Remettons en question le Projet 1619, conçu et promu par le New York Times Company. Analysons et critiquons ce projet comme un coup journalistique se servant de l’histoire afro-américaine pour faire du "politiquement correct". Sous le vernis d'une réparation mémorielle, il opère une substitution périlleuse : celle du récit militant à la rigueur scientifique, transformant l'histoire en un levier de marketing idéologique. En érigeant le militantisme narratif en vérité historique, cette initiative sacrifie la complexité des faits sur l'autel d'une polarisation médiatique lucrative. Ce projet finit par instrumentaliser les souffrances du passé pour valider un catéchisme idéologique contemporain, transformant le métier de journaliste en celui de procureur de l'histoire. Critiquons-le en conséquence.
Genèse d’une offensive idéologique
Lancé le 14 août 2019 par le New York Times Magazine, le Projet 1619 se présente comme une réécriture fondamentale de l'histoire américaine. Sous couvert de célébrer un quatre-centenaire, cette opération « historico-journalistique » déploie une force de frappe multimédia sans précédent : un recueil d'articles érigés en « histoire alternative », un livre à succès (The 1619 Project: A New Origin Story) (1), une série documentaire sur Hulu et, plus inquiétante, un programme de « ressources pédagogiques » imposant cette idéologie au cœur même des écoles.
Essentiellement, il s'agit d'une offensive commerciale et idéologique relevant du « chic radical ». Orchestrée depuis le sommet de la pyramide médiatique académique, elle utilise son pouvoir élitaire pour substituer le dogme aux faits.
Pourquoi s'y intéresser ? Parce qu'en fixant l'ordre du jour des cercles dirigeants, l'empire du New York Times ne fait pas qu'informer : il sculpte le réel pour servir les intérêts du pouvoir. Face à cette escroquerie intellectuelle, la vigilance n'est plus une option, elle est un impératif de survie pour l'esprit critique.
Projet 1619. Mettons les cartes sur table !
Soyons francs : l'idée d'une « histoire alternative » ne correspond en rien à nos principes. Pour nous, l’histoire est une discipline rigoureuse fondée sur des faits concrets. Elle ne doit être ni manipulée ni remodelée pour satisfaire une imagerie idéologique. Nous rejetons fermement cette instrumentalisation politique du passé.
George Orwell nous avait bien mis en garde : « Jour par jour, le passé était mis à jour. On pouvait ainsi prouver, avec documents à l’appui, que les prédictions faites par le Parti s’étaient trouvées vérifiées. L’Histoire tout entière était un palimpseste gratté et réécrit aussi souvent que c’était nécessaire. » (2).
Orwell ne connaissait évidemment pas le Projet 1619, mais il en avait théorisé le mécanisme : celui d'une chirurgie permanente sur la mémoire collective. Si l'histoire devient ce palimpseste que l'on gratte au gré des injonctions morales, elle cesse d'être une science pour devenir une arme. Nous n'avons pas compris l'avertissement : en réécrivant le passé pour qu'il s'ajuste à nos combats présents, nous ne réparons pas les injustices, nous détruisons le sol même sur lequel repose la vérité.
Face à la complexité tragique du réel, la tentation est grande de préférer la gratification immédiate d'une histoire qui flatte ou qui absout. Mais la sobriété intellectuelle impose un constat lucide : l’histoire n’est pas là pour plaire, elle est là pour précéder. Lui imposer les désirs du présent, c’est condamner l’avenir à l’aveuglement. Le garde-fou de la rigueur demeure la seule protection contre ce naufrage dans la fiction idéologique.
Acheter et recadrer l’Histoire
Avant d’aller plus loin, il faut savoir que le Projet 1619, c’est l’histoire alternativiste achetée et « mise en scène » par un empire médiatique : le New York Times. Le Projet 1619, c’est le pouvoir de l’argent, le pouvoir médiatique, le pouvoir élitiste qui procède à la fabrication délibérée de récits historiques et à la déformation des faits passés. Orchestré par le New York Times, ses propriétaires et ses réseaux élitaires, le Projet 1619 illustre ce dévoiement mercantile où l’histoire devient un produit à vendre, une marchandise, une commodité.
