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Le « ponce -pilatisme » contemporain et le terrorisme

par
Professeur, Faculté de droit, Université Laval, Québec, membre de Tolerance.ca®

Le terrorisme et la terreur n’ont guère besoin de définition et de concept. Au-delà de toute intellectualisation, le terrorisme se résume le plus clairement possible dans le simple fait de terroriser, de terroriser ceux qui s’opposent au terrorisme, de terroriser ceux qui ne se plient pas, de terroriser ceux qui pensent et agissent en liberté et en égalité. Ceux qui cherche à célébrer un concept du terrorisme abstrait et philosophique ne font guère d’autre qu’égarer l’esprit, de s’affirmer « idiot utile », d’anesthésier leurs consciences et de fermer leurs yeux. À l’égard des cris des autres, des cris de tous ceux qui ne comptent plus pour eux, le concept de terrorisme n’a tout simplement pas de valeur. Contre le « ponce-pilatisme » contemporaine, il faut penser.

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Penser nôtre « ponce-pilatisme »

Il faut penser le « ponce-pilatisme » et, sous aucun prétexte, il ne faut jamais céder, même pas un pouce à l’obscurantisme à la mode. Affirmons donc avec fermeté que le terrorisme, c’est le fait d’épandre la terreur pour s’assurer que personne ne se sente en sécurité, en paix, en liberté et « chez soi » ; c’est le plaisir macabre du terroriste de se sentir au-dessus des autres et de les traiter comme de la boue sous ses bottes; c’est le narcissisme et l’autoaveuglement de ceux qui se croient autorisés à disposer de la vie, du corps et de la « conscience » des autres. Le terrorisme, c’est une abomination et une perversion qui souille et débauche. Pour toute personne saine et humaine, le terrorisme représente une négation de l’humanité, de la décence et de la civilité.  

Et pourtant, le terrorisme est aujourd’hui avec nous ! De plus en plus ! Même si nous l’abhorrons, même si nous condamnons tout individu qui s’engage sur la voie de la terreur et du terrorisme contre les autres.

Nous condamnons la haine, l’endoctrinement, l’intoxication, la propagande et les actes des terroristes, nonobstant leurs origines; nonobstant les justifications que se forgent si opportunément. La joie de vivre en paix et en toute humanité ne séduit pourtant pas les égarés, les narcissiques, les identitaires fanatisés. Ceux qui détournent le regard devant les yeux des autres, qui ferment leurs oreilles aux cris de leurs victimes et qui salissent leurs mains avec le sang humain et leurs bouches par des paroles abjectes. Les terroristes n’ont en rien écouté les gémissements venant d’en bas, les cris de détresse et les pleurs de leurs victimes. Ils n’ont en rien compris que la voie de la terreur et du terrorisme ne les amène nulle part et que l’enfer sur terre, c’est l’œuvre de leurs bassesses.

Un barrage contre fanatisme et terrorisme

Observer que tant d’individus s’engagent aveuglément, narcissiquement et sans états d’âme dans le terrorisme, la terreur contre autrui, dans les activités terroristes de la dépossession, de l’expulsion et de l’éviction de l’autrui, dans des meurtres et des vols en masse, dans des viols et l’avilissement des autres, ne peut que nous rendre malheureux. Nous méritons mieux ! Nous méritons un monde sans terreur, sans terroristes et sans oppression. Nous méritons d’être libres ! Et libérés des terroristes !

Par abjection, les terroristes souillent un monde qui pourrait être beau ! Ils salissent la terre par l’ignominie ! Ils polluent les cœurs des hommes et des femmes, ils se sacrifient à l’Enfer. Ils empoisonnent la relation entre les individus pour semer la crainte, la retenue, la peur et l’angoisse. Ils font courber les dos des autres pour que personne ne puisse marcher debout et en liberté. Ils aiment nos gémissements et nos pleurs, ils croient, en exaltés, que cela prouve leur puissance. Ils abusent des gens, les traitant comme des chiens, comme des bons à rien. Ils détruisent la culture et la civilisation, l'école et la raison, la musique et la danse, la science et la logique, la joie et le plaisir, pour que rien ne pousse dans leur désert terroriste. Ils trompent et ils mentent, ils ont la vérité et la sincérité en haine. Ils font tout pour nous choquer et nous intimider, nous harasser, pour frapper les gens d’effroi et de stupeur et pour que la violence nihiliste règne en maître. Un nihilisme narcissique où l’autrui ne compte plus; où l’autrui peut être tué, détroussé et dépossédé sans états d’âme, tout pour la gloire d’une régression barbare et pour tuer symboliquement et réellement toute forme d'altérité, d’égalité et de liberté.

