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Relire Salman Rushdie en 2026

(French version only)
By
Professor, Law Faculty, Université Laval, Québec, Member of Tolerance.ca®

Salman Rushdie, dont la lecture mérite une place de choix, est, on le sait, un auteur remarquable. Se plonger dans le roman Les Versets sataniques, paru en 1988, et donc il y a près de 40 ans, invite non seulement à une réflexion profonde, mais constitue également un geste de résistance face à l’intolérance, aux discriminations et à la pensée réactionnaire, des questions qui demeurent on ne peut plus d’actualité.  Ce chef-d’œuvre s’impose par son exploration du réalisme magique, caractéristique de l’auteur, mêlant fabulations, allégories et fables dans une narration à la fois captivante et envoûtante. Ce livre, d’une maîtrise incontestable, s’inscrit sans hésitation parmi les trésors de la littérature.

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Une cabale injustement désignée sous le nom de l’affaire Rushdie

Il est nécessaire de revenir sur ce que certains journalistes désignent, à tort et de manière inappropriée, comme "l’affaire Rushdie" (3). Une telle appellation relève d’une méprise manifeste : il n’existe pas véritablement une "affaire Rushdie". Ce qui s’est produit, en revanche, relève d’une cabale odieuse exploitant le roman de Salman Rushdie pour répandre, contre l’auteur, une forme de terrorisme culturel, islamiste, moraliste et intellectuel. Ce phénomène n’a rien à voir avec la littérature, mais tout à voir avec le fanatisme, l’aveuglement et l’absurdité. À cela s’ajoute une montée inquiétante de l’extrême droite islamiste, qui s’impose depuis 1979 dans un grand nombre de pays musulmans de même, fortement, dans les diasporas. Ces groupuscules instrumentalisent ce qu’ils appellent l’affaire Rushdie pour faire avancer leur programme teinté d’intolérance, fanatisme et enfermement idéologique.

L’offensive contre Salman Rushdie débute, de façon ignoble, avec une fatwa haineuse émise par le défunt dictateur suprême iranien Rouhollah Moussavi Khomeini, le 14 février 1989. Un décret d’une violence inouïe, accompagné d’une promesse de récompense – initialement fixée à un million de dollars et régulièrement augmentée – pour l’assassinat de l’écrivain. Quel était le véritable but d’un tel acte ? Imposer une idéologie rétrograde et oppressive à la fois dans les communautés musulmanes du monde entier qu’au sein de leur diaspora. Malheureusement, cette dérive conquiert parfois des soutiens là où on ne les attendrait pas, y compris parmi ceux qui se veulent progressistes mais ferment les yeux face à cette idéologie brunâtre.

De ce fait il ne s’agit pas d’un affaire Rushdie à proprement parler, mais bien plutôt d’un épisode tragique incarnant la folie meurtrière et répressive de l’ancien despote Khomeini et ses acolytes. Une folie qui se traduit par de l’intolérance brute et le rejet violent de ceux qui osent penser ou s’exprimer librement. Rien de réellement nouveau en cela : les pages de l’histoire humaine regorgent de tels excès, mais l’ajout de cette triste page n’en reste pas moins un désastre supplémentaire sur la longue liste des marques de haine et d’obscurantisme.

Le comble était atteint lorsque cet homme, au pouvoir à l’époque, a explicitement appelé au meurtre d’un romancier simplement parce que lui, ainsi que les siens, n’appréciaient pas son œuvre littéraire (4). Cela demeure inacceptable, un summum d’immoralité (5). Honte à ceux qui prennent de telles inepties au sérieux ; honte également à ceux qui choisissent consciemment ou non d’appuyer ce type de fanatisme, que ce soit ouvertement, en dissimulant leurs intentions, par soumission ou dans un silence complice.

Pourtant, malgré les menaces et la violence qui ont entouré cette triste affaire, le roman en question existe toujours. Il est disponible, il peut être lu. Et c’est bien là la réponse la plus adéquate : lire ce livre, réfléchir à son contenu et comprendre les vérités qu’il peut mettre en lumière.

Les faits, uniquement les faits

Il est indéniable que le roman de Salman Rushdie se veut iconoclaste. C'est, sans conteste, une œuvre irréligieuse, malgré le fait que l'auteur, à l'époque, se réclamait musulman, un statut qu'il a depuis abandonné en se définissant désormais comme libre penseur. Toutefois, ce livre, écrit initialement avec sincérité et bonne foi (6), s'impose comme une critique virulente de l'idéologie musulmane et des supposées révélations prophétiques de Mohammed.

La genèse du roman éclaire son contenu. Tout commence par une invitation faite à Salman Rushdie à prononcer une conférence publique sur l’islam. En sa qualité de musulman (il l'était alors, bien qu’il soit désormais un athée convaincu), d'écrivain renommé et de figure influente dans le monde littéraire, il semblait idéalement placé pour offrir une présentation captivante de cette religion. Mais c’est précisément là que tout s'amorce. Contrairement à d'autres qui idéalisent ou enjolivent l'islam, Rushdie refuse les clichés habituels, évitant délibérément toute approche empreinte d’islamisme nébuleux. Il rejette également les récits hagiographiques et les discours prosélytes convenus et superficiels.

