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Joyeux Ramadan à tous les Musulmans. Mais qui sont-ils en fait?

(French version only)
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Master in Economic sciences, Laval University, Québec. Doctorate, Tunis University, Tunis
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Fidèles accomplissant les tarawih dans la cour de la Grande Mosquée de Kairouan (Tunisie) durant le ramadan 2012.*

N'est pas musulman qui croit l'être. N’est pas non-musulman qui ne croit pas l’être.

Les musulmans entament aujourd’hui dans un mélange de joies et d’une certaine tristesse, à cause du COVID-19 qui interdit l’accès aux lieux de culte, le mois du Ramadan. C’est le mois du jeûne qui constitue, selon la tradition exégétique conservatrice, le quatrième pilier de l'Islam. Il serait donc obligatoire durant cette période pour les hommes comme pour les femmes à partir de la puberté, exception faite des malades, des femmes enceintes, des femmes qui allaitent ou sont indisposées, ou encore des voyageurs. Selon le Coran, toutefois, et comme l’a bien expliqué Dr Al Ajamî, le jeûne s’inscrit dans une démarche purement spirituelle dont la finalité n’est pas de se soumettre à un « pilier » de l’Islam, mais de se purifier. Il est donc permis aux fidèles en bonne santé de se dispenser de cette obligation:

Et pour ceux qui peuvent le supporter (le jeûne), il y a une compensation (et non une expiation): nourrir un pauvre.  S2-V184.

Pour transformer le jeune en un « pilier » de l’Islam, les exégètes traditionalistes ont modifié, à titre exceptionnel, le sens étymologique du  mot arabe (يطيق « YOUTIKOU»). Ce  mot signifie normalement « supporter ». Les exégètes traditionalistes acquiescent cette définition à l’exception de son usage au verset S2-V184 où il le donne le sens de « ne pas supporter ». Dès lors, la compensation des jours non-jeûnés est devenue obligatoire pour toute personne ayant une maladie chronique qui l’empêche de jeûner !

S’agit-il de l’unique contradiction entre le Coran et l’exégèse Islamique traditionnelle ?  La réponse évidemment non ! La définition même des mots Islam et musulman de l’exégèse traditionnelle est en totale opposition avec le Coran.

Les musulmans selon la tradition

Selon la tradition, les musulmans sont les dépositaires légitimes de l’ultime parole de Dieu conservée dans toute son intégrité dans le Coran. La racine du mot Islam est « aslama » qui signifie « se soumettre ». Les musulmans ont donc l’obligation de se soumettre à la volonté de Dieu. Celle-ci comprend notamment, sans aucun fondement dans le Coran, les cinq piliers de l’Islam:  

  1. croire au Dieu unique et que Mohammed est son dernier messager;
  2. accomplir les cinq prières journaliers (idéalement à la mosquée);
  3. s’acquitter de la Zakat (dîme ou aumône légale);
  4. jeûner le mois du Ramadan; et
  5. accomplir (pour ceux qui ont les moyens) le pèlerinage à La Mecque.

Il s’agit de se placer dans un rapport de sujétion absolue à la volonté de Dieu, de s’en remettre entièrement à Lui et à sa loi, selon sa volonté et ses lois décrites dans le Coran. Mais que dit le Coran à ce sujet?

Les musulmans selon le Coran

Il n’y a qu’une seule religion avec des rites et des pratiques cultuelles différents, selon que les fidèles ont pour référence Moïse, Jésus, Mohammed ou autre messager biblique ou même non-biblique. Cette religion a deux piliers: Croire au Dieu unique et au jour du jugement dernier. Le Coran appelle tous les fidèles qui adhèrent à ces deux piliers, peu importe comment ils se font appeler, 'Musulmans'. Voici quelques preuves (parmi tant d’autres) du Coran:

