
Je voudrais exprimer ma joie à l’occasion de l’attribution du prix Nobel de littérature à Mario Vargas Llosa dont je suis l’œuvre depuis quarante années.
Je cite le premier paragraphe de l’essai que je lui ai consacré dans mon ouvrage, Ecrivains des Amériques : l’Amérique latine : Quand j’ai visité Lima, j’avais l’impression d’en connaître déjà, non seulement les quartiers, les rues, mais aussi les mystères des hiérarchies sociales complexes, les affrontements des civilisations, les rapports subtils des cultures. Les romans de Vargas Llosa m’avaient révélé la ville avant que j’y mette les pieds. Rares sont les romanciers qui s’identifient autant à leur pays, leur ville, leur quartier et qui en les décrivant leur donnent la dimension du monde. Cela leur donne toute la liberté d’en critiquer les injustices.
Dans son premier roman, La Ville et les chiens, il évoque la vie de jeunes cadets, dans une institution militaire. Nous assistons à l’éclosion d’une humanité humiliée qui subit et fait subir la dégradation. Dans son deuxième roman La Maison verte, c’est une autre facette de la société qu’il présente : la rencontre du plaisir et de la corruption. Une maison de prostitution symbolise un monde où la recherche du bonheur est frustrée par la cupidité, l’ambition, et qui frappe finalement le mur de la décadence. Dans Conversation de la cathédrale, c’est la société dans ses multiples facettes qu’il tente de saisir.
Grand romancier, Vargas Llosa s’est engagé dans l’action politique. Il a soutenu Fidel Castro au début puis s’est désolidarisé de la « révolution » cubaine. En 1990, il s’est présenté comme candidat à la présidence du Pérou en tant que libéral de droite. Il fut défait par Fujimori qui, quelques années plus tard, fut condamné pour corruption. Vargas Llosa s’était retiré ensuite en Espagne et a obtenu la citoyenneté espagnole.
Jeune, il eut une bourse pour faire des études à Paris. Grand admirateur de la littérature française, il a écrit un livre sur sa lecture de Madame Bovary. Pour lui, Malraux demeure un grand modèle.
Le jury du prix Nobel l’a choisi en raison et en dépit de ses engagements politiques qui n’ont pas entamé la force de sa voix d’homme libre et surtout sa puissance d’écrivain. On ne peut que saluer ce choix et rendre hommage à cet admirable romancier.
7 octobre 2010
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