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La militante Émilie Nicolas est un homme blanc comme les autres

par
Maîtrise en histoire, UQAM

Dans sa chronique du 23 juillet 2020 intitulée « La démocratie et l’Empire », parue dans un quotidien de Montréal, Émilie Nicolas reprend le modus operandi habituel des théoriciens de la pensée postcoloniale, consistant à dénigrer les sociétés occidentales en rappelant leur passé colonialiste et raciste. Il en était déjà question dans son essai (acclamé et récompensé) « Maîtres chez l’Autre », paru dans la revue Liberté dans lequel elle accusait les nationalistes québécois des années 1960 d’avoir pillé l’iconographie liée à l’oppression noire, afin de mieux dissimuler le fait qu’ils sont les héritiers de la dépossession des autochtones, de l’impérialisme européen et non des mouvements de libération nationale du tiers-monde –. Contrairement à ce qu’affirmait Pierre Vallières dans Nègres blancs d’Amérique.

Cette fois-ci, elle récidive en s’en prenant aux États-Unis (cible plus facile), en dressant une liste non-exhaustive des crimes sur lesquels ce pays repose. Le message est donc simple : même lorsqu’ils luttent pour l’émancipation (comme Michèle Lalonde au Québec ou dans une mesure infiniment moindre, Nancy Pelosi aux États-Unis), les blancs (pardon blanc.he.s) oublient qu’ils sont tributaires de leur héritage colonial et raciste. Seule une rééducation et une autocritique digne de la glorieuse Chine maoïste permettrait de les réhabiliter.

Cela n’a franchement rien d’original. Le regretté Jerry Rubin, figure emblématique (et ô combien divertissante) de la Nouvelle gauche contestataire américaine des années 60, tenait peu ou prou le même discours, pour démontrer à quel point l’Amérique était pourrie jusqu’au trognon. Afin de la purger, il exhortait même les plus jeunes à ne jamais faire confiance à ceux qui étaient âgés de plus de 30 ans.

Tout ce qui manque au texte d’Émilie Nicolas est l’épellation du nom Amerika avec la lettre « K », et l’on se croirait de retour à l’ère du gauchisme délirant des années 60-70, que Lénine qualifiait non sans raison de « maladie infantile du communisme ».

Car, reconnaissons-le, la vision de l’héritage occidental que présente Émilie Nicolas est on ne peut plus réductrice et caricaturale (« essentialiste » pour utiliser le jargon à la mode). Peut-être faudrait-il lui rappeler qu’à peu près toutes les civilisations (y compris amérindiennes et africaines) reposent sur des conquêtes, massacres, pillages, etc. ?

Émilie Nicolas pense-t-elle réellement qu’avant l’arrivée des blancs, les Premières nations vivaient comme des hippies, des dadaïstes ou des situationnistes légèrement vêtus qui pratiquaient l’amour libre et vivaient d’air pur et d’eau fraiche ? Même Margaret Mead n’allait pas jusque-là ! Comment expliquer alors la destruction de la Huronie par les Iroquois, la domination des Empires aztèques et incas sur les populations environnantes, ou encore l’expulsion des Cheyennes par les Lakotas du fameux Mont Rushmore auquel d’Émilie Nicolas fait référence ? Pense-t-elle aussi sérieusement que l’esclavage est une invention blanche ?

 La seule différence entre les Occidentaux et le reste du monde, est que l’Occident est rongé par sa culpabilité postcoloniale. Émilie Nicolas joue allègrement sur cette mauvaise conscience. Mais le plus déplorable, dans sa vision opaque du monde, est qu’elle reproduit (inconsciemment, il va sans dire) le mythe rousseauiste (et orientaliste, pour paraphraser Said) du bon sauvage. Les peuples « racisés » pour reprendre le vocable à la mode, méritent mieux que d’être réduits à de sympathiques personnages attachants de contes de Disney.

Enfin, il est permis de douter de l’utilité de « la lutte des sexes » et de « la lutte des races » qui semble s’être substituée à la « lutte des classes » marxiste ou au « socialisme éthique » d’une gauche républicaine et universaliste en déclin. Émilie Nicolas pense-t-elle réellement pouvoir mobiliser les masses en montant les déshérités les uns contre les autres au nom du statut relativement « privilégié » de certaines petites gens par rapport à d’autres ? Ronald Reagan et Margaret Thatcher n’auraient pas pu imaginer mieux.

Pourquoi Émilie Nicolas se sent-elle le besoin de rabaisser l’homme blanc pour lutter contre les discriminations envers les minorités et les femmes, qui ne doivent pas être minimisées? Pourquoi ne pas faire de la lutte contre les discriminations un projet rassembleur et une source de fierté collective, comme le prône Elizabeth Badinter ?

J’aurais un petit secret à partager avec Émilie Nicolas : sa détestation de l’Occident n’a absolument rien de révolutionnaire. Il s’agit d’une ancienne tradition intellectuelle occidentale remontant à l’Antiquité gréco-romaine, comme le démontre avec brio Benedict Beckeld dans un livre à paraitre prochainement, Oikophobia: Hatred of Home in the Decline of Civilizations. N’en déplaise à Émilie Nicolas, elle est maintenant une femme de trente ans (comme dirait Balzac). Mais surtout, sa haine de l’Occident démontre qu’elle est bel et bien un homme blanc comme les autres!

29 juillet 2020



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