  • ‘Et qui profère de plus belles paroles que celui qui appelle à (prie) Dieu, qui fait du bon travail (des bonnes œuvres) et dit : "Je suis du nombre des musulmans (adorateurs du Dieu unique)? "’ S41-V33.
  • ‘Dis: «Voilà ce qui m'est révélé: Votre Dieu est un Dieu unique; Êtes-vous Musulmans? »’  S21-V108.
  •  ‘Dis: « O gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous: que nous n'adorions que Dieu, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors de Dieu ». Puis, s'ils tournent le dos, dites: «Soyez témoins que nous, nous sommes musulmans ».’ S3-V64
  • ‘(…) S'ils ne vous répondent pas, sachez alors que c'est par la connaissance de Dieu qu'il est descendu, et qu'il n'y a de divinité que Lui. Êtes-vous musulmans? S11-V14.
  •  ‘Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d'entre eux qui sont injustes. Et dites: «Nous croyons en ce qu'on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, et que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c'est pour Lui que nous sommes Musulmans (dans le sens que nous nous donnons à Lui) ».’ S29-V46

Et c’est dans le sens de la croyance au Dieu unique qu’il faut comprendre le verset suivant :

‘Et quiconque désire (adopte) une religion autre que l'Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l'au-delà, parmi les perdants.’ S3-V85

Évidemment, Dieu ne peut accepter une religion où Il n’est pas son premier pilier. Ceux qui associent au Dieu unique un autre dieu sera dans l’au-delà parmi les infligés. Nous comprenons également pourquoi Dieu nous dit :

‘Ni les Juifs, ni les Nazaréens ne seront jamais satisfaits de toi, jusqu'à ce que tu suives leur rite.’ S2-V120

Dans ce verset (S2-V120), Dieu utilise le mot ‘rite’ (مِلَّتَهُمْ) et non pas le mot ‘religion’ (دينهم). En effet, les différents rites constituent des chemins différents qui mènent au même salut, fondé sur un pilier fondamental, soit la croyance en un Dieu unique. Le musulman trouve donc son salut en croyant au Dieu unique, peu importe le chemin qu’il emprunte pour l’atteindre. Dieu n’a-t-Il pas dit:

‘Ceci est un rappel. Qui que ce soit, laisse-le choisir le chemin qui le mène à son Seigneur.’ S73-V19.

Force est de constater qu’aucun verset coranique n’associe au mot Islam ou musulman autre injonction que la croyance au Dieu unique. Prétendre donc que l’Islam est basé sur cinq piliers n’a aucun fondement coranique. Outre la profession de foi au Dieu unique, il n’est pas du tout nécessaire de croire que le prophète Mohamed est le dernier messager de Dieu ou d’observer le jeûne du Ramadan pour être du nombre des musulmans. Le fidèle qui observe les rites décrits par les prétendus cinq piliers est un mahométan, soit un musulman ayant pour référence le prophète Mohammed; il a donc la foi dans le message du dernier messager.  Un musulman peut cependant emprunter d’autres chemins vers le Dieu unique. Il peut avoir comme référence Jésus ou Moïse. Dans le premier cas, le Coran le désigne par musulman-nazaréen et dans le second le désigne par musulman-juif. Il peut même emprunter une voie différente de celle empruntée par les fidèles des trois grands rites (et non religions) monothéistes tant qu’il n’associe aucune divinité au Dieu unique. Si en plus le croyant au Dieu unique, soit coraniquement le musulman, se fait utile à l’humanité, en accomplissant correctement son travail (en accomplissant de bonnes œuvres), Dieu lui promet le Paradis céleste

‘Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les sabéens, quiconque d'entre eux a cru en Dieu, au Jour dernier et accompli de bonnes œuvres (dans le sens qu’il excelle dont tout ce qu’il fait comme travail), sera récompensé par son Seigneur; il n'éprouvera aucune crainte et il ne sera jamais affligé.’ S2-V62

Sinon, comment pouvons-nous admettre que Noah (S10-V71-72), Abraham et ses fils (S2-V132), Jacob et ses fils (S2-V133), Joseph (S12-V101), Moïse (S10-V84) et Jésus (S3-V52) étaient du nombre des musulmans.

