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Lorsque l’antiracisme prend des allures totalitaires

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®

Si madame Manon Massé, députée à l’Assemblée nationale du Québec, et co-porte-parole de Québec Solidaire, et d’autres qui réclament au Québec l’abolition du «racisme systémique», s’informaient des injustices commises au Canada anglais au nom de cette prétendue revendication, ils réfléchiraient peut-être davantage.

Prenons, parmi de nombreux exemples, la réprimande infligée à  madame Wendy Mesley, journaliste de la CBC, le réseau anglais de Radio-Canada, afin d’illustrer les excès de la lutte antiraciste au Canada anglais.

Je n’ai jamais identifié qui que ce soit par la couleur de sa peau, mais la situation actuelle me contraint à le faire.

Madame Mesley est une journaliste blanche qui travaille depuis 35 ans au réseau anglais de la télévision de Radio-Canada (CBC). À l’instar d’une jeune collégienne désobéissante, elle a été «disciplinée», à la suite d’une enquête menée sur sa conduite. Dans une lettre rendue publique le 25 juin 2020 sur son compte Twitter et par la CBC que l'on peut lire ci-contre (en cliquant sur l'image pour l'agrandir), elle écrit : The investigation is now complete and I have been disciplined. (L’enquête étant terminée, j’ai été disciplinée.)

Dans sa lettre de deux pages où elle présente ses excuses, elle explique que dans une réunion de travail elle a utilisé un mot (oui, un seul mot), non comme une insulte, mais afin d’illustrer que son utilisation pouvait porter atteinte à la dignité d’une personne. Or ce mot, qui semble si innommable qu’il n’est même pas utilisé dans sa lettre, a été jugé offensant.

Comme dans les camps de rééducation des pays totalitaires, madame Mesley fait non seulement amende honorable en demandant pardon pour sa soi-disant faute, mais elle doit passer aux aveux. Madame Mesley écrit donc ceci dans sa confession : « En utilisant ce mot, je pensais, écrit-elle, exposer cette vérité. Maintenant je me rends compte que l’emploi abusif du mot était blessant. J’ai blessé mes collègues, mon équipe et la CBC. Je regrette cela  profondément et j’en ai honte. Les mots sont puissants et lorsque des gens qui détiennent le pouvoir emploient certains mots, nous faisons un emploi abusif de notre privilège ». (I thought that by saying the word. I was somehow exposing the truth. I now realize that my abuse of the word was harmful. I hurt my colleagues. my team and the CBC. For that I am deeply sorry and ashamed. Words are powerful. And when people of power use certain words. we abuse our privilege.)

Le discours totalitaire, qui sévit en ce moment au Canada anglais au nom de l’antiracisme – et s’immisce au Québec par le biais de la lutte contre le «racisme systémique» –, interdit même à madame Wesley d’utiliser ce mot innommable dans sa lettre d'excuses. Mais on peut en déduire qu’il s’agit du mot «Nigger», banni de la langue anglaise et remplacé par l’expression «The N Word ».

Un mot innommable dans le titre du livre de Pierre Vallières Nègres blancs d’Amérique

L’enquête menée sur la conduite de la journaliste blanche donne lieu à des accusations qui atteignent le surréel, car madame Mesley a dû offrir des excuses pour avoir prononcé, dans le cadre d’une autre réunion de travail, le titre anglais du livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique, intitulé White Niggers of America, et publié notamment par McClelland & Stewart, en 1972[1]. Elle précisait le titre d'un livre contenant donc un mot innommable en y faisant référence dans une réunion tenue en septembre 2019 portant sur la société québécoise et le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault.

En commentant l'emploi «offensant» du mot innommable par madame Mesley, le collaborateur noir du Maclean's, M. Andray Domise, déclare, dans une entrevue accordée à la CBC le 9 juin dernier, que c’est exactement comme cela que fonctionne le racisme systémique. Il renchérit en expliquant que la conduite de madame Mesley est tout à fait symptomatique du climat de travail qui règne dans les médias canadiens.

Ce qui rend dangereuses les accusations et la réprimande infligée à la journaliste de la CBC, c’est qu’elles sont endossées et mises en application par une société d’État qui, bien que celle-ci soit autonome, est néanmoins directement responsable devant le parlement canadien. Or, on ne sait pas ce que pensent les députés de la Chambre des communes du Canada de la situation vécue par madame Mesley, qui a d’ailleurs été évincée de l’émission The Weekly qu’elle animait.

Ce que l'on sait, en revanche, c'est que la question du racisme systémique a surgi ces derniers jours à la Chambre des communes, alors que le Nouveau Parti démocratique (NPD) a présenté une motion à l’effet que cela existe au sein de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Le Bloc québécois ayant été le seul parti du parlement canadien à avoir refusé d’approuver cette proposition, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a accusé le leader parlementaire du Bloc, Alain Therrien, d’être … « raciste ».  M. Singh, on le sait, a refusé, lui, de présenter des excuses.    

Alors que le gouvernement du Québec a annoncé le 15 juin 2020 la formation du Groupe d’action contre le racisme, il importe de tenir compte des abus auxquels peuvent donner lieu certaines revendications se réclamant du combat antiraciste. S’il est de notre devoir de combattre le racisme, sous toutes ses formes, soyons vigilants afin de ne pas créer, ce faisant, d‘autres injustices.

27 juin 2020

 

[1] Voir sur ce sujet la réplique de Pierre Dubuc aux critiques des milieux anglophones à l'endroit du titre de l'essai de Vallières : «À la défense de  Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières», dans L’Aut’journal, 8 janvier 2019.



* Image : Wikipedia - 1984 George Orwell


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