Porté par son intégrité intellectuelle, l’écrivain se plonge non pas dans une vision idéalisée de la religion, mais dans l'étude approfondie des textes classiques relatant la construction de la croyance musulmane. Il explore comment les poèmes de Mohammed célébrant Allah furent regroupés, revus, corrigés et transformés pour constituer, après la mort du poète, les fondements d'une nouvelle religion. Ce sont les faits documentés et l'histoire vérifiable qui l'intéressent, bien plus que les variantes idéologiques des spéculations islamiques. Ce qui devait au départ être une simple conférence devient alors, contre toute attente et pour notre plus grand plaisir, une brillante métamorphose sous la forme d’un roman : « Les versets sataniques ».

La démarche intellectuelle propre à Rushdie rejoint ici son style littéraire particulier. Son écriture repose d’abord sur des faits établis : il lit, analyse les documents fondamentaux et s’attache aux récits d’origine avant de s’engager dans une narration audacieuse. À partir de cette base rigoureuse, il transcende les faits pour les réinterpréter dans un récit empreint de ce qu’on appelle le réalisme magique. Ce style allie mythe et réalité avec une intensité qui fait entrechoquer ces deux dimensions avant de les imbriquer ou de les contredire. Rushdie parvient avec magie à réécrire le réel et l’histoire de manière imaginative et saisissante.

Pour nourrir cette narration unique, il s’appuie sur des événements avérés, des origines historiques et des croisements entre mythe et réalité perçue à travers la sensibilité humaine. Son approche littéraire exigeante et éblouissante donne lieu à des récits qui transforment le réel en un rêve éveillé et permettent d’imaginer ce que les personnages du roman ont pu ressentir. Il en résulte une œuvre inclassable et impressionnante, où la rigueur se met au service d’un imaginaire puissant.

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Deux romans en un

Le roman Les versets sataniques, c’est deux romans en un seul.  D’abord il y a un roman sur l'immigra­tion et l’acculturation pakistano-bangladeshie-indienne en Angleterre, de même que le mal de vivre qui caractérise le sous-continent indien. S’ajoutent en plus un deuxième roman à caractère contre-théologique islamique et un récit islamique sans magie surnaturelle, sans monothéisme. Les deux romans se dédoublent et s’entrechoquent à de multiples occasions en vue de donner de sens à l’une ou à l’autre histoire.

Quant au premier roman, l’histoire sur l’acculturation pakistano-bangladeshie-indienne, elle met en scène deux personnes principales : Gibreel Farishta et Saladin Chamcha. Il s’agit de deux acteurs. Saladin Chamcha, qui habite Londres, est entièrement intégré à la société britannique; ayant renoncé à toutes ses racines qui lui font honte. En tant qu’acteur, il prête sa voix à une série complètement loufoque sur les extraterrestres (c’est-à-dire les Étrangers) ou encore à la publicité commer­ciale. Gibreel Farishta, qui habite Bombay, en Inde, est pour sa part l'acteur fétiche des films « théologiques » mettant en scène différentes divinités. C'est un acteur « divin » qui incarne des personnages issus de toutes les religions de l'Inde. Tout au long du livre, Gibreel se prend pour l'archange Gabriel (Gibreel). Il l'est même. Comme le dit Rushdie:

                    « Dans ses visions il était toujours présent, pas en tant que lui-même, mais comme son homonyme, et je ne veux pas dire que j'interprète un rôle (...), je suis lui, il est moi, je suis le putain d'archange, Gibreel lui-même, grandeur nature » (7).

C’est à l’intérieur du premier roman sur l’immigration, que se met en place le deuxième roman islamo-théologique et coranique.  Gibreel Farishta, l’archange Gabriel, vit la fabrication de l’islam de l’intérieur, il le vit dans sa chair, car il était présent dans le texte quand le poète Mohammed (Mahound) écrivait de la poésie en hommage d’Allah. Il était présent, après la mort du poète (Mohammed), pour observer comment les nouveaux maîtres de la Mecque confectionnaient, dans une lutte pour le pouvoir, une nouvelle religion. Bref, Salman Rushdie, en consultant les documents de base, les faits historiques, découvre qu’on lui avait menti et il n’a pas apprécié.

Le roman théologique : un contre-récit sceptique

Nous l’avons indiqué, c'est par le personnage de Gibreel Farishta, par Farishta doublé en archange Gibreel (Gabriel), que commence la trame coranique du roman. Car Rushdie dit deux choses qu'il faut dès maintenant souligner.

D'abord, Rushdie affirme que Farishta « était toujours présent ». Ce qui veut dire que, dans la narration de Farishta par Rushdie, l’archange Gibreel était présent lors de « la production » des poèmes coraniques et qu’il a observé comment tout cela se déroulera vraiment. Il a vu ce qui était à voir. Une supposition que Rushdie confirme en renarrant à sa façon, en quelques chapitres clés, tout le récit islamique.

Rushdie affirme, ensuite, explicitement que Farishta était « le putain d'archange », que la narration de Farishta rejoigne la « vérité », ou encore la fiction, concernant l’œuvre poétique de Mohammed et de sa transformation en œuvre inspirée ayant (supposément) une valeur religieuse. Cela signifie concrètement que la narration que fait Rushdie, par l'intermédiaire de Farishta, est située sur le même niveau que la tradition islamique: la fiction rejoint la « vérité », et vice-versa la « vérité» se révèle être la fiction.  C'est précisément ce roman coranique qui retient l'attention, puisqu'il reprend clairement toute la narration islamique.

