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Affaire Colten Boushie. La tyrannie des minorités : les Fake News ne sont pas que dans Facebook

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®

Tandis que des centaines d’articles ont couvert dans les médias anglophones le procès du fermier blanc qui a tué un jeune Amérindien de 22 ans en Saskatchewan, les journaux francophones ne nous ont livré qu’un côté de la médaille. Et, bien sûr, la tendance chez ces derniers, c'est de déclarer le fermier blanc, 56 ans, coupable alors qu'il a été acquitté par le tribunal, vendredi 9 février 2018. 

Sur les quatre articles parus en français sur ce sujet le jour de l'acquittement, dont on trouvera les liens au bas de cet article, deux d’entre eux sont coiffés d’une manchette contenant le mot «meurtre». «Meurtre d'un jeune autochtone: le verdict de non-culpabilité fait réagir» affirme le titre de La Presse. «Un fermier de la Saskatchewan innocenté du meurtre d'un Autochtone», proclame quant à elle la revue l’Actualité sur son site.

N’aurait-on pas pu indiquer que le fermier a été innocenté de l’accusation du meurtre ou de la mort du jeune homme.

Car, le verdict d’acquittement a été prononcé justement, parce qu’on n’a pas réussi à démontrer, hors de tout doute, que le fermier avait l’intention de tuer le jeune Amérindien. Avec de tels titres, aucun doute n’est possible, car la définition du dictionnaire est très claire,  meurtre signifie «action de tuer délibérément un être humain avec violence» (c’est moi qui souligne).

Durant le procès, Radio-Canada avait même annoncé que le jeune Autochtone avait été «abattu».

Est-on conscient dans nos médias de la manipulation qu’exercent sur l’opinion publique de telles manchettes et le fait qu’elles contribuent à alimenter les préjugés touchant cette fois-ci l’homme-blanc-tueur-d’Autochtones ?

Depuis l’acquittement de Gérald Stanley, le fermier blanc impliqué dans la mort du jeune Autochtone, des manifestations ont lieu partout au Canada pour protester contre la décision du jury.

Or, que s’est-il réellement passé dans cette affaire ? Je l’ai suivie car je me demandais comment les vives tensions interraciales existant au Canada entre les Blancs et les Amérindiens allaient affecter l’aboutissement de ce procès.

Le fait est que cinq Autochtones intoxiqués font irruption au mois d’août 2016 sur le terrain d’une ferme appartenant à Gerald Stanley. Ils conduisent un VUS dans lequel, découvrira-t-on au cours du procès, se trouve un fusil. Le VUS en question a une crevaison et ses occupants prétendent qu’ils cherchaient de l’aide. On a aussi raconté que l’un des occupants avait tenté de voler un camion dont il a frappé la vitre avec un fusil.

Au cours du procès, l’un des occupants du VUS aurait même déclaré qu’il avait consommé sept boissons et qu’il avait omis de déclarer à la police qu’ils avaient un fusil dans le VUS, parce qu’on lui avait interdit de porter des armes.

Une fois arrivés sur le terrain de la ferme, un des occupants du VUS aurait tenté de faire démarrer un véhicule tout terrain appartenant à Stanley.

Une altercation s’ensuivit. Deux hommes sortiront du VUS et Stanley ira chercher un vieux pistolet qu’il avait dans son hangar pour se défendre.

Ne voyant pas sa femme, alors qu’elle était assise sur le véhicule tout-terrain quelques instants plus tôt, il pensa qu’elle était en danger et que le conducteur du VUS s’apprêtait à foncer sur elle.

C’est alors qu’il se précipite sur le VUS et, à travers la fenêtre du véhicule, tente d’arrêter le moteur, alors qu’il tenait toujours son pistolet de l’autre main.

C’est à ce moment que le coup serait parti accidentellement, atteignant le jeune Boushie à la tête, alors qu’il était assis dans le siège du conducteur du VUS.

Stanley a déclaré qu’il n’avait nullement l’intention de tuer le jeune Autochtone.