  • ‘Et c'est ce qu'Abraham recommanda à ses fils, de même que Jacob: «O mes fils, certes Dieu vous a choisi la religion: ne mourrez point, donc, autrement que musulmans.’ S2-V132
  • ‘Étiez-vous témoins quand la mort se présenta à Jacob et qu'il dit à ses fils: «Qu'adorerez-vous après moi?» - Ils répondirent: «Nous adorerons ton Dieu et le Dieu de tes pères, Abraham, Ismaël et Isaac, Dieu Unique et auquel nous lui sommes musulmans ».’ S2-V133
  • ‘Puis, quand Jésus ressentit de l'incrédulité, de leur part, il dit: «Qui sont mes alliés dans la voie de Dieu.» Les apôtres dirent: «Nous sommes les alliés de Dieu. Nous croyons en Dieu. Et sois témoin que nous lui sommes musulmans»’ S3-V52
  • ‘Raconte-leur l’histoire de Noah, quand il dit à son peuple: « Ô mon peuple, si mon séjour parmi vous, et mon rappel des signes du Seigneur vous pèsent trop, alors c’est en Dieu que je place toute ma confiance. Concertez-vous avec vos tiens, et ne cachez pas vos plans. Puis, décidez de moi et ne me donnez pas de répit. Si vous vous détournez, alors je ne vous ai demandé aucune récompense. Ma récompense n’incombe qu’à Dieu. Et il m’a été commandé d’être du nombre des musulmans.»’ S10-V71/72
  • ‘Et Moïse dit: « O mon peuple, si vous croyez en Dieu, placez votre confiance en Lui si vous (Lui) êtes musulmans. » S10-V84
  •  ‘mon Seigneur, Tu m'as donné du pouvoir et m'as enseigné l'interprétation des rêves. [C'est Toi Le] Créateur des cieux et de la terre, Tu es mon tuteur, ici-bas et dans l'au-delà. Fais-moi mourir musulman et fais moi rejoindre les vertueux.’ S12-V101

Aucun des prophètes ayant précédé le dernier messager était tenu de croire que Mohammed est l’un des messagers de Dieu ni d’accomplir la prière ou observer le jeûne selon le modèle mohammadien… L’Islam est fondé sur la seule croyance en un Dieu unique. C’est le point commun que Dieu a chargé tous ses prophètes, de Noah à Mohammed, de le transmettre à l’humanité.

‘Dites: « Nous croyons à Dieu et en ce qu'on nous a révélé, et en ce qu'on a fait descendre à Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les Tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur: nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes musulmans (autrement dit, à Lui nous nous donnons) ».’  S2-V136

Le bon musulman selon le Coran

Le bon musulman que Dieu lui a promis le Paradis céleste est toute personne qui croit en un Dieu unique tout en suivant le droit chemin (S41-V30) :

‘Ceux qui disent: «Notre Seigneur est Dieu», et qui se tiennent dans le droit chemin, les Anges descendent sur eux. «N'ayez pas peur et ne soyez pas affligés; mais ayez la bonne nouvelle du Paradis qui vous était promis.’ S41-V30

Le droit chemin n’a également rien à voir avec les prétendus cinq piliers de l’Islam. Il est clairement et explicitement défini dans les versets 151-153 de la Sourate 6 (Les Bestiaux) :

‘Dis: «Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit: ne Lui associez rien; et soyez bienfaisants envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. N'approchez pas des turpitudes ouvertement, ou en cachette. Ne tuez qu'en toute justice la vie que Dieu a fait sacrée. Voilà ce que Dieu vous a recommandé de faire; peut-être comprendrez-vous.  Et ne vous approchez des biens de l'orphelin que de la plus belle manière, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité. Et donnez la juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n'imposons à une âme que selon sa capacité. Et quand vous parlez (témoignez ou jugez), soyez équitables même s'il s'agit d'un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Dieu. Voilà ce qu'Il vous enjoint. Peut-être vous rappellerez-vous.  Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude (droiture), suivez-le donc; et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie.» Voilà ce qu'Il vous enjoint. Ainsi atteindrez-vous la piété.’ S6-V151/153

Ces versets définissent clairement les transgressions divines à ne pas commettre. Elles sont détaillées dans d’autres versets, notamment les versets 115 et 116 de la sourate 16 et les versets 23-39 de la sourate 17, sur lesquels je reviendrai dans un autre billet. Ces transgressions reprennent d’ailleurs dans une large mesure les dix commandements de Moise et Jésus (avec certains allégements entamés par Jésus et achevés par Mohammed).

