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Charles Enderlin: Le Hamas et «Le grand aveuglement»

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Image : http://www.telesphere.fr
Charles Enderlin est correspondant permanent de France 2 à Jérusalem. Ce spécialiste reconnu de l’histoire du conflit israélo-palestinien vient de faire paraître «Le grand aveuglement. Israël et l’irrésistible ascension de l’islam radical» (Albin Michel, 2009). Son sixième à ce jour. Nous nous sommes entretenu avec lui au sujet de la politique d’Israël à l'égard des mouvements islamistes. Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca ®.



Aziz Enhaili: En encourageant le développement dans la bande de Gaza de la branche la plus radicale de la confrérie des Frères musulmans, Israël a joué avec le feu pendant près de vingt ans, dites-vous dans votre dernier livre Le grand aveuglement. Quelle est, à votre avis, la raison qui éclaire cet aveuglement? A-t-on aujourd’hui pris la mesure d’un tel errement?

Charles Enderlin: Pour les dirigeants israéliens, politiques et militaires, l'ennemi, c'était l'OLP et le nationalisme palestinien qui menaient la lutte armée. Lorsque le cheikh Ahmed Yassine a contacté les Israéliens au début des années 70, il leur a expliqué qu’il luttait contre un ennemi commun : la gauche palestinienne, les buveurs d’alcool, les apostats… «Je ne m’occupe que de religion et d’aide sociale», a-t-il dit. Les services de sécurité israéliens ne se sont pas intéressés de près à la vision théologique des Frères musulmans. Au printemps 1988, lors de la première Intifada, ils découvriront qu’ils avaient laissé se développer un ennemi pire que l’OLP… Le Hamas avait vu le jour et lancé le jihad contre Israël. L’organisation d’Arafat menait déjà des contacts secrets avec Israël et acceptait l’idée d’une solution à deux États.

Aziz Enhaili: Quels sont, selon vous, les facteurs (côté israélien) qui ont favorisé l’ascension irrésistible de l’islam radical à Gaza?

Charles Enderlin: L’incompréhension du phénomène religieux. Les experts des services de renseignement israéliens n’ont commencé à analyser l’Islam radical que vers la fin des années 80. Avant, très peu de moyens étaient consacrés à la collecte d’information, les traductions, les analyses des prêches dans les mosquées…

Aziz Enhaili: Dans quelle mesure la politique pro-israélienne des États-Unis a contribué à cette ascension islamiste?

Charles Enderlin: C’était l’air du temps dans les années 70 et 80. La religion musulmane était considérée par les Américains et les Israéliens comme la meilleure arme contre le communisme. Israël a vendu du matériel militaire au Pakistan de Zia Ul Haq, soutenu par les États-Unis… et, ainsi contribué - ¬¬¬modestement il est vrai- à l’islamisation de ce pays.

Aziz Enhaili: Pourquoi, selon vous, le réseau d’Al-Qaïda n’a-t-il pas encore réussi à s’implanter de manière significative dans les territoires palestiniens occupés?

Charles Enderlin: Les Frères musulmans ont toujours été opposés à Al-Qaïda. Le Hamas a refusé, dés 1994, de participer au Jihad global de Ben Laden, arguant que son combat était local.

Aziz Enhaili: Que pensez-vous de la dernière exigence à ce jour du gouvernement de droite israélien à l’effet que si les Palestiniens veulent conclure un accord de paix, ils devraient au préalable reconnaître et accepter la «nature juive de l’État d’Israël»? Qu’est-ce que cela signifie concrètement? Pensez-vous que c’est de bon (ou mauvais) augure pour la fin du conflit israélo-palestinien?

Charles Enderlin: Pour l’instant, cela ne signifie pas grand-chose. Il faudra d’abord que les responsables israéliens définissent cette «nature juive» de l’État: culturelle? Religieuse? Et si oui: orthodoxe? Réformée? … La direction palestinienne a déjà annoncé que les Israéliens n’ont qu’à changer le nom de leur État. Ils le reconnaitront.

Aziz Enhaili: Tout compte fait, pensez-vous qu’un accord de paix (ou une «hudna», pour reprendre la terminologie du Hamas) entre l’État hébreu et la formation islamiste serait envisageable? Si oui, dans quelle mesure et selon quelles conditions? Si non, pourquoi?

Charles Enderlin
: Une «Hudna» n’est qu’une trêve limitée dans le temps, selon les règles définies par le Coran. Ce n’est pas un traité de paix. Le Hamas a toujours répété qu’il ne reconnaîtra pas un État non islamique en terre musulmane. Les Frères musulmans sont prêts à accepter un État palestinien en Cisjordanie, Gaza et Jérusalem Est, sous certaines conditions, mais notamment que cela n’implique pas de leur part une reconnaissance d’Israël. Il faut bien comprendre qu'il s'agit d'une organisation religieuse alors que l'OLP et les mouvements qui la constituent sont avant tout politiques. Au fil des ans, l'OLP a évolué idéologiquement alors que le Hamas n'a pas bougé et refuse même tout contact politique avec des Israéliens.

Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca ®.

23 décembre 2009


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