En fait, aujourd’hui, il suffit d’être riche, influent et doté d’un certain opportunisme cynique pour réécrire le passé. Posséder un média, une maison d’édition, un think tank (« fabrique à idées », « usine à penser ») ou même une université trouve tout son sens dans ce paradigme : cela permet non seulement de redéfinir l’histoire selon ses propres termes, mais aussi de s’en attribuer le prestige. En contrôlant le récit historique, ces institutions peuvent exploiter leur emprise narrative à des fins lucratives et symboliques, en devenant les gardiens autoproclamés des nouvelles « vérités » (sic !).
Plus proche de la production hollywoodienne que de l'étude académique, le Projet 1619 se révèle un outil fonctionnel au service d'un agenda politique et culturel prédéterminé. Cette influence est d'autant plus systémique qu'elle s'appuie sur la puissance du New York Times, capable d'imposer ce récit jusque dans les programmes scolaires et la culture populaire. En définitive, l'histoire ne relève plus de la recherche, elle dépend de la force de diffusion, transformant la vérité historique en un simple accessoire de communication.
Dans une société consumériste où tout semble monnayable, l’idée que l’histoire puisse s’acheter et se vendre n’étonne guère. Comme l'analyse Michael Sandel (3), nous avons glissé vers une "société de marché" où les valeurs marchandes corrompent des domaines autrefois régis par des normes non marchandes. Devenue un produit manufacturé, l'histoire est désormais commercialisée selon les dynamiques économiques dominantes. Cette logique d'instrumentalisation substitue aux vérités historiques une construction plastique, où l'élaboration de récits à visée politique et culturelle permet de pérenniser les structures de domination au profit de l'élite en place.
Imaginez donc ! Imaginer être capable d’acquérir l’essence de l’histoire, de s’approprier une part de la vérité historique (sic !) pour la recadrer selon sa propre vision idéologique ; la réécrire pour montrer que les événements se sont déroulés autrement, de manière « alternative » à ce qu’ont autrefois écrit les historiens professionnels. Imaginez que le passé puisse être remodelé pour satisfaire un récit taillé sur mesure. Imaginez disposer du pouvoir et des moyens financiers nécessaires pour réinventer l’histoire, la réimaginer selon les critères d’une prétendue élite « vertueuse », politiquement et moralement supérieure.
Imaginez cette possibilité : se lever un matin en songeant que l’histoire de son pays manque de charme, qu’elle soit trop ordinaire ou peu engageante, et décider qu’il faudrait une version plus attrayante, ajustée au goût du jour, politiquement correcte, calibrée pour servir des intérêts idéologiques et stratégiques.
Par le Projet 1619, il ne s’agit plus d’imaginer : il s’agit d’endosser, d’accepter, de souscrire et, sans esprit critique, d’adhérer à l’histoire alternative, à l’histoire « journalistique » mise à jour !
Imaginaire d’une nouvelle origine
Dans le Projet 1619, tout devient une question d'idéologie de l’origine — de la "bonne" origine. Ce projet entend imposer une nouvelle narration fondatrice (new origin story) comme prisme unique pour expliquer et évaluer l’ensemble de l’histoire américaine. Il s'agit de l'intronisation d'un mythe originel inédit, d'un acte de naissance artificiel situé en l'année 1619. Cette date est ainsi érigée en genèse absolue des États-Unis, une vérité qui, jusqu’à sa "révélation" en 2019, aurait été sournoisement occultée par ceux-là mêmes qui ont prospéré grâce à une mystification des origines, longtemps déniée et cachée.
Le Projet 1619 impose ainsi un nouveau commencement idéologique, un point de rupture destiné à ébranler quatre siècles d'historiographie américaine. En déplaçant le curseur, ce projet ouvre la voie à une reconstruction intégrale du passé : il propose de redémarrer sur une base idéologique qui redistribue les cartes et dévoile des perspectives calibrées pour les enjeux contemporains.
Cette "origine" ne relève ni de la découverte heuristique ni de l'apport documentaire ; elle procède d'un arbitraire idéologique, d'un choix de rectitude morale et politique. En décrétant que l'essence d'une nation se cristallise dans un fragment chronologique isolé et amplifié, le projet occulte la complexité organique de l'histoire réelle pour lui substituer un récit linéaire et accusateur. Ce n'est plus de la science historique, c'est de la théologie politique travestie en journalisme — une théologie dogmatique érigée, comme nous l’avons dit, en objet de croyance.
Donnons maintenant de la chair à ce Projet 1619 en résumant, de façon critique, les dogmes qu'il construit ; examinons l’architecture dogmatique de cette œuvre.