D’ailleurs dans la prière qui introduit le Coran (La Sourate Al-Fatiha), le fidèle implore Dieu en récitant le verset 6 en Lui disant : 

‘Guide-nous dans le droit chemin’ (S1-V6);

car tout fidèle qui sera guidé par la grâce de Dieu vers le droit chemin trouvera

‘le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.’ (S1-V7)

Contrairement à ce que la tradition Islamique prétend, sans aucun fondement coranique, les individus égarés et ceux qui ont encouru la colère de Dieu ne sont ni les juifs ni les nazaréens; ce qui contredirait le S2-V62. Ils sont tout simplement ceux qui ne suivent pas le droit chemin décrit par  S6-V151/153, peu importe leur rite (et non pas leur religion).

L’Islam se définit donc comme la religion de droiture, et non pas une religion fondée principalement sur des pratiques cultuelles (comme les prétendus cinq piliers). Ses lois fondamentales, détaillées par les versets 151-153 de la sourate 6, sont forcement des lois naturelles (EL-ISLAMOU DINOU EL FITRA).  La religion de droiture est clairement définie dans la S30-V30:

‘Dirige tout ton être vers la religion [divine], telle est la nature originelle que Dieu a donnée aux hommes; pas de changement à la création de Dieu. Telle est la religion de droiture; mais la plupart des gens ne savent pas. ’

Les lois énoncées par les versets 151-153 de la sourate 6 sont effectivement des lois universelles et transcendent l’espace et le temps. Elles sont à la base de la législation de toutes les sociétés modernes et elles ont pour objectif, premier et ultime, de promouvoir la justice:

‘Nous avons effectivement envoyé Nos Messagers avec des preuves évidentes, et fait descendre avec eux le Livre et la balance, afin que les gens établissent la justice.’ S57-V25

Clairement, Dieu nous n’a pas envoyé ses messagers pour observer des pratiques cultuelles comme l’accomplissement de la prière ou le jeûne du mois du Ramadan. Ces pratiques sont utiles si elles font de nous des gens plus droits et plus justes dans toutes les tâches que nous sommes amenés à accomplir. Dès lors, le bon musulman est avant tout un croyant ayant une grande moralité; avec ou sans le Coran. Si en plus, il accompli les cultes recommandées par le dernier messager, il sera doublement récompensée par le seigneur.

Et quand on le leur récite (le Coran), ils disent: «Nous y croyons. Ceci est bien la vérité émanant de notre Seigneur. Déjà avant son arrivée, nous étions musulmans». Voilà ceux qui recevront deux fois leur récompense pour leur endurance, pour avoir répondu au mal par le bien, et pour avoir dépensé de ce que Nous leur avons attribué. S28-V53/54.

Pour faire simple, il vaut mieux être croyant et droit et non-pratiquant de certains rites (cultes) plutôt que croyant et pratiquant mais non-droit. L’idéal est évidemment d’être croyant et pratiquant. Toutefois, en déclarant les pratiques cultuelles comme fondement de l’Islam, sans aucun fondement coranique, la tradition exégétique a dévoyé le message du Coran. Les sociétés dites de culture musulmane jugent aujourd’hui les citoyens sur la base de leurs pratiques cultuelles et non pas sur la base de leurs contributions (scientifiques, sociales, culturelles, etc.) à la société. Ce dévoiement du message coranique explique en grande partie le sous-développement du monde dit musulman.

La Justice est la base de tout développement dixit le Ibn Khaldoun, un sociologue tunisien du 14ème siècle. Cette exigence de justice est rappelée plusieurs fois dans le Coran :

  • ‘Et quant à ceux qui ont la foi et ont vraiment fait des travaux utiles, Il leur donnera leurs récompenses. Et Dieu n'aime pas les injustes. S3-V57.
  • ‘Certes, Dieu vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants-droit, et quand vous jugez entre des gens, de juger avec équité…’ S4-V98
  • ‘(…) Et si tu juges, alors juge entre eux en équité. Car Dieu aime ceux qui jugent équitablement.’ S5-V42
  • ‘Certes, Dieu commande l'équité, la bienfaisance et l'assistance aux proches…’ S16-V90

Le bon musulman est donc toute personne qui croit au Dieu unique et cherche constamment à ne pas s’écarter du droit chemin afin d’éviter d’être du nombre des injustes.  D’ailleurs, les versets 14 et 15 de la sourate 72 le confirment. Ils précisent opposent clairement les musulmans et les injustes.

