que plusieurs intellectuels ont maintes fois souligné, à savoir, comme le signale Boaz Efron, expert israélien en histoire du sionisme, que « tous les États du monde, apparaissent et disparaissent. L’État d’Israël aussi, bien évidemment, disparaîtra... Mais je suppose que le peuple juif existera aussi longtemps que la religion juive existera, peut être pour des milliers d’années encore. » 

Tolerance.ca® - Si la dissidence peut satisfaire la conscience de l’individu, ne peut-elle pas nuire au groupe en alimentant les thèses de ses ennemis ?

Y.R. - Il faut agir avec responsabilité et tout d’abord identifier qui sont les vrais ennemis. Toute idéologie totalitaire essaie d’étouffer la liberté d’expression sous prétexte que « nous sommes entourés d’ennemis ». J’en ai eu une expérience personnelle en Union soviétique où j’ai passé la moitié de ma vie d’adulte. Toute critique du régime était qualifiée comme collaboration avec « l’encerclement impérialiste ». Des écrivains, des scientifiques et le commun des mortels étaient jetés en prison pour toute expression qui s’écartait de la ligne du parti.

Cette vision manichéenne n’est pas le monopole des régimes totalitaires. La tentation totalitaire existe partout et il faut rester vigilant. Quand le président Bush proclame, au lendemain du 11 septembre, que « vous êtes engagés soit avec nous dans la guerre contre la terreur, soit avec les terroristes », il prépare le terrain pour les abus qui vont avoir lieu à Guantanamo. Quand le premier ministre Harper accuse le chef de l’opposition Stéphane Dion de s’allier aux Talibans parce que celui-ci ose critiquer – par ailleurs assez timidement – l’intervention canadienne en Afghanistan, il mine la liberté et la démocratie au Canada. Quand le commandant du Shin Bet, l’agence israélienne de sécurité, qualifie d’ennemi toute personne qui remet en question « le caractère juif de l’État d’Israël », il nuit à la sécurité des citoyens qu’il doit protéger et, selon l’observateur israélien Ouri Avnery, assimile l’agence qu’il dirige au KGB et à la Stasi qui voulaient protéger la désignation officielle de l’État de tout défi idéologique.

Je crois fermement que la diversité au sein de la communauté juive est le meilleur antidote contre l’antisémitisme. Les antisémites accusent les juifs d’avoir des intérêts politiques particuliers qui sont étrangers, voire antagonistes, aux intérêts des pays dont ils sont les citoyens. Les juifs qui articulent des opinions divergentes permettent de contrecarrer cette fausse perception malheureusement toujours répandue. Par contre, ceux qui clament que les juifs sont unis autour de l’État d’Israël, comme l’a fait le Comité Québec-Israël lors de l’attaque israélienne sur Beyrouth en été 2006, non seulement propagent-ils une fausseté mais, en le faisant, attisent le sentiment anti-juif. Le nom du lobby israélien au Canada, le Conseil canadien pour la défense et la promotion des droits des Juifs et d’Israël, suggère un lien indissociable entre juifs et Israël, une position idéologique bien connue qui postule l’identité d’intérêts entre les juifs canadiens et un État étranger engagé dans un conflit militaire chronique. En plus de propager l’image des juifs comme une entité politique univoque, le lobby importe ce conflit chez nous et augmente ainsi les risques de violence contre les juifs. Qui donc alimente les thèses des ennemis des juifs : les juifs qui critiquent Israël ou ceux qui annoncent que tous les juifs se solidarisent avec toute action d’Israël?

Plusieurs journalistes israéliens ont remarqué que le simulacre de solidarité juive avec le gouvernement d’Israël paraît bizarre à côté de l’effervescence idéologique et politique de la société israélienne. Par ailleurs, un document produit récemment par l’American Jewish Committee, une composante du lobby pro-israélien, a accusé les juifs progressistes de fomenter l’antisémitisme. En réaction, plusieurs organisations juives se sont formées, dont la prestigieuse Independent Jewish Voices et European Jews for Just Peace, qui encouragent la liberté de débat au sujet d’Israël et du sionisme. Au Canada, il y a plusieurs groupes juifs de ce genre, par exemple JUNITY-Canada et l’Alliance des Canadiens juifs concernés.

Tolerance.ca® - Mais on pourra vous rétorquer que critiquer est tout à fait légitime, tandis que vouloir contribuer à la destruction de l’État d’Israël est une tout autre affaire.

Y.R. - Le mot « destruction » que vous utilisez sous-entend un génocide, une seconde Shoah, ce qui assimile toute critique du sionisme à la violence. Or, le discours des opposants juifs au sionisme que j’ai choisi d’analyser ne se réfère qu’à la disparition pacifique de l’État d’Israël, à l’instar de l’effondrement de l’Union soviétique. Plusieurs Israéliens, dont Meron Benvenisti, l’ancien maire adjoint de Jérusalem, proposent la transformation de l’État sioniste en un État de tous ceux qui habitent entre le Jourdain et la Méditerranée, même si cette transformation menace « le caractère juif de l’État d’Israël », un concept nébuleux et problématique pour beaucoup d’Israéliens.