Quoi penser de la sagacité de nos réponses face à la terreur, au terrorisme et aux fanatismes narcissiques ? Ne pouvons-nous pas avoir le sentiment que nous sommes des prisonniers dans un train qui roule à une vitesse folle, sans qu'on puisse s'interroger sur sa destination, conduite par des gens sans âme qui refusent de voir le réel et qui croient qu’une baguette magique fera toute disparaître ? Et qui, surtout, pour ne rien voir, pour ne rien comprendre, confondent vicieusement l’identité des victimes et des bourreaux, inventent des circonstances atténuantes et des justifications idiotes, rendent les victimes responsables des circonstances qui leur sont étrangères et qui blâment « en aveugle » les victimes.

Dans l’aveuglement et la bêtise, la mélodie qui fait bouger nos « Ponce Pilates-de-la-pensée » et leurs admirateurs, c’est que ce sont « leurs propres fautes », « ils l’ont cherché », « ils ont récolté ce qu’ils ont semé », « c’est la faute de la victime ». Tant d’idiotie pour « s’en laver les mains » et pour n’affirmer que dénigrement et irresponsabilité face à la réalité.  

Un ponce-pilatisme consistant à banaliser et minimiser

Un des éléments le plus parlant des évènements du post-11-septembre-2011 new-yorkais (après l’observation qu’une partie de l’humanité se réjouissait, dansait et célébrait l’assassinat en masse), c’était la stupeur de constater avec quelle vitesse les intellectuels (journalistes, écrivains, professeurs, « penseurs engagés », etc.) ont procédé pour imposer une réécriture, une renarration, une « construction », avec objectif de minimiser, banaliser et bagatelliser. Tout était fait pour faire triompher le mensonge, l’imposture commode, l’image que c’était seulement « deux tours » qui étaient tombées, que ce n’était qu’une attaque contre la « politique états-unienne », que c’était une riposte contre le blocage géopolitique et d’autres mystifications du même genre. Quant aux morts, ont-ils vraiment eu des morts ce jour-là ?

Les « Ponce Pilates-de-la-pensée » (et leurs admirateurs)

s’engageaient, la tête en bandoulière, dans une course contre la raison où il fallait au plus vite que « les vrais coupables » (qui n’était pas le terrorisme) puissent être identifiés et que le discours habituel et répétitif de l’anti-américanisme bête puisse, à loisir, être recyclé pour la énième fois, car c’était eux les coupables ! Et surtout pas quelqu’un d’autre. Pour les « Ponce Pilates-de-la-pensée », il était plus commode et « politiquement correct » de parler de deux tours tombées que de 3000 individus (hommes, femmes et enfants) massacrés, morts atrocement et dont les corps ont été déchiquetés en mille morceaux. Les « Ponce Pilates-de-la-pensée » (et leurs admirateurs) n’avaient simplement pas envie (et surtout pas le courage) de voir la réalité en face. Ils n'avaient pas l’intelligence de prendre moralement et rationnellement la mesure de ce qui venait de se produire, ils comptaient sur la mansuétude et que personne ne peut reprocher à un aveugle de ne pas voir !

Comme un retour de balancier, comme une abomination de plus, c’était le même scénario qui se produisait de l’autre côté de l’Atlantique lors des actes de terrorisme de Paris du 7 janvier 2015 et de l’assassinat des journalistes de Charlie-Hebdo et des policiers en garde. C’était le même réflexe d’aveuglement, car subitement, pour n’offenser personne, pour « ne pas faire d’amalgames » (le maître mot de l’aveuglement volontaire), pour être politiquement et religieusement correct, il ne fallait surtout pas nommer le « terrorisme islamique ». Tout était mis en œuvre pour installer, pour suggérer que les journalistes de Charlie-Hebdo étaient peut-être allés trop loin, qu'ils pouvaient être raciste, et tant d’autres mensonges, qu’en fin de compte, ne servaient qu'abuser l’opinion publique. Quand l’objectif c’est de tromper, de mentir et de manipuler, il s'ensuit qu’une réalité ensanglantée n’a peu de poids.