‘Il y a parmi nous les Musulmans, et il y en a les injustes. Et ceux qui se donnent à Dieu (ASLAMA) sont ceux qui ont cherché la droiture. Et quant aux injustes (ceux qui se trouvent du côté opposé des musulmans), ils formeront le combustible de l'Enfer.’ S72-V14/15

Les injustes, ceux qui d’écarteront du droit chemin, formeront donc le combustible de l’Enfer, indépendamment de leurs assiduités dans les pratiques cultuelles. Comme l’avait bien formulé Ibnou Rochd depuis le 12ème siècle, la religion de droiture, soit la FITRA, renvoie à la capacité qu'aurait la raison humaine d'atteindre, à elle seule, les principes de la justice; sans même une intervention divine. Les prétendus cinq piliers ne peuvent donc être les piliers de l’Islam. D’un côté, ils ne sont pas issus de la FITRA et, de l’autre côté, ils n’ont aucun fondement coranique.

Et que signifie donc le mot « aslama » ?

Sous l’influence de l’exégèse traditionaliste, le mot arabe « aslama » est souvent traduit par se soumettre et l’Islam serait donc la religion de la soumission à Dieu! Toutefois, la soumission suppose le renoncement à sa liberté de choisir et l’acceptation, par la contrainte ou la force, de la domination ou de la suprématie de l’autre. Cette mauvaise définition résulte d’une confusion entre le verbe « aslama », qui signifie en réalité « se donner à » ou « adorer », et « istaslama » qui lui signifie « se soumettre ». La profession de foi « aslamtou » à Dieu renvoi donc à une adhésion volontaire et non-contrainte du fidèle au Dieu unique, il accepte donc de se donner par amour à Dieu.

Pour preuve, le Coran interdit toute contrainte en matière de religion. Le verset S2-V256 est extrêmement clair à ce sujet : « nulle contrainte en religion ». Ce verset interdit même l’usage de la religion dans l’exercice du pouvoir pour une raison simple. Le pouvoir dispose de l’usage légitime de la force et la contrainte tandis que « nulle contrainte en religion »!  La contrainte ne pourrait jamais, en effet, engendrer l’adhésion des cœurs ; elle n’engendre que l’hypocrisie. L’adhésion à Dieu, l’Islam, ne peut se réaliser qu’après un choix libre loin de toute pression psychologique ou physique. Dans cet ordre d’idées, le Coran énonce explicitement: 

  • ‘Et dis: « La vérité émane de votre Seigneur ». Quiconque le veut, qu’il croie, quiconque le veut qu’il mécroie...’  S18-V29
  • ‘Eh bien rappelle! Tu n’es qu’un rappeleur, et tu n’es pas un dominateur sur eux.’ S88-V21–22.
  • ‘Et nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers.’ S21-V107.
  • ‘Dis: «Obéissez à Dieu et obéissez au messager. S'ils se détournent, ...il [le messager] n'est alors responsable que de ce dont il est chargé; et vous assumez ce dont vous êtes chargés. Et si vous lui obéissez, vous serez bien guidés». Et il n'incombe au messager que de transmettre explicitement (son message). ’ S24-V54

Contraindre les gens à croire, y compris au Dieu unique, est même contraire à la volonté de Dieu. Même le prophète Mohammed n’avait pas le droit de contraindre les gens à se convertir:

‘Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ?’ S10-V99.

Conclusion

Pour conclure, peu importe le nom que donne chaque croyant à sa religion, il est du point de vue coranique musulman tant qu’il croit au Dieu unique et au jour du jugement. Si, en plus, il suit le droit chemin défini par les versets 151-153 de la Sourate 6, le Coran le désigne comme étant du nombre des bons musulmans, peu importe comme se croyant se défini. Dieu promet à ces bons musulmans le Paradis céleste, qu’ils aient pour référence un prophète biblique, coranique ou simplement leur propre intuition; désignée par le vocable fitra dans le coran (S2-V62 et S41-V30). N'est donc pas un bon musulman qui croit l'être en observant scrupuleusement les soi-disant cinq piliers sans se soucier du droit chemin. N’est pas non plus non-musulman qui ne croit pas l’être. S’il croit au Dieu unique, au jour du jugement et observe scrupuleusement le droit chemin, Dieu lui promet de ne jamais être affligé… même s’il ne croit à aucun des messagers.