Enjeux monothéistes

Mettons au préalable la lumière sur les enjeux monothéistes du roman. Salman Rushdie présente Mohammed comme un poète, un poète qui exprime son exaltation religieuse en poèmes, en poèmes qui reprennent librement le nestorianisme chrétien de l’époque (8) dans la péninsule arabe. La moitié de la famille de Mohammed était de profession du christianisme nestorien et lui-même était associé. Le nom d’Allah, c’était historiquement le nom donné par les nestoriens pour désigner Dieu.

Accentuons un élément important : dans les monothéismes antérieurs aux poèmes, au message, mahométan, le Dieu reste toujours obligatoirement caché. Personne n’a vu Dieu, personne ne peut déchirer le voile qui le sépare du regard de l'homme. Il existe une barrière infranchissable entre Dieu et les hommes, de même qu'une condamnation absolue pour cause d’hérésie contre toutes les prétentions de contact direct (ou substantialisé) avec Dieu.

De ce fait, tous les prophètes, y compris Jésus, utilisent leurs  propres mots pour relater leurs expériences avec Dieu et ils parlent et prêchent en leurs noms propres. Le monothéisme judéo-chrétien est une croyance en Dieu unique, et aussi bien la Torah que la Bible témoignent de la façon dont cette croyance a été vécue par des hommes et des femmes. La Torah et la Bible sont donc écrites par des hommes vivant  dans un contexte historique et social donné, et ces hommes n'ont qu'un statut « secondaire » devant ce qui est un mystère, et qui doit le rester: le Dieu caché. Ces livres saints sont des témoignages faits par l'homme pour les hommes, et, même si s’utilise le terme « révélation » pour qualifier ces textes, il convient de souligner que le Dieu, dans la judéo-chrétientée, n'écrit pas et ne transmet pas de textes et non plus des poèmes.

Par contre, dans la religion musulmane, le Coran a un statut particulier puisqu'il ne vient pas, supposément, de l'homme, mais d'Allah. Mohammed prétend en effet qu'il a été choisi pour « déchirer le voile qui sépare Dieu » des hommes, qu'il a fait le voyage jusqu'au Paradis, jusqu'à Allah. Le Coran lui a été (supposément) donné après ce voyage par l'archange Gabriel (en arabe, Jibrîl). L'ar­change Gabriel a servi, selon cette histoire, comme intermédiaire pour réciter des versets, des poèmes, d'Allah  à Mohammed. En conséquence, le rôle de  Mohammed, dans la religion islamique, c’est d’être celui à qui a été transmis « un texte », d'où le statut absolu et immuable du Coran. D’où, aussi, le statut d’Allah comme auteur, comme écrivain, de la poésie religieuse.

Examinons trois des thèses (ou récits) les plus radicales de Rushdie concernant Mohammed, le Coran et l'Islam (9).

Un poète nommé Mohammed

Rushdie raconte la révélation poétique faite à Mohammed comme une illusion, une auto-illusion. Chez Rushdie, Farishta, l'archange Gabriel, accompagne en fait Mohammed dans une « révélation » qui n'en est pas une. L'archange Gabriel de Rushdie se fusionne avec Mohammed, il s’incarne dans le personnage d'un commerçant poétique, qui fait croire à ses amis qu'il communique avec Allah par l'intermédiaire d’un présumé archange.

Or, quelle sorte d'homme est ce Mohammed? Comme le dit Rushdie:

                    « C'est une ville d'hommes d'affaires, Jahilia. Le nom de la tribu est Requin.

                    Dans cette ville, l'homme d'affaires-transformé-en-prophète, Mahound, est en train de fonder une des plus grandes religions du monde; et, ce jour-là, il est confronté à la plus impor­tante crise de sa vie ? Une voix murmure à son oreille: Quel genre d'idée es-tu ? Démon-ou-strueux ?» (10).

En fait, dans la contre-narration coranique de Rushdie, tout se résume dans la façon d'écouter. Quel genre « d'idée » est-ce Mohammed qui prétend recevoir des messagers poétiques d'Allah ? Comme le décrit Rushdie, cela n’a rien de plus spectaculaire que :

« Cela arrive: la révélation. Comme ça: Mahound, encore dans son non-sommeil, se raidit, les veines de son cou se gonflent, ses mains agrippent le centre de son corps. Non, non, ça ne ressemble pas à une crise d'épilepsie, on ne peut pas s'en débarrasser aussi facilement; une crise d'épilepsie a-t-elle jamais changé le jour en nuit, fait s'amasser les nuages, s'épaissir l'air pendant qu'un ange, hébété de peur, se tient dans le ciel au-dessus de celui qui souffre, comme un cerf-volant au bout d'un fil d'or ? La lourdeur encore la lourdeur et maintenant le miracle commence dans son mon notre ventre, il s'arc-boute de tout son être contre quelque chose, forçant quelque chose, et Gibreel commence à sentir cette puissance, cette force, la voici dans mes propres mâchoires les ouvrant, les refermant ; et le pouvoir naît dans Mahound, atteint mes cordes vocales et la voix arrive.

Pas ma voix je n'ai jamais connu de tels mots, je ne suis pas un beau parleur je ne l'ai jamais été ne le serai jamais, mais ce n'est pas ma voix c'est une Voix.