Ce fut, en janvier 2015, étonnant de voir la couverture journalistique des actes terroristes contre les journalistes de Charlie-Hebdo (surtout aux États-Unis) et de constater comment les journalistes refusaient systématiquement d’aborder des questions de base, comme le blasphème (ou encore, refusaient de montrer des images non censurées du journal Charlie-Hebdo), ou encore refusaient de présenter honnêtement le sens de l’activité journalistique – de leurs confrères – du journal Charlie-Hebdo. Le résultat ne fut qu’ambiguïté, le gris journalistique, où finalement les journalistes massacrés, bêtement tués, cédaient vicieusement la place en faveur de l’image fallacieuse qu’ils n’étaient peut-être (sic !) pas entièrement « innocents ».

Voilà le chemin vers la perversité, autant intellectuelle que morale (pour ne rien ajouter quant à la déontologie journalistique), car ainsi l’innocent et l’assassin (terroriste) se confondaient dans le noir, dans le gris journalistique. L’image qui sortait n'était en rien nette et claire, sinon servait le brouillard « terroriste » là où il convenait de se rappeler que la victime est celle qui se fait bêtement tuer, se fait tuer avec la liberté de la presse dans ses bras.  

La fuite devant la responsabilité

Pour arriver à quoi ? Pour alimenter l’envie des gens de ne rien savoir, pour mieux tenir leurs yeux fermés, pour mieux agir en zombie ? Tout était en fait mis en œuvre pour faire semblant que cela n’était que « rien » et surtout que c’était fini, que le temps était venu (vite) de passer à autre chose ! Nous avons, hélas, tous un talent de géant pour détourner notre regard, car le tourment que crée le terrorisme est lourd à porter et personne n’a vraiment envie de troubler son esprit par le fardeau du « terrorisme ».

Enfermé dans notre couardise, dans notre envie d’oublier, c’est toutefois le terrorisme et ses idéologies qu’avancent, qu’occupent et gagnent du terrain et surtout qui profitent de la peur et de la soumission. À nos dépens ! S’il peut être agréable de reposer son esprit, il ne faut jamais oublier pourquoi nous devons résister, pourquoi nous ne devons jamais céder, pourquoi nous devrons tous nous battre jusqu’au dernier souffle, pourquoi nous ne devons jamais oublier la joie de marcher debout en liberté. Il ne faut jamais se soumettre, ne jamais s’abaisser, ne jamais souiller la liberté, ne jamais accepter de porter le joug. Une fois dans la boue, s’élever ne devient pas uniquement plus difficile, plus ardu, plus dur, car le joug est devenu la normalité. Le pire qu'il peut nous arriver, c’est de fuir la liberté et d’aimer nos chaînes.

Notre civilisation humaine souffre à cause du terrorisme ! C’est une souffrance qui s’accompagne d’un dénigrement, un refus, un rejet, constatable chez tant de gens. Ils croient (contre raison) que s’ils ferment les yeux tout cela disparaîtra, que le terrorisme n’a jamais existé et que tout discours là-dessus a certainement exagéré l’importance. Ils ne croient pas que les ennemis de la liberté sont parmi nous, ils préfèrent fermer les yeux pour ne rien voir.  C’est une attitude de poltron, de couard, de faible, une attitude qui sert le terrorisme et leurs commanditaires, une attitude que servent les causes terroristes et qui, en fin de compte, augmenterait le nombre de corps morts et déchiquetés. Ces gens-là ne peuvent que servir de contre-exemple, comme exemple de ce qu’il ne faut jamais faire, jamais accepter, jamais admettre. À leur encontre, il convient d’énoncer avec fermeté un « no pasarán ».

Oser juger. Oser dire non

Loin de toute soumission en pensée ou en acte, il faut se donner des moyens de résistance et de lutte contre le terrorisme et de la terreur. Il faut le faire en analysant scrupuleusement les « moyens » que se donnent nos adversaires, les ennemis de la liberté. Ils sont ici avec nous, ils utilisent nos faiblesses, ils abusent de nos gentillesses, ils se moquent de notre liberté, et ils entrent dans nos maisons par le moyen de la propagande, de l’endoctrinement et du mensonge. Ils entrent également par cyberespace qu’ils transforment en « terreur-espace » pour leurs ignobles dessins. Une attitude défensive consistant à fermer les yeux ne suffira guère, là où la vigilance tant morale qu’intellectuelle a toute sa raison d’être. Pour clamer fortement les principes d’une modernité tant politique, démocratique que juridique. Le fait de se défendre n’implique pas une « vérité », uniquement la conviction que vouloir être libre vient avec l’esprit de liberté.

