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Nayla Dabaji, artiste multidimensionnelle : « C’est aux Îles de la Madeleine que toute l’inspiration de mon oeuvre Boomerang est née »

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®
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D’origine libanaise, Nayla Dabaji s’est établie à Montréal en 2011. Connue pour ses vidéos et ses installations, elle a reçu une formation en arts visuels au Liban et au Québec. Elle rassemble dans ses projets plusieurs pratiques comme la photographie, le dessin, l’art vidéo, l’art action et l’écriture. Ses projets ont reçu le soutien du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec. Ses œuvres ont été présentées dans de nombreux centres ainsi qu’au Festival international des Films sur l'Art/FIFA expérimental. En 2020, Nayla Dabaji a été lauréate de la résidence Empreintes du Musée des beaux-Arts de Montréal. Une exposition de son œuvre « Documentaire en dérive » a eu lieu à Montréal au MAI (Montréal arts interculturels) du 17 mars au 16 avril 2022.

Alors que l’immigration est au cœur des questions posées à l’Occident, comment ce sujet influence-t-il une artiste originaire du Liban et établie au Québec ? Quel rôle joue la mémoire dans l’imaginaire d’une artiste qui a vécu et séjourné dans de nombreux pays avant de s’établir à Montréal ? Quelle place occupe le Québec dans son œuvre ?

Entretien avec Nayla Dabaji, artiste multidimensionnelle.

Victor Teboul : Nayla Dabaji, vous êtes née à Beyrouth, vous avez vécu au Cameroun et en France et vous vous êtes établie au Québec. Votre travail d’artiste vous a conduit dans plusieurs pays, notamment en Corée du Sud et en Irlande du Nord. Dans quelle mesure les langues et les cultures que vous avez connues influencent-elles votre travail ?

Nayla Dabaji : Après mes études en arts visuels à Beyrouth, et tout au début de ma carrière, j’ai commencé à m’intéresser aux résidences d’artistes. Je travaillais en duo avec Ziad Bitar à l’époque, et nous avons développé notre pratique artistique en voyage. Cette façon de travailler « in situ » a forgé l’identité de notre pratique et de notre réflexion, qui était très contextuelle. Nous avons été attirés et intrigués par des pays où les frontières étaient très présentes comme l’Irlande du Nord et la Corée du Sud et d’autres comme la Suisse, qui unissait dans un même pays des cultures différentes. Ces expériences ont influencé notre travail, vu que nos projets étaient le résultat d’une rencontre avec un lieu, le temps d’une résidence d’artiste. Lorsque je me suis installée à Montréal, et parce que je voyageais beaucoup moins, je me suis rendu compte à quel point mes expériences vécues dans différentes géographies/cultures avaient façonné mon identité, et étaient devenues un aspect important dans mon processus de travail.

Aujourd’hui, j’ai une approche artistique moins contextuelle, mais plus introspective, et plus axée sur la mémoire, les lieux où j’ai vécu et que j’ai visités s’y retrouvant entremêlés. En 2014, alors que je suivais des cours de fibres, je me suis intéressée à combiner mes différentes expériences et voir ce qui pouvait émerger visuellement d’une œuvre tissée, et de ce que cela pouvait dire de mon vécu. Avec le temps représenté par les fils de chaine (fils verticaux) et les coordonnées de différentes villes représentées par les fils de trame (fils horizontaux), ma recherche s’est portée sur l'intersection du temps et du lieu en tant que représentation, ou cartographie, identitaire. 
 
«Dans mes installations, les traces de recherches sont interconnectées… je m’intéresse à leur point de rencontre, à la poésie qui résulte de ces rencontres »
 
Par la suite, j’ai commencé à concevoir des œuvres vidéos comme des collages, en travaillant de manière diversifiée avec des textes, des images et des sons de sources différentes – found footage, archives personnelles, sons ambiants, dessins, anecdotes ou textes littéraires. Une fois agencés, et parce qu’ils viennent de sources différentes, ces « récits » visuels, sonores ou textuels ont la particularité de laisser transparaitre plusieurs niveaux de lecture, tout en créant un certain décalage, un silence, mais aussi un espace de liberté, de réflexion, que je trouve nécessaire à toute œuvre. Dans mes installations également, les traces de recherches et fragments d’expériences, passées ou actuelles, sont interconnectées et je m’intéresse à leur point de rencontre, et à la poésie qui résulte de ces rencontres.