Mahound, ouvre grand les yeux, il a une espèce de vision, il regarde, oh !, C’est vrai, se souvient Gibreel, moi. Il me voit. Mes lèvres remuent, sont mues par Quoi, qui ? Sais pas, peux pas dire. Néanmoins, les voici, sortant de ma bouche, montant de ma gorge, passant mes dents: les Mots.

Ce n'est pas drôle d'être facteur de Dieu.

Mais, mais, mais: Dieu n'est pas dans ce film

Dieu seul sait de qui j'ai été le facteur.» (11).

Dans cette narration, il se révèle que la poésie coranique est truquée. Ce qui peut être résumé en deux points.

Le plus radical, d'abord, est celui où Rushdie affirme que "Dieu n'est pas dans ce film ». Celui qui ne se montre jamais ne se montre pas à Mohammed non plus (12). Le Dieu, comme l’exige un monothéisme authentique, doit demeurer caché: il ne se révèle jamais aux hommes, il n'est pas un écrivain de Textes, et n'est ni poète ni romancier. La seule conclusion logique qui s'impose est donc qu'il n'y a pas de révélation; que le Coran n'est qu'une greffe illégitime faite sur les religions monothéistes !

Pire, Rushdie nomme le mont de la révéla­tion « Cone » (13) (selon la tradition, il s'agit du mont Hirâ) qui, dans la suite du roman, se révèle abréviation du nom juif Cohen. Farishta, l'archange Gabriel, est en fait amoureux de la fille juive Alléluia Cone. Il n'est pas loin d’envisager Mohammed amoureux ou jaloux de la religion juive, lui qui, dans sa volonté de se faire accepter par les autres commerçants (juifs !), invente ce qui est inacceptable (et blasphématoire) dans la tradition monothéiste. Avons-nous besoin de souligner la signification d'une telle allégation dans le litige contemporain entre juifs et musulmans?

Le second point est celui où Rushdie affirme que « Dieu seul sait de qui j'ai été le facteur ». Car, si Dieu le sait sûrement, le lecteur n'a pas de doute non plus. Comme il n'y a aucune révélation divine, Mohammed n'est qu'un mystifica­teur.

Certes, Rushdie ne l'écrit pas comme tel, mais l’extrait que nous venons de citer met en scène une « révélation de texte » plus nietzschéenne que divine. À la façon de Nietzsche, Mohammed écrit les poèmes coraniques d’une manière viscérale. Il se soumet aux « voix » corporelles et lutte avec un « texte » qui était déjà en lui. Il digère un texte originel qu'il est incapable de maîtriser en le soumettant aux pulsions charnelles de son propre corps. Rushdie revient à plusieurs reprises sur l’aspect corporel de la « révélation du texte » jusqu’à la décrire comme un « vomissement » (14). Mais ce vomissement, ce produit de l’estomac, n'est-il donc pas autre chose que le déchiquetage de l’enseignement historique des religions mono­théistes, que le produit du tourment spirituel (et poétique) d'un poète ?

À ce moment, que reste-t-il pour Rushdie de la récitation, des poèmes religieux, de Moham­med ? Ne reste que la seule question : quelle est la nature du texte poétique nomme le Coran ?              

Un recueil de poésie nommé le Coran

Penchons-nous sur l’analyse de la poésie coranique de Mohammed, selon Salman Rushdie. Mohammed n’est-il pas en train de confondre l’inspiration poétique venant des Muses de la poésie avec Allah?  Et si ce n'était pas Allah qui avait agi comme auteur poétique, Mohammed ne serait-il pas la victime du Diable (i.e. illusion), le Maître de ce monde? Le Coran n’aurait-il donc pas été écrit  par le Diable ? Rushdie laisse entendre, sans le dire expressé­ment, que c'est peut-être (sic!) le cas.

Dans le récit de Rushdie, l'épisode véridique des versets sataniques (15) commence par le pari diabolique mis en scène par le Maître de Jahilia (La Mecque), propriétaire de différents Temples où sont adorées plusieurs divinités. Abu Simbel (en réalité Abou Sofyân) cherche à faire reconnaître trois des divinités de la ville: Uzza, la divinité de la Beauté et l'Amour, Manat, la divinité du Destin, et Al-lat, qui est uniquement la Déesse (et donc la contrepartie et l’égal d'AllahDieu). Chez Rushdie, Abu Simbel  propose à Mohammed « une petite épreuve honnête: trois contre un » (16), soit la reconnaissance de la religion de Mohammed (et son accès au Conseil de Jahilia) en échange de la reconnaissance par Mahomet de ces trois divinités de la ville. Si Mohammed était monothéiste comme il l’affirmait, il aurait dû décliner immédiatement une telle offre. Il accepte malgré tout et gravit le mont Hirâ où il aura une « révélation » poétique, celle des versets sataniques, qu’il prononce, dans le récit de Rushdie, pendant le concours de poètes de la ville :

                    « “L'Étoile”, récite Mahound et les scribes se mettent à écrire.

                    “Au nom d'Allah, celui qui fait miséricorde, le miséricor­dieux!

                    “Par les Pléiades  quand elles s'éteignent: Votre compagnon n'est pas dans l'erreur ; il ne se trompe pas de direction.

                    “Il ne parle pas non plus au nom de ses propres désirs. C'est une révélation qui lui a été révélée: un tout-puissant lui a transmis un enseignement.