Les cinq dogmes du Projet 1619
Et quels sont ces cinq dogmes de croyance historique, ces « prêt-à-penser » destinés à remplacer l’histoire réelle ?
Dogme 1
Le premier dogme défend que l’année 1619 constitue la « véritable » fondation des États-Unis. Les États-Unis ne seraient pas nés de la Déclaration d’indépendance de 1776 ni de la Constitution de 1787. Le dogme déplace et identifie, de façon arbitraire et idéologique, l'acte de naissance à 1619, lors de l’arrivée des premiers Africains en Virginie. L'élément fondateur et l'ADN des États-Unis ne seraient donc pas « la liberté », mais la tache de honte, le péché originel qu’a été le fait esclavagiste.
Dogme 2
Deuxième dogme : le Projet 1619 soutient que la Révolution américaine et la lutte pour l’indépendance n’auraient été qu’une fraude historique destinée à sauvegarder l'esclavagisme. C’est la prétention que l'une des motivations principales des futurs Américains était la peur que la Grande-Bretagne n'abolisse l'esclavage. Au péché originel s’ajoute ainsi le péché d'une fondation trompeuse (mettant hors-jeu, tant historiquement que politiquement, le mouvement abolitionniste) (4).
Dogme 3
Troisième dogme : l'esclavagisme aurait été le moteur unique du capitalisme aux États-Unis. Le Projet 1619 présente l'économie américaine moderne comme une émanation directe des méthodes de gestion brutales des plantations. Selon cette thèse, les succès économiques actuels ne seraient que le prolongement d'un système bâti sur la spoliation systématique commencée avec les esclaves afro-américains. Il s'agit là d'un postulat ahistorique qui aurait sans doute suscité le scepticisme, voire l'ironie, de Karl Marx.
Dogme 4
Quatrième dogme : la démocratie aux États-Unis serait l’œuvre exclusive des Afro-Américains. Dans le sillage du deuxième dogme, arrive le postulat que les pères fondateurs de l’Indépendance et du constitutionnalisme étaient des hypocrites dont les idéaux de liberté étaient feints, et que seuls les Noirs américains ont véritablement luttés pour faire de l'Amérique une démocratie.
Dogme 5
Cinquième dogme : le racisme perdure comme une pathologie structurelle atavique (i.e. le racisme systémique). Le péché originel est ici présenté comme un péché ontologique : une faute qui ne se contente pas d'avoir eu lieu, mais qui définit l'essence même de la nation. Le racisme n'est plus vu comme une corruption à combattre qui recule avec le temps, mais comme un vice encodé de manière indélébile dans toutes les institutions. Il faudrait en conséquence tout recommencer, refaire la société et l'individu, extirper la tare jusqu'à la racine pour faire démarrer une histoire nouvelle. Les États-Unis ne pourraient être "rachetés" : le Péché est si profond et systémique que l’unique solution est de repartir à zéro.
Cinq dogmes pour enchaîner l'histoire, cinq dogmes pour traquer le Péché que le passé aurait légué, cinq dogmes pour régner dans l'assurance d'avoir la Vertu à son côté. Que penser ?
La mécanique du complot
Vouloir réfuter ces dogmes sur le terrain des faits est presque superfétatoire. Sur le plan de la science historique, ils sont dépourvus de validité. S'attaquer au Projet 1619 par la seule factualité semble même dérisoire, tant l'édifice s'effondre sous le poids d'un réductionnisme qui s'affranchit de toute rigueur.
À bien juger, le Projet 1619 s'apparente à une structure complotiste : une injonction à croire au mépris de la raison, une invitation à délaisser l'histoire pour la révélation. Cette adhésion n'a plus pour but la vérité, mais la pureté d'un sentiment "éveillé", transformant le chercheur en initié et la connaissance en un acte de foi politique.
Ce qui interpelle, c’est ce syndrome de la révélation d’une supposée "vérité cachée" que des élites corrompues auraient, par incompétence ou complicité systémique, malicieusement dissimulée. Croire qu’une "vérité pure" aurait soudainement surgi dans les colonnes du New York Times Magazine en 2019 relève de l'ingénuité. Ce n'est pas de l'histoire, c'est du spin ; une invention idéologique qui prétend s'imposer comme une mémoire retrouvée. Avant de se prétendre "éveillé", il s'agirait d'abord de se réveiller.