Dans de telles conditions, alors que les occupants du VUS étaient intoxiqués, avaient envahi une propriété et possédaient une arme à feu, peut-on raisonnablement soutenir que le fermier avait réellement l’intention de tuer un jeune Autochtone ou plutôt de se défendre et de protéger les siens ?

Les Autochtones crient à l’injustice, mais tiennent-ils compte de ces éléments pour le moins compromettants dans cette affaire ? Des éléments qui avaient toutes les raisons d’inquiéter le fermier.

Que l’on ne se demande même pas pourquoi ces jeunes n’étaient pas jugés pour port d’armes et pour conduite d’un véhicule en état d’ébriété me dépasse.

En criant à l’injustice, les Autochtones exigent une représentation dans les jurys. Lors de la formation du jury, on a effectivement exclu des candidats autochtones. Les Autochtones de la région considérant le fermier d'office coupable, avant même la fin du procès, on devine l’obstruction qui aurait suivi dans le déroulement des procédures, les décisions des jurés devant être unanimes.

Il est à noter que Justin Trudeau et ses ministres se sont tout de suite montrés solidaires des revendications des Autochtones en critiquant le système judiciaire canadien, faisant ainsi peu de cas de la séparation des pouvoirs.

N’est-ce pas révélateur de la courte vue du premier ministre canadien? Ce dernier par ses commentaires se rend-il compte qu’il discrédite la justice canadienne ? Son attitude montre bien, une fois de plus, son amateurisme. Car les pressions sur le système judiciaire exercées par des groupes finiront inévitablement par miner l’indépendance de la justice.

La réconciliation avec les peuples autochtones

Il est beaucoup question ces temps-ci de réconciliation avec les Premières nations, les Inuit et les Métis.  Et, comme on le sait, la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante a annoncé «avec fierté» cette semaine la nomination de la nouvelle commissaire des relations avec les Peuples autochtones, Marie-Ève Bordeleau. La nouvelle commissaire aura pour mandat, nous dit-on, «de développer une stratégie de réconciliation pour la Ville de Montréal et de développer une formation à l'attention de ses employés».

En ce qui touche la formation des employés, on n’est pas plus informé. S’agit-il de nous rappeler, une énième fois, les injustices subies ?

Si les Premières Nations ont effectivement été victimes d’abus, de discrimination et d’injustice de la part de l’homme blanc, ne faudrait-il pas aussi inscrire, dans ces politiques de réconciliation et de réparation, d’autres principes qui pourraient contribuer à améliorer les relations avec les peuples autochtones ?

Dans un  monde où domine la rectitude et où l’accent est mis sur les droits et libertés des groupes, il n’est pas aisé de rappeler ces principes qui devraient  aussi régir nos relations entre humains, soit la part de responsabilité et le sens du devoir qui incombent à tous les citoyens quelles que soient leurs origines. Ne serait-il pas utile de les rappeler aussi lors de ces nombreuses déclarations de nos élu-e-s ?

Références :

Meurtre d'un jeune autochtone: le verdict de non-culpabilité fait réagir» affirme le titre de La Presse

http://www.lapresse.ca/actualites/national/201802/10/01-5153368-meurtre-dun-jeune-autochtone-le-verdict-de-non-culpabilite-fait-reagir.php

«Un fermier de la Saskatchewan innocenté du meurtre d'un Autochtone» - L'Actualité

https://lactualite.com/actualites/2018/02/09/des-experts-du-domaine-juridique-croient-quil-faut-plus-de-jures-autochtones/

Le soir où Colten Boushie a été abattu : le fil des évènements raconté en images : Radio-Canada

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1082696/mort-colten-boushie-ferme-proces-gerald-stanley-photos

11 février 2018

 



* Image : metacanada.ca


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Victor Teboul est écrivain et le directeur-fondateur du magazine en ligne Tolerance.ca ®, fondé en 2002 afin de promouvoir un discours critique sur la tolérance et la diversité. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont des romans et des essais, et de nombreux... (Lire la suite)

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