                    “Il se tenait sur le haut horizon: le seigneur de la force. Puis il s'est approché à moins de deux fois la portée d'un arc, et il a révélé à son serviteur ce qui est révélé.

                    “Le cœur du serviteur ne mentait pas quand il voyait ce qu'il a vu. Alors, allez-vous oser mettre en doute ce qui a été vu ?

                    “Je l'ai vu aussi au fond au pied de l'arbre auprès duquel se trouve le Jardin du Repos. Quand cet arbre était recouvert de son feuillage, je n'ai pas détourné les yeux, mon regard s'est mis à errer ; et j'ai vu quelques-uns des signes du Seigneur”.

À ce moment, sans la moindre trace d'hésitation ou de doute, il récite deux autres versets.

                    « “Avez-vous pensé à Lat et Uzza, et Manat, la troisième, l'autre ?” - Après le premier verset, Hind se lève ; le Maître de Jahilia se tient déjà debout, très droit. Et Ma­hound, les yeux muets, récite: “Ce sont des oiseaux qu'on place à un rang élevé, et leur intercession est effectivement désirée » (17).

Ainsi, Mohammed a plié, dans le récit de Rushdie. Il prononce au nom d'Allah des versets qui font des trois divinités de la ville des archanges. Donc, fini le monothéisme. Allah n’est qu’un nom!

Or, si le maître de la ville, Abu Simbel, a ainsi obtenu, par son pari diabolique, ce qu'il voulait, le méchant du récit de Rushdie n'est pas lui, mais Hind, son épouse et la prêtresse de la divinité Al-lat. Ce qui est particulier dans le roman de Rushdie, c’est qu'il fait intervenir un deuxième pari, encore plus diabolique, mis en scène par Hind, l'incarnation du Mal: Mohammed doit bannir de la vraie récitation les versets sataniques émanant du diable ; il n'aurait pas dû faire ce qu'il a fait (18).

Ce deuxième pari du diable, c’est le seul d'importance. Car Mohammed l'accepte encore une fois. Dans le récit de Rushdie, il gravit le mont Cone (Hirâ) et en redescend pour dénoncer la nature satanique des premiers versets :

« D'abord ce fut le Diable, murmure Mohammed en se précipitant vers Jahilia [La Mecque]. Mais cette fois, l'ange, aucune question. Il m'a cloué au sol au cours du combat » (19).

Aucune question ? Pourtant, l'expérience de la révélation est identique. Il n'y a aucune différence entre la première révélation diabolique et la deuxième révélation. Comme Rushdie le fait remarquer, il y a un problème: Mohammed ne sait pas distinguer les bonnes « révélations » des mauvaises. Influencé par Hind, l'incarnation du Mal, il veut rétablir la « vraie » récitation. Or, comme le formule Rushdie:

« Gibreel, planant-observant depuis son plus haut angle de caméra, connaît un petit détail, juste une chose minuscule qui est un léger problème ici, à savoir que c'était moi les deux fois, baba, moi en premier et moi en second aussi. De ma bouche, à la fois l'affirmation et le renie­ment, les versets et leurs controverses, univers et envers, et nous savons tous comment ma bouche a été utilisée » (20).

En fait, logiquement, si les premiers et les deuxièmes versets proviennent de la même bouche, en l'occurrence celle de Mohammed, et que les premiers versets étaient sataniques (illusionnaire), alors les deuxièmes le sont également. Le pari diabolique, celui de Hind, prend ici, d’une façon romanesque, toute sa signification: c'est l’écriture même du Coran qui se révèle diabolique (illusionnaire).

Dans la logique romanesque de Rushdie, la conclusion qui s'impose est que le Coran ne peut donc être qu'une ruse du Diable, le maître de ce monde. Le Coran ne peut être qu’un recueil ordinaire de poésie.

Une croyance poétique nommée Islam

Qu’en est-il de l'Islam, la religion fondée par les successeurs de Mohammed ? Les historiens de la religion musulmane ont pu se demander si Mohammed allait « devenir chrétien? » (20).  Les versets sataniques mettent une fin irrévocable à cette éventualité, car  ils nient le sens monothéiste absolue et non négociable de la séparation entre l’Humain et son Dieu. À partir des versets sataniques, les poèmes inspirés de Mohammed se prêtent toutefois pour fonder une religion propre: ce sont de ce fait les versets sataniques qui fondent l'Islam. Tout n'est qu’une question de poésie.

Rushdie fait intervenir le scribe Salman, le compagnon et secrétaire de Mohammed, celui qui met les versets sur pa­pier (21). Bien sûr, dans le récit de Rushdie, le même Salman altère et modifie les versets poétiques coraniques que, vu qu’il était analphabète, dicte Mohammed. Le lettré Salman écrit toutefois son propre Coran pour vérifier si Mohammed peut se souvenir de la « révélation », de l’inspiration poétique. Mohammed échoue lamentablement, ce qui sème le doute dans le cœur du scribe qui, à la différence des autres compagnons de Mohammed, a le malheur d'être instruit (22). Mais, comme le Coran était déjà falsifié, écrit par le Diable (l’illusion), cette création romanesque de Rushdie n'étonne plus aucun lecteur.