En tant que tels, ces cinq dogmes ne dessinent qu’un passé binaire, dénué de nuances, un prêt-à-penser à la mesure du chic radical. Ils servent de miroirs pour idéologiser le Moi et célébrer sa vertu, lui prouvant qu'il a toujours eu raison, qu’il est un vaillant combattant contre le péché systémique et un juge infaillible face à l’histoire.
En adoptant ces vérités manufacturées, l'individu ne cherche plus à comprendre la complexité humaine ; il consomme un récit pour valider ses propres préjugés. C'est le triomphe de l'émotion sur l'archive, du dogme sur l'enquête, de l’idéologie sur le réel. Sous couvert de mémoire, le Projet 1619 vend une identité politique que le public achète, ravi de voir ses certitudes gravées dans le marbre d'un grand journal.
En fin de compte, il ne s’agit que de croire. Croire avec force parce que la mode et le "chic radical" l’exigent. On somme désormais le citoyen d'accepter qu'une opération médiatique remplace tout ce que la recherche historique a patiemment édifié.
La riposte des historiens
Les historiens professionnels ne sont pas dupes ! La plupart ont dénoncé le Projet 1619 comme étant erroné, partiaux et sans valeur scientifique. Mais pas tous : s’opposer au New York Times, à ses propriétaires et à ses réseaux est périlleux dans une université soumise au « politiquement correct ».
Toute critique d'une théorie prétendument vertueuse vous transforme d'emblée en être "non vertueux". En conséquence, il devient permis de vous disqualifier comme simple soutien du « système » et de ses vices — au mieux comme un individu égaré ou fourvoyé. C'est ici qu'entre en fonction le mécanisme de défense circulaire typique des théories de la « vérité cachée » : si vous contestez la thèse, c'est que vous faites partie du problème qu'elle dénonce.
Ce mécanisme transforme le contradicteur en coupable et délégitime toute critique. L'argument s'efface devant le procès d'intention. C'est une stratégie de défense psychologique qui, par un sophisme ad hominem systématique, dévie l'attention du fait vers la personne. Quand les dogmes du Projet 1619 s'imposent, c'est l'idéologie d'une « nouvelle vérité » qui séduit, révélant une pensée sans défense.
Les intellectuels, autrefois remparts contre les passions de la foule, se sont transformés en clercs d'une nouvelle religion séculière. En perdant leurs anticorps critiques, ils ont troqué la vérité historique contre le confort de l'étiquette « approuvée ». Dire non n'est plus un acte de raison : c'est devenu une hérésie que peu ont encore le courage de commettre.
Citizen Kane et la marchandisation médiatique
Le Projet 1619 nous rappelle l’œuvre cinématographique Citizen Kane d’Orson Welles (6). L’histoire comme commodité, comme une marchandise ordinaire, c’était déjà la logique exposée par Orson Welles en 1941. Ce chef-d’œuvre cinématographique mettait à nu un magnat de la presse qui achetait des histoires « plus vraies que nature », se moquant éperdument du vrai ou du faux, manipulant la politique autant que l’économie, et produisant des infox avant la lettre.
Derrière le film d’Orson Welles se cache l’histoire du magnat William Randolph Hearst (7), le véritable Citizen Kane, magicien forgeant des récits sensationnalistes et malhonnêtes. Il se vantait même d’avoir investi plus d'un million de dollars pour déclencher la guerre hispano-américaine de 1898. Sa spécialité ? Une désinformation qui flattait les lecteurs dans leurs préjugés, dans leurs sensibilités. Ce public, paradoxalement éduqué, ne cherchait pas la vérité, mais la confirmation de ses propres dogmes. En ce sens, il est l’ancêtre direct de l’audience actuelle du New York Times : un cercle d’initiés qui se croit immunisé contre la manipulation alors qu’il en consomme la forme la plus sophistiquée. À l’opposé des journaux ordinaires, ce journalisme d’élite ne cherche plus à informer, mais à valider un entre-soi idéologique.
Le miroir du narcissisme éthique
Dès lors, si l’histoire n’est plus qu’une marchandise, pourquoi ne pas en démocratiser le privilège ? Pourquoi le droit de transformer l'histoire en palimpseste — en grattant les faits établis pour y réécrire ses propres mythes — serait-il réservé aux puissants relais du "politiquement correct" ?
Chaque groupe, chaque tribu ou communauté d’affinité ne pourrait-elle revendiquer une histoire inventée par lui et pour lui, imposée aux autres sous le sceau d'une "vérité identitaire" ?
