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Director / Editor: Victor Teboul, Ph.D.
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Un message adressé à M. Paul St-Pierre Plamondon, premier ministre du Québec

(French version only)
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Ph.D., Université de Montréal, Editor, Tolerance.ca®

Comme vous vous réclamez de l'héritage de M. René Lévesque et que vous avez rencontré à quelques reprises des représentants d’une organisation qui promeut les politiques actuelles du gouvernement israélien, il pourrait être utile de tenir compte de ce que pensait M. Lévesque du conflit israélo-palestinien.  L’extrait suivant est tiré d'un long entretien que l’ancien premier ministre m’a accordé dans ses bureaux de Québec, le 1e décembre 1981, sur les Juifs et sur Israël. L’entretien fut diffusé en mai 1982 à la radio de Radio-Canada, dans le cadre de mes émissions sur La Communauté juive du Québec.

Le texte intégral de l'entretien est reproduit dans mon ouvrage René Lévesque et la communauté juive, disponible notamment à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec.

Le lancement de la publication eut lieu à la Maison Ludger-Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal le 5 juin 2001 à l'occasion du 169e anniversaire de l'obtention du droit de vote par les Juifs du Québec.  

Voici les réponses de M. Lévesque, précédées de mes questions :

Victor Teboul : Votre première émission à Point de mire dans les années 50 coïncide avec la crise de Suez. Quelle perception a-t-on d’Israël au Québec à cette époque ?

René Lévesque : Il y a eu comme partout dans le monde, je pense, des perceptions qui ont évolué. Si on remonte au tout début, c’est-à-dire au moment où il y a eu le départ des Britanniques de la Palestine et puis, tout à coup, cette espèce de minute de vérité dont Israël a émergé, en 48, je pense qu’à ce moment-là tout le monde sentait, ici comme ailleurs, justement parce qu’on avait toutes ces images du temps de guerre, de la soi-disant solution finale, enfin du génocide systématique des Juifs en Europe, tout le monde avait une sorte de cas de conscience évident. On ne pouvait pas faire autrement que de le sentir. Donc, tout le monde, je crois, enfin si mes souvenirs sont bons, considérait que l’existence d’Israël était comme une sorte de réparation historique et que c’était non seulement justifiable, mais qu’il fallait être favorable à peu près sans restriction.

C’est après que ça a évolué. Parce que quand on devient un État et qu’on se comporte comme un État, forcément on devient critiquable. Et je fais le saut, là, parce qu’il y a tellement de nuances dans la façon dont ça a évolué, mais, au moment de Suez, je me souviens que la cause anglo-franco-israélienne contre l’Égypte n’était pas particulièrement populaire dans l’opinion telle que je me la rappelle. Je pense que c’était assez bien reflété d’ailleurs par des hommes politiques, y compris monsieur Pearson qui a gagné son prix Nobel plus ou moins autour de ça, le prix Nobel de la paix. C’est qu’il y avait un abus de force très flagrant, parce qu’ici on ne pouvait pas sentir autre chose qu’une sympathie essentielle, instinctive pour la récupération du canal de Suez par les gens sur le territoire desquels ce canal passe depuis toujours et qui se faisaient exploiter depuis toujours. Alors là, ce n’était pas du tout le jugement de 48, qui était plutôt une sorte de conscience qui se prononçait en disant : « Bien, c’est un minimum historique, qu’ils aient le droit d’exister chez eux comme peuple juif. »

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En 56, ça devenait autre chose. C’était plutôt de l’agression. Une agression conjointe, mais enfin de l’agression dans un cas où je crois qu’aujourd’hui, même avec le recul, ce n’était pas justifiable. Les intérêts qui étaient en jeu n’étaient pas particulièrement admirables.

Victor Teboul : Est-ce qu’il y a eu une évolution aujourd’hui en ce qui touche à la perception qu’on a d’Israël au Québec?

René Lévesque : Je serais très mal placé pour évaluer l’opinion, parce qu’il n’y a pas eu … comment dirais-je ?… de mesure de l’opinion là-dessus, ... ça vaut ce que ça vaut, les sondages, je ne connais pas de sondages là-dessus, en tout cas sûrement pas récemment. Alors, je suis plutôt obligé de vous donner la mienne et celle que, je pense, un certain nombre de gens partagent, mais dire que là c’est le reflet de l’opinion publique, je ne pourrais pas vous le dire.

Moi, je dirais simplement ceci : c’est qu’il a fini par s’établir une sorte d’évidence pour ceux qui ne sont pas, si vous voulez, absolus dans leurs opinions, une sorte d’évidence qui est que l’avenir d’Israël est relié à... et très très, je pense, existentiellement relié à une façon de vivre avec les autres qui les entourent, c’est-à-dire les Arabes, l’ensemble arabe, moyen-oriental, qui les entoure. C’est à peu près impossible de départager les responsabilités, mais on sait une chose, c’est qu’au cœur de ce problème qui est vraiment existentiel se trouve la solution équitable du problème palestinien. Il n’y a pas moyen de passer à côté. Tant qu’on passera à côté ou qu’on prétendra passer à côté, la situation ne se réglera pas, mais les dangers peuvent s’accumuler à l’horizon. Parce que les sociétés arabes, enfin à cause du pétro-dollar et à cause de beaucoup d’autres facteurs, ont quand même évolué, mais se sont également enfoncées d’une façon qu’il faut bien comprendre - c’est historique ça aussi - dans une hostilité qui est devenue permanente. Et au cœur de ça se trouve une solution équitable pour des gens sans terres et qui, je crois, justifiablement peuvent dire : « On a droit, nous aussi, à un espace vital qui nous appartienne, chacun son tour. » Et tant qu’on n’aura pas le courage de faire face à ça et tant qu’Israël, je pense, ne trouvera pas une façon, qui est difficile avec le gouvernement de monsieur Begin  (1) actuellement, mais une façon de trouver une longueur d’onde commune avec son entourage, bien, l’avenir reste extraordinairement problématique, je crois.

Victor Teboul : Il y en a qui pourraient vous dire que c’est le côté adverse qui n’est pas sur la même longueur d’onde...

René Lévesque : C’est évident. C’est évident que ça joue des deux bords.

Note 1. Menahem Begin, premier minister d’Israël de 1977 à 1983, chef du Likoud, parti de droite.

Source : Victor Teboul, René Lévesque et la communauté juive, Les Intouchables, 2001, p. 29 – 33.

Pour plus d’informations : https://www.victorteboul.com/Article.aspx?ID=225&L=fr

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25 octobre 2026



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