Par contre, rejeter a priori toute transformation structurelle d’Israël en la qualifiant de « destruction » signifie d’interdire aux Israéliens toute sortie de l’impasse géopolitique dans laquelle ils se trouvent. Cette attitude démunie de compassion me paraît irresponsable et dangereuse. Au contraire, nous, juifs canadiens, qui avons plus de recul par rapport aux crises que vivent les Israéliens quotidiennement et qui jouissons d’une société multiculturelle et égalitaire, devons utiliser notre expérience pour alimenter le débat d’idées sur l’avenir d’Israël.

Permettez-moi de citer de nouveau l’auteur de la préface à mon livre : « L’importance de se familiariser avec l’antisionisme fondé sur la Torah n’est que trop évidente; l’ignorer ne fait que renforcer le culte de la vache sacrée du sionisme moderne. Et cela comprend les thèses de la nature centrale d’Israël dans la vie juive partout dans le monde et du droit du gouvernement israélien de parler au nom des juifs de la diaspora. Ce culte stipule également que les juifs non israéliens ne peuvent exprimer aucun désaccord avec quelque position officielle d’Israël que ce soit. »

Tolerance.ca® - Comme tout groupe de pression, la communauté juive canadienne entretient des liens étroits avec les pouvoirs politiques. Avez-vous subi des pressions à cause de vos opinions? Dans l’affirmative, quelle forme prennent ces pressions ?

Y.R. - Les seules traces écrites de ce genre de pression sont des lettres que quelques sionistes chrétiens ont envoyées au recteur de l’Université de Montréal. Dans ces missives, rédigées en anglais, ils demandaient mon expulsion de l’université. Je ne connais pas d’autres pressions exercées dans ce sens. J’enseigne à l’Université de Montréal depuis 33 ans et je m’y sens écouté et respecté. À mon avis, il ne faut pas exagérer et croire que nous habitons un univers totalitaire. La liberté d’expression reste protégée tant à l’université qu’ailleurs au Canada.

Bien entendu, il y a des individus et des organisations sionistes qui, en me prenant pour ennemi, suivent de près mes activités partout dans le monde et collectionnent mes publications. Ce qui est moins innocent, c’est lorsque certains essaient de me discréditer en recourant à des mensonges et des calomnies. J’en ai eu quelques échos et je comprends que la presse, tant électronique qu’écrite, est soumise à beaucoup de pression dans ce sens. Le lobby pro-israélien fait un travail remarquable et assidu mais les juifs qui s’y opposent n’ont qu’à s’organiser et promouvoir leurs points de vue. L’initiative du milliardaire américain George Soros de former un contrepoids progressiste juif au puissant AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le chef de file du lobby pro-israélien à Washington, est un exemple de ce genre. Il y a beaucoup de juifs au Canada et ailleurs qui ne sont pas d’accord avec les politiques d’Israël, voire avec sa structure sioniste. Mais quelle que soit l’efficacité du lobby pro-israélien, ils ne doivent pas avoir peur d’exprimer leurs opinions différentes. Comme l’a bien dit le président Franklin Delano Roosevelt : « la seule chose qu’il faille craindre est la peur. »

Tolerance.ca® - Plusieurs chercheurs au Canada comme en France s’élèvent contre la légitimité accordée aux « communautés culturelles » dans les politiques gouvernementales. On estime que cette légitimité est susceptible d’exercer des pressions sur la liberté des individus, a fortiori lorsque ceux-ci ne partagent pas les vues du groupe. Le sociologue français Pierre Birnbaum soulève plusieurs questions à ce sujet dans son ouvrage L’aigle et la synagogue (Fayard, 2007). Il a déclaré récemment que « L'État (français) a tort d'instaurer un dialogue avec les représentants de supposées communautés culturelles, linguistiques ou religieuses, car c'est en les prenant comme interlocuteurs qu'il légitime leur existence ». Cette critique peut-elle aussi s’appliquer chez nous ?

Y.R. - Au Canada, comme au Québec, il ne peut pas y exister une communauté juive : il y en a plusieurs, chacune avec ses coutumes et son histoire. Il est donc imprécis de parler de « la communauté juive ». Certains juifs ont formé des organisations politiques et parlent au nom de « tous les juifs ». Mais ils n’ont pas plus de légitimité que les bolcheviques qui parlaient au nom de « tous les ouvriers ». Chaque juif, tout comme chaque musulman, sikh ou athée, peut s’exprimer librement sans passer par « les instances communautaires ». Le Canada et le Québec se sont dotés d’instruments juridiques et politiques afin de protéger les droits des minorités. La pratique de tous les paliers du gouvernement de consulter les instances communautaires avant de nommer à des postes importants des citoyens issus des « communautés culturelles » me paraît un vestige des temps révolus. Cette pratique sert à présenter ces communautés comme uniformes et à occulter la diversité qui les caractérise.

Entrevue réalisée par Victor Teboul pour Tolerance.ca®

© Tolerance.ca® Inc. et Yakov Rabkin, 2007.



* Photo : © Alice Braitberg. La Joconde baillonnée par l’article 49.3
manif antiCPE 04/04/2006 Paris 


http://www.phototheque.org/data/media/186/manifCPE04042006_Jocondebaillonne.jpg 


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Victor Teboul est écrivain et le directeur-fondateur du magazine en ligne Tolerance.ca ®, fondé en 2002 afin de promouvoir un discours critique sur la tolérance et la diversité. 

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