On verrait alors fleurir des projets 1623, 1675 ou 1701, où chacun gratte la strate du voisin pour y substituer la sienne, engendrant une balkanisation de la mémoire et un climat délétère d'irrationalisme. À ce compte-là, cet alternativisme historique ne deviendrait-il suspect que lorsqu'il émane des démunis, et légitime lorsqu'il est porté par l'élite médiatique ?
La réponse s’impose d'elle-même : ne nous résignons pas à cette balkanisation de la mémoire. Rendons l’histoire aux historiens rigoureux, à ceux qui honorent la vérité des faits plutôt que l'utilité du récit. Respecter l'histoire, c'est d'abord respecter le citoyen en refusant de lui servir des certitudes sur mesure. Sachons respecter les historiens qui nous respectent, nous, les citoyens, en nous laissant le soin de juger le passé à la lumière de la vérité, et non sous la pression du dogme.
Que penser de tout cela ?
Orwell nous rappelle avec justesse : "Celui qui contrôle le passé contrôle l'avenir. Celui qui contrôle le présent contrôle le passé." (8). Le Projet 1619 illustre précisément cette emprise sur le présent pour obscurcir la connaissance de l'histoire. En substituant le dogme aux œuvres complexes et factuelles, on empêche chacun de cultiver son autonomie de pensée et d'exercer son jugement critique — notre seul rempart contre l'aveuglement.
Au lieu de nous enthousiasmer pour cette fraude historiographique, nous devrions la rejeter et réaffirmer la valeur de la science historique. L’histoire doit se fonder sur une matérialité factuelle interrogée avec rigueur. Elle n'est pas réversible au gré des idéologies. L’histoire vécue par des individus en chair et en os constitue leur réalité propre ; elle ne saurait être le jouet de notre imaginaire ou de notre besoin de paraître moralement supérieurs.
C’est en admettant cette vérité scientifique que nous reconnaissons notre distance : nous n’étions pas là, et les marchands d'influence actuels n’ont aucune légitimité face au passé réel. L’histoire ne doit plus danser au rythme des manufactures du « prêt-à-penser » ni se plier aux injonctions du moment. Ce refus est vital : c’est par lui que la liberté nous permet enfin de respirer.
NOTES
1. Hannah-Jones, Nikole, Roper, Caitlin, Silverman, Ilene et Silverstein, Jake (dir.), The 1619 Project: A New Origin Story, édition révisée et augmentée, New York (N.Y.), One World, 2021. Caitlin Roper, Ilene Silverman et Jake Silverstein font partie de l'équipe journalistique du New York Times Magazine.
2. Orwell, 1984 (1949), trad. Amélie Audiberti, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2001, p. 62
3. Cf. Michael Sandel, Ce que l'argent ne peut acheter : les limites morales du marché (2012), traduit par Christian Cler, Paris, Seuil, 2014 (coll. « La couleur des idées »).
4. Cf. David Brion Davis. The Problem of Slavery in the Age of Revolution, 1770-1823, Ithaca (N.Y.), Cornell University Press, 1975. Cf. Thomas E. Drake, Quakers and Slavery in America, New Haven, Yale University Press, 1950.
5. Karl Marx, Le Capital (1867), dans, idem, Œuvres : Économie I, tome 1, édition établie par Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (n° 164), 1963. Notons que Karl Marx considéré l’esclavagisme comme un état précapitaliste et un obstacle majeur à surmonter pour l’avènement du capitalisme moderne. Karl Marx était partisan de l’abolitionnisme, comme le démontrent ses articles journalistiques dans New-York Daily Tribune, entre 1851 - 1862. Il a publié plus de 40 articles soutenant la cause de l'Union contre les propriétaires d'esclaves du Sud, qu'il décrivait comme une « oligarchie de 300 000 esclavagistes ».
6. Orson Welles (régisseur), Citizen Kane (Film), États-Unis, RKO Radio Pictures, 1941. Cf. Harlan Lebo, Citizen Kane: A Filmmaker's Journey, New York (N.Y.), Thomas Dunne Books, 2016, qui documente et comment la campagne de chantage et de sabotage lancée par William Randolph Hearst pour détruire le film d'Orson Welles.
7. Ferdinand Lundberg, Imperial Hearst (1936), A Social Biography. New York: Equinox Cooperative Press, 1936. Le livre de Ferdinand Lundberg est la source pour le film d’Orson Welles.
8. George Orwell, 1984 (1949), trad. Amélie Audiberti, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2001, p. 54,
4 avril 2026