J’étais ému et très content d’apprendre que Leonard Cohen est le lauréat est le lauréat du Prix Denise-Pelletier 2012, décérné par le Gouvernement du Québec.
J’ai bien connu Leonard Cohen il y a une cinquantaine d’années. Je l’ai rencontré lors d’une soirée chez le poète Irving Layton en 1956 alors qu’il était étudiant à l’Université McGill.
Pour moi, il était et demeure un écrivain : poète, romancier, essayiste. Il allait publier alors son premier recueil de poésie Let us compare mythologies. Layton, reconnu comme poète était son mentor. Cohen est demeuré son ami fidèle et admirateur jusqu’à sa mort il y a quelques années.
En 1961 Cohen fit paraître chez un grand éditeur McLelland & Stewart son second recueil The spice book of earth. Robert Weaver critique et directeur des émissions littéraires anglaises de Radio-Canada le salua comme la grande promesse de la littérature canadienne. En 1964 ce fut un autre recueil Flowers for Hitler.
Dans toute sa poésie, Cohen affirmait sa fidélité à la tradition juive, sa douleur face à la Shoa et son grand amour de la vie.
En 1963, Cohen publia son premier roman The favourite game, un récit semi- autobiographique. L’accueil de la critique fut mitigée. Je lui avais consacré alors un article dans le Devoir. J’y exprimais mon admiration et le saluais comme le grand écrivain canadien de la nouvelle génération.
The beautiful losers, en 1966 fut son second roman. Dans mon analyse dans le Devoir, je soulignais l’immense modernité de l’œuvre, la vision profonde, originale et très personnelle de Cohen du Canada, de son histoire où il met en scène Kateri Tekakwitha, les Jésuites aussi bien que les Juifs. Un roman dont la complexité ne lui attira pas une grande masse de lecteurs. Ce n’est que des années plus tard, en 1977 que le poète Dennis Lee souligna dans son livre Savage Fields, sa grande vision du Canada, à partir de son passé.
En 1968 le Prix du Gouverneur Général fut décerné à Leonard Cohen pour ses Selected Poems. Chef du service des lettres et de l’édition du Conseil des Arts du Canada à l’époque, j’étais l’administrateur et le responsable de ces prix et j’attendais avec une immense joie l’arrivée du poète à Ottawa. Son éditeur Jack McClelland était déjà là et il me fit part de l’hésitation de Cohen d’accepter le prix. Il reprochait aux autorités la poursuite policière de certains de ses amis artistes pour consommation de drogues. Il m’appela quelques heures avant la cérémonie pour m’annoncer son refus du prix et pour m’assurer de son amitié et de sa gratitude pour avoir souligné si favorablement ses romans.
A partir des années suivantes Leonard Cohen devint le grand chanteur de ses poèmes et acquit une énorme réputation mondiale.
Le Québec en reconnaît la valeur. J’aime ses chansons. Je l’ai cependant connu comme écrivain et il le demeure pour moi.
Le prix Denise-Pelletier est accordé par le Gouvernement du Québec à une personne pour l'ensemble de son œuvre et de sa carrière dans le domaine des arts de la scène, soit la chanson, la musique, l'art lyrique, le théâtre et la danse. (NDLR)
6 novembre 2012