Salman le scribe, le secrétaire, Salman l'intelligent, commence pourtant à se poser des questions: pourquoi les versets d'Allah arrivent-ils toujours à point nommé pour soutenir Mohammed dans sa lutte pour le pouvoir, pour appuyer ses opinions et ses aspirations personnelles, pour  contourner les obstacles? Drôle de Dieu que celui qui ne sert plus que les intérêts particuliers de Mohammed.

Salman Rushdie met en fait en scène plusieurs récits qui prennent place aussi bien à Jahilia (La Mecque) qu'à Yathrib (Medina), où Mohammed se sert des poèmes, des versets, coraniques pour résoudre d'une façon pratique les problèmes qui se présentent. Un exemple (parmi plusieurs) :

                    « (...) Salman commença à remarquer que les révélations de l'ange avaient tendance à être utiles et bien programmées, ainsi, quand les fidèles discutaient les opinions de Mahound sur un sujet quelconque, de la possibilité de voyager dans l'espace à la permanence de l'Enfer, l'ange arrivait avec une réponse, et il soutenait toujours Mahound, déclarant qu'il ne faisait pas l'ombre d'un doute qu'aucun homme ne pourrait jamais marcher sur la lune, et se montrant aussi catégorique sur la nature transitoire de la damnation ;(...). Tout aurait été différent, se plaignit Salman à Baal, si Mahound avait adopté ses positions après avoir reçu les révélations de Gibreel; mais non, il établissait la loi et l'ange la confir­mait après coup; alors, je me suis mis à sentir une mauvaise odeur, et j'ai pensé, cette odeur doit être celle de ces créatures impures, mythiques et légendaires, comment s'appel­lent-elles déjà, des crevettes » (23 ).

Ne pourrait-on pas conclure que les poèmes, les versets, coraniques que récite Mohammed ne sont que le reflet d'un homme affligé par le doute et par le sentiment d'infériorité, qui fait en sorte d’avoir toujours raison ? Qui peut discuter avec, ou contredire, un homme qui impose ses poèmes divins comme étant écrits par Allah?

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Nous pouvons aussi voir comment Rushdie confirme cette hypothèse concernant la polygamie et les propres problèmes patrimoniaux de Mohammed. Dans le récit que Rushdie fait de la guerre contre Jahilia (La Mecque), Mohammed perd beaucoup d'hommes.

                    « Et après la fin de la guerre, d'un seul coup, l'Archange Gibreel donna instruction aux survivants d'épouser les veuves, de crainte qu'en se remariant à l'extérieur elles soient perdues pour la Soumission. (...) Oh ! Ces révélations terre-à-terre, s'écrira Salman, on nous a même dit que ça ne faisait rien si l'on était déjà marié, on pouvait même aller jusqu'à quatre mariages si on en avait les moyens, alors tu imagines, les gars étaient d'accord » (24).

Donc, il s'agit uniquement d'une question pratique: les  survivants se partageaient les femmes veuves pour garder les « troupes » soudées. Sur le plan matrimonial, cela pose des problèmes à Mohammed, car son épouse Ayesha proteste. Mohammed invoque toutes les raisons pratiques, mais Ayesha proteste encore. Dans le récit de Rushdie, les choses se déroulent comme suit, telles que transmises par le scribe Salman, le compagnon:

                    « Le fait que son mari veuille tant d'autres femmes lui faisait mal au ventre, dit-il. Il parlait de la nécessité, des alliances politiques, et ainsi de suite, mais elle n'était pas dupe. Qui peut la blâmer ? Finalement il entra dans - quoi d'autre ? - une de ses transes, et en ressortit avec un message de l'archange. Gibreel avait récité des versets lui apportant un total soutien divin. La permission de Dieu lui-même de baiser autant de femmes qu'il voulait. Alors; que pouvait dire la pauvre Ayesha contre les versets de Dieu ? Tu sais ce qu'elle a dit ? Ceci: "Ton Dieu arrive bien vite quand tu as besoin d'arranger les choses à ta convenance » (25).

Drôle de Dieu que celui qui s'occupe des problèmes patrimoniaux de Mohammed; drôle de Dieu que celui qui s'occupe des problèmes sexuels tout court.

En fait, Rushdie présente ici un thème fondamental de l'Islam: la peur de la femme et de sa sexualité. Dans le récit de Rushdie, Mohammed a peur de ce qui est égal à lui; il a peur de toutes les femmes qui peuvent le regarder droit dans les yeux. Le goût des femmes de Mohammed est donc orienté, comme le dit Rushdie, vers les « mères et les filles » (26), femmes (trop âgées ou trop jeunes) qu'il peut maîtriser selon une logique de pouvoir où elles ne peuvent jamais être son égale. Et Rushdie d'insister à plusieurs reprises, tout au long de ses récits sur le refoulement de la sexualité humaine qui gruge et pervertit l'Islam.

Que reste-t-il de l'Islam, de la Soumission, comme pratique religieuse dans le récit de Rushdie ? Encore une fois, nous serons tentés de dire qu'il ne reste rien.

Salman Rushdie et la défense de l'ignorance et de l'innocence

Au milieu de la tempête qu'a suscitée son livre Les versets sataniques, Salman Rushdie a plaidé l'ignorance et l'innocence en ce qui concerne les aspects religieux (27). Il a plaidé qu’il avait, même en tant que musulman (à l’époque; car aujourd’hui, comme nous l’avons indiqué, il se réclame fièrement athée), seulement voulu romancer certaines particularités de la tradition coranique. Cela est difficile à croire.