Le fait d’avoir déclaré les cinq cultes des mahométans comme piliers de l’Islam a eu pour effet de rendre l’Islam une religion communautaire; pendant que le message du Coran est universel, il est adressé à l’humanité entière. Pire encore, dans les sociétés dites musulmanes, les citoyens sont principalement jugés par rapport à leurs pratiques cultuelles. Par contre, dans les sociétés dites non-musulmanes, les citoyens sont avant tout jugés par rapport à leur moralité, à leur engagement dans leur travail, et par rapport à leur respect des lois en vigueurs. Autrement dit, les citoyens des sociétés dites non-musulmanes sont jugés par rapport aux règles du droit chemin énoncées dans les versets 151-153 de la Sourate 6; tandis que dans les sociétés dites musulmanes, les citoyens s’offusquent beaucoup plus du comportement des non-jeûneurs ou des absents de la prière du vendredi et beaucoup moins d’un agent administratif qui arrive deux heures en retard à son travail.

Malheureusement, la majorité des mahométans pratiquants n’ont pas encore remarqué que le Coran précise dans la majorité de ses sourates que la condition nécessaire, mais non suffisante, du salut est la croyance en un Dieu unique. La condition suffisante est le travail bien fait. L’un des versets les plus clairs à ce sujet, en plus du verset S3-V57 cité plus-haut, est celui-ci:

‘Ceux qui croient et ont vraiment fait des travaux utiles, Nous ne laissons pas perdre la récompense de celui qui fait bien son travail. Voilà ceux qui auront les jardins du séjour (éternel) sous lesquels coulent les ruisseaux. Ils y seront parés de bracelets d'or et se vêtiront d'habits verts de soie fine et de brocart, accoudés sur des divans (bien ornés). Quelle bonne récompense et quelle belle demeure!’ (S18-V30/31).

C’est là l’un des messages clés du Coran qui a été dévoyé par la tradition exégétique. Dans la quasi-totalité de ses sourates, le Coran associe systématiquement la croyance au Dieu unique à l’excellence dans le travail. Il exalte les croyants au Dieu unique qui se dévouent, à travers leur travail bien fait, et se rendent utiles à leur société, à l’humanité. Les infermières, les éboueurs, les personnes qui travaillent aujourd’hui au risque de leur vie pour permettre à notre société de fonctionner pendant cette crise épidémique sont ceux qui suivent le droit chemin décrit par les versets 151-153 de la sourate 6 (ou les versets 23-39 de la sourate 17). Ils sont donc plus proches de Dieu que tous les autoproclamés religieux, notamment ceux qui prêchent la haine et le rejet de l’autre.

A ceux enfin qui pourraient, légitimement, douter de cette définition de l’Islam, la réponse est que seule la lecture intelligente et renouvelée des textes sacrés, notamment et surtout le Coran, doit structurer notre foi; et non pas ce que nos ancêtres, des théologiens ou de exégètes, notamment d’une autre époque, ont vécu, compris ou dit. C’est là l’un des enseignements majeurs du premier verset révélé à notre Prophète : ‘Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé’ (S96-V1). La quête du salut et la volonté de toujours être dans la piétée doit être la base de nos croyances et non la reproduction aveugle du mode de la croyance de nos ancêtres: ‘Et quand on leur dit: Suivez ce que Dieu a révélé; ils disent : non mais nous suivons le chemin emprunté par nos ancêtres.  Quoi!  Et si leurs ancêtres n’y avaient rien pensé (compris) et n’avaient point été guidés ?’ (S2-V170).

Il faut enfin se rappeler que l’Islam est la religion d’AL-FITRA et de faire usage de la raison, que les mahométans ont –malheureusement– cessé d’utiliser, pour atteindre le salut:

‘En effet, Nous avons rendu le Coran accessible pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ?’ (S54-V17).

Pour conclure, je souhaite un joyeux Ramadan à tous les bons musulmans, ceux qui œuvrent pour le bien d’autrui à travers leur travail bien fait, soit à la quasi-totalité des canadiens !

24 avril 2020

 



* Image : Wikipedia


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