Les terroristes utilisent Internet, la « toile », pour séduire, pour tromper, pour abuser et pour créer des leurres afin de recruter et de détourner de jeunes et des moins jeunes. La liberté de l’Internet peut être détournée à l’encontre de cette liberté et, hélas, servir pour pervertir l’esprit et le moral des personnes à leur insu. La faiblesse psychologique joue simplement un tour faustien contre des personnes qui baissent leurs gardes ou qui n’ont pas la résistance psychologique (ou morale) pour détecter les mensonges, les mystifications et les embrigadements. Le nouveau totalitarisme et les nouvelles lubies meurtrières, qui par l’intermédiaire de l’Internet séduisent et prophétisent honteusement l’avenir d’un « individu nouveau », en vue d’édifier le « paradis » (sur terre plutôt que dans les cieux) trompent et abusent. Pareil à une répétition maudite des fascismes utopiques qui auparavant ont ensanglanté notre planète bleue, ils reviennent en force, une fois de plus, pour imposer aveuglements et noirceurs.

Pour faire face au terrorisme, fanatisme, djihadisme, oppression, il faut commencer par un ''non'', par un non catégorique et ferme. Un ''non'' qui résonne sur le niveau interindividuel et où il faut dire non aux fanatisés qui harcèlent les filles qui ne portent pas de voile, qui insulte ceux qui ne font pas le ramadan, qui crache sur des femmes qui portent des jupes (ou de pantalons), qui injurient ceux qui mangent toutes les sortes de viandes, ou qui se foutent royalement des nouveaux semeurs de haine. Un ''non'' qui affirme, sur le niveau politique et démocratique, notre attachement profond et sincère à une liberté qui est là pour être partagée sans peur, sans oppression, sans terrorisme.

Inlassablement il faut lutter, consciencieusement, intellectuellement, moralement et légalement contre le nihilisme, contre le fanatisme, contre les ennemis de l’humain. Il faut faire barrage contre le dessein néfaste du terrorisme de détruire ou d’instituer le chaos dans une société. Il faut lutter, activement, en débutant par l’éveil des consciences et par l’éducation au sein des familles. Il faut arrêter de faire la part belle aux terroristes et il faut faire barrage contre leurs progressions. Il faut offrir une main en secours et en solidarité envers les victimes et leurs proches, tel que nous sommes convaincus que le sacrifice des vies est inutile et que le progrès vient mieux par l’intelligence et la raison.

Vigilance donc, conscience surtout, car il faut extirper le terrorisme et la terreur du cœur des humains et il faut le faire en mettant un barrage – tant humain qu’intellectuel - contre les desseins néfastes des terroristes. Avec réalisme, il faut lutter contre les dessins des terroristes et le faire, dans un objectif apaisé et démocratique, à l’intérieur d’une modernité juridique qui se respecte. 

Le terroriste s’intéresse à la déstabilisation morale, sociale, intellectuelle des individus en manipulant leurs croyances, leurs peurs, en jouant de la propagande. De ce fait, il faut assister les individus, les familles, les communautés qui souffrent et qui ont besoin de notre sympathie et de notre apport pour former des « bataillons civiques » pour protéger l’environnement cosociétaire contre la nouvelle menace brune. Il s’agit d’une bataille où nous sommes tous engagés, veuillez-le ou non !

Oser être libre. Oser marcher sans se cacher

Affirmons en toute simplicité que nous voulons marcher en liberté, sans peur, sans crainte. Nous voulons avancer dans la vie sans nous cacher, sans être forcés, sans être obligés de nous mettre à l’abri, sans être obligés d’enlever notre casquette au passage de l’élite et de l’oligarque. Nous voulons croquer la pomme en toute liberté et nous affirmer pour toute l'éternité d’être des hommes et des femmes libres. Nous voulons marcher debout.

21 avril 2022

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La Chronique de Bjarne Melkevik
par Bjarne Melkevik

Bjarne Melkevik, docteur ès droit de Paris II, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval (Québec), est un auteur prolifique dans le domaine de la philosophie du droit, de l’épistémologie et de méthodologie juridique. Ses plus récentes publications incluent... (Lire la suite)

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