Comme nous venons de le constater, le discours de Rushdie est très direct, il vise directement les faits au détriment de l’idéologie. Il interroge les piliers de la religion musulmane par les faits concernant Mohammed, le Coran et l'Islam. Comment croire, sincèrement, que le Coran a été donné par Allah quand les faits historiques le contredisent; comment croire une révélation quand le récit de Rushdie le décrit comme étant un vomissement de Mohammed, un piège pour l'humanité inventée par le Diable (l’illusion) et l'expression existen­tielle d'un être aux prises avec des problè­mes (presque pathologiques) d'estime de soi ? Il est impossible pourtant d’affirmer qu’il s'agit d'un livre contre l’Islam. Il s'agit plutôt de l’expression du scepticisme qu’éprouve un musulman (à l’époque) à l’égard de sa religion, scepticisme assez radical qui rejoint une sous-tradition hétérodoxe et hérétique à l'intérieur même de l'Islam.

Mohammed et les poètes

Une dernière réflexion nous ramène aux sentiments de Mohammed à l'égard des autres poètes. Nous aurions pu choisir la vraie histoire sur le poète qui avait « composé des vers contre Mohammed et donnait à La Mecque des soirées où il les faisait chanter par deux chanteuses ». Mohammed fit tuer le poète de même que l'une des chanteuses (28).

Or, Rushdie est encore plus explicite dans la reprise de l’histoire, qui se révèle aujourd’hui être la réplique, l’écho, de sa propre condamnation. Comme l'aurait dit Karl Marx: la première fois comme tragédie, la deuxième comme parodie.

Dans le récit de Rushdie, la tragédie est présentée comme suit:

                    « “Autrefois, tu ridiculisais la Récitation, dit Mahound dans le calme revenu. À cette époque, ces gens riaient aussi de tes moqueries. Aujourd'hui tu es revenu déshonorer ma maison, et il semble qu'une fois encore tu as réussi à faire sortir du peuple ce qu'il y a de pire.”

                    Baal dit, “J'ai fini. Fais ce que tu veux.”

                    Aussi, on le condamna à avoir la tête tranchée dans l'heure, et quand les soldats l'emmenèrent brutalement hors de la tente vers le lieu d'exécution. Baal cria par-dessus son épaule : “Les putains et les écrivains, Mahound. Nous sommes ceux à qui tu peux pardonner.”

            Mahound répondit, “Les écrivains et les putains. Je ne vois aucune différence. » (29).

Des mots durs! Aucune différence? Pour l’individu ordinaire, la différence est là, dans l’œuvre! Et la différence est simplement que, si l’un, « les putains », se vend pour l’argent, l’autre, « les écrivains », il écrit de la poésie, des nouvelles et des romans!

Salman Rushdie met-il, sans le savoir encore, en scène, sa propre condamnation? Car si Mohammed pouvait condamner un écrivain à mort parce qu'il n'aimait pas sa prose et si ce comportement était (soi-disant) divinement inspiré (sic!), pourquoi ne pourrait-on pas continuer à condamner à mort les poètes et les écrivains qui continuent à écrire des vers et même des romans ? Où s'il n'existait aucune raison valable dans le premier cas, pour quoi il en aurait-il davantage dans le second?

La liberté d'expression

N’innocentons pas, ne banalisons pas, considérons simplement que Rushdie a incontestablement écrit l’un des livres les plus critiques et dissidents à l’égard de la religion musulmane, la religion islamique. Le livre contre-théologique islamique qui se trouve à l’intérieur des Versets sataniques est incontestablement hérétique, insoumis et dissident. Ne demeure pas moins vrai que les chercheurs qui s’intéressent à la religion musulmane ont déjà prouvé, grâce à une démarche scientifique, ce que Rushdie romance, à savoir que le Coran  avait son origine, terre-à-terre, dans une multitude de reprises et poétisations de textes appartenant aux religions monothéistes historiquement existants, aux  coutumes et aux tradi­tions de son temps. Ce qui corres­pond, dans le récit que Rushdie, au fait de voir le Coran comme un déchiquet­age « stoma­cal » des textes religieux anciens. Toutefois, les livres des spécialistes sur les sources scripturaires du Coran ne sont pourtant lus que par des intellectuels savants et n'ont certainement pas la même portée qu’un roman lut par des millions de lecteurs autour du monde.

En fin de compte, le plus important, c’est décidément la liberté d’expression, la liberté de s’informer, la liberté de lire. Concluons que la liberté d'expression est essentielle à la liberté de religion. L'une ne va pas sans l'autre. Il ne peut pas exister de liberté de religion sans que la liberté de l'exprimer, positivement ou négativement, soit entièrement respectée, et ce, dans toutes ses dimensions. La liberté d'ex­pression doit permettre en toute légitimité d'exprimer les doutes, les scepti­cismes, les hérésies, les déceptions, les révoltes en ce qui concerne la religion. Il faut éviter que la religion devienne un tabou, un fétiche, car cela sera une régression civilisatrice.     

La morale de l’histoire

Aucune religion n'a de valeur si elle ne peut pas respecter la liberté humaine, et l'huma­nité qui s'ex­priment par la liberté de penser, d’écrire, de publier et de s’exprimer.

NOTES

1. Salman Rushdie, Les versets sataniques, Christian Bourgois Éditeur, 1989 (Paris, Gallimard, collection Folio, 2012); traduction française de : The Satanic Verses, London, Penguin Books, 1988.

2. Notre réflexion s’appuyait sur notre étude précédente, « Le Crime de Salman Rushdie. Réflexion sur Les Versets sataniques", dans Essais de philosophie pénale et de criminologie, Paris, L'Édition de l'Archer, Volume 1, 1999, p. 83-97 ; numéro thématique intitulé « Moralité et criminologie », que nous développons ici.

3. Voir, Le collectif, Pour Rushdie. Cent intellectuels arabes et musulmans pour la liberté d'expression, Paris, La Découverte/Carrefour des littératures/Colibri, 1993. Voir particulièrement la contribution de Yadh Ben Achour, "Foi et liberté", p 97-98. Ben Achour approfondit ses arguments dans : Politique, religion et droit dans le monde arabe, Tunis, Cérès, 1992, et, Normes, foi et loi, Tunis, Cérès, 1994.

4. Bjarne Melkevik, « « Le couteau » de Salman Rushdie. Une réflexion sur une tentative ratée d’assassinat ». Chronique sur le site Tolerance.ca – 5 juillet 2024 : https://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=559432&L=fr

5. Cf. Salman Rushdie, Le Couteau: Réflexions suite à une tentative d'assassinat, Paris, Gallimard, coll. Du monde entier, 2024. Voir également, Fethi Benslama, Le sacrifice de Rushdie, Paris, Seuil, coll. Seuil Libelle, 2023.

6.Salman Rushdie, Patries imaginaires, Paris, Christian Bourgois, 1993, p 418-440, "De bonne foi". Reprise, dans, idem, Essais. 1981–2002, Paris, Gallimard, coll Folio 7348, p 521 – 549.       

7. Rushdie, Les versets sataniques, op. cit., p 98.

8. Cf. James F. Bethune-Baker, Nestorius and his teaching, Cambridge Press University, 1908. Friedrich Loofs, Nestorius and His Place in the History of Christian Doctrine: Unraveling the Controversies of Early Christian Theology, Cambridge, Cambridge University Press, 1914. Voir également le livre historiographique de Paul Roques L’Aventure des Nestoriens, Paris, L’Harmattan, 2013.

9. Nous laissons ainsi de côté deux récits : le récit anti-mosquée (op. cit., pp 410-425) et le récit anti-fanatisme (op. cit., p 225-264 & 507-544. Ce dernier récit fait référence à l'affaire de Hawkes Bay au Pakistan en février 1983, voire Akbar S. Ahmed, "Death in Islam : The Hawkes Bay Case", dans Man : Journal of the Royal Anthropological Institute, Vol. 21, 1986, pp 121-134.

10. Salman Rushdie, Les versets sataniques, op. cit., p 111 (souligné par Rushdie).

11. Salman Rushdie, op. cit., p 129-130 (souligné par Rushdie).

12. C.f. Salman Rushdie, p 128-129.

13. Jeux de mots de connotation sexuelle. C.f. Salman Rushdie, op. cit., p. 109, où Mohammed est désigné comme "celui-qui-monte-et-descend-le vieux-Coney".

14. Salman Rushdie, op. cit., p 141.

15. Le fait de ces versets sataniques est rapporté par Tabari et Ibn Sa’d. Voir Maxime Robinson, Mahomet, Paris, Seuil, 1968, p 134-136.

16. Salman Rushdie, op. cit., p 120.

17. Salman Rushdie, op. cit., p 131-132.

18. Salman Rushdie, op. cit., p 137-139.

19. S. Rushdie, op. cit., p 141-142 (souligné par Rushdie).

20. M. Robinson, Mahometop. cit., p 127.

21. Il s'agit en réalité d’Abdallâh ibn Sa'd, voir Maxime Rodinson, Mahomet, Paris, Seuil, 1968, p 297.

22. S. Rushdie, Les versets sataniquesop. cit., p 399-401; c.f. 407 où Mohammed blâme Salman de ses actes.

23. Salman Rushdie, op. cit., p 397.

24. Salman Rushdie, op. cit., p 398.

25. Salman Rushdie, op. cit., p 419.

26. S. Rushdie, op. cit., p. 398-399 : "Le problème avec notre Prophète, mon cher Baal, c'est qu'il n'aimait pas que ses femmes lui répondent, il aimait les mères et les filles, pense à sa première femme et à Ayesha : trop vieille et trop jeune, ses deux amours. Il n'aimait pas ceux qui étaient de taille à se mesurer avec lui".

27. Salman Rushdie, Patries imaginaires, op. cit., p 418-440, "De bonne foi". Reprise, dans, idem, Essais. 1981–2002op. cit., p 521 – 549.       

28. Maxime Rodinson, Mahometop. cit., p 297.

29. Salman Rushdie, Les versets sataniquesop. cit., p 425.

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21 janvier 2026                                                          



* Image Wikipedia. Rushdie en 2024


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By Bjarne Melkevik

Bjarne Melkevik, L.L.D. Paris II, professor at the Faculty of Law, University Laval (Quebec), is a well-known author in legal philosophy, legal epistemology and legal methodology. His latest published books include “Horizons of legal philosophy” (1998 and 2004), “Reflections on legal... (Read next)

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