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Une suggestion à Stephen Harper, premier ministre du Canada : célébrer la rupture du jeûne de Ramadan, au 24 rue Sussex

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Toute lutte efficace contre les terroristes sans frontières d’Al-Qaïda ne peut se passer de la mobilisation des Canado-musulmans. En célébrant dans sa résidence officielle, le 9 septembre, avec les leaders modérés de cette minorité la rupture du jeûne de Ramadan, le premier ministre canadien enverrait un message fort éloquent de l’intégration de cette communauté religieuse dans la famille canadienne.

Al-Qaïda représente une menace réelle, sérieuse et grandissante pour la sécurité nationale du Canada. Cette situation appelle l’élaboration d’une stratégie globale intégrant les Canado-musulmans à la lutte antiterroriste. D’où l’importance de la culture de leur sentiment d’appartenance à leur pays. Pour le bien de tous.

Le Canada dans la mire d’Al-Qaïda

Oussama Ben Laden ne s’en est jamais caché. Le Canada est dans la mire de son réseau terroriste sans frontières. La raison? La participation des forces militaires canadiennes à la mission internationale présente depuis 2002 en Afghanistan. Pour l’en «punir», le réseau de Ben Laden s’est fixé comme un de ses objectifs primordiaux le recrutement de jihadistes nés ou ayant grandi au Canada. L’incorporation de ces ressortissants canadiens présente plusieurs avantages. Munis de passeports canadiens, ces terroristes pourraient, entre autres, se déplacer librement à l’intérieur du pays, le quitter quand ils le désirent, y retourner aisément et même visiter d’autres pays cibles d’éventuels projets d’attentat terroriste.

Pour attirer ces «prises» de choix dans ses filets de pêche terroristes, la machine de propagande d’Al-Qaïda se sert notamment de l’occupation américaine d‘Afghanistan et de son cortège sans cesse allongé de victimes civiles innocentes. En jouant sur la sensibilité «culturelle» des musulmans canadiens, cette communication politique sans frontières cherche à attiser leur colère contre une mission afghane dont les objectifs réels échappent, il est vrai, à ce jour à l’entendement de plus d’un Canadien, toutes communautés confondues. Faute d’arguments concis, clairs et bien étayés de la part du gouvernement fédéral, plusieurs sont réduits à de vagues supputations.

En dépeignant la guerre en Afghanistan comme une énième croisade anti-islamique, le réseau terroriste sans frontières espère en fait retourner les musulmans canadiens contre leur propre pays. Étape incontournable à toute entreprise voulant en faire de bonnes recrues pour attentats terroristes à venir sur le sol canadien.

Pourquoi célébrer au 24 rue Sussex la rupture du jeûne de Ramadan avec des leaders canado-musulmans

S’il est vrai que le terrorisme jihadiste domestique est devenue aujourd’hui une menace réelle, grandissante et préoccupante pour la sécurité nationale du Canada, force est de constater qu’il n’a pas encore réussi à s’implanter au sein de la minorité canado-musulmane. Heureusement! D’ailleurs, les Arabo-musulmans canadiens ont déjà payé le prix du sang en Afghanistan même, comme membres à part entière des forces canadiennes. Ce faisant, ils ont prouvé leur loyauté inébranlable à leur pays et leur patriotisme canadien. Illustrant ainsi les limites de la rhétorique mobilisatrice d’Al-Qaïda.

Si les différentes forces de sécurité canadiennes représentent à coup sûr un important bouclier protecteur de la sécurité nationale, les Canado-musulmans représentent quant à eux la meilleure digue protectrice face aux terroristes jihadistes. D’ailleurs, l’échec répété de tentatives visant l’implantation du terrorisme jihadiste sur le sol canadien est là pour le prouver. C’est, entre autres, grâce au patriotisme, à la modération et à la vigilance des musulmans canadiens que le réseau terroriste n’a pas encore à ce jour réussi à mener à terme ses funestes desseins. Cela n’enlève rien à l’importance de la contribution des forces de sécurité du pays à cette même lutte.

Pour réduire à néant toute entreprise d’apprentis terroriste sans frontières voulant s’en prendre au pays, il vaudrait mieux élaborer une stratégie globale plaçant les Canado-musulmans au centre du dispositif général de lutte. Une telle approche est de nature à rendre le travail des forces de sécurité plus efficace que jamais. Un des éléments de base de cette approche consiste à cultiver chez eux le sentiment d’appartenance à cette grande démocratie libérale respectueuse du principe cardinal de liberté religieuse.

Comme c’est le cas pour tout autre groupe social canadien, la culture de ce sentiment parmi les Canadiens musulmans passe par l’envoi, de la part de différentes institutions de pouvoir (État, médias, administration publique, patronat…), de différents signaux attestant de leur ouverture à la participation légitime, à part entière et de plein droit des musulmans à la communauté politique nationale. À ce propos, nous nous contentons ici de suggérer une piste à explorer de manière sérieuse. D’autres suggestions suivront dans l’avenir. Cette piste est liée à un des piliers de l’islam.

Le jeûne de Ramadan est le quatrième des cinq piliers de l’islam. Sauf certaines exceptions, tout musulman adulte et en mesure de le faire en est tenu à l’occasion du neuvième mois du calendrier lunaire musulman. C’est dire l’importance de cette obligation religieuse pour tout musulman pieux. Entre le coucher et le lever du soleil, les musulmans sont autorisés à rompre leur jeûne.

En invitant à sa résidence officielle, au 24 rue Sussex, à Ottawa, des leaders modérés et représentatifs de la minorité canado-musulmane pour rompre en sa présence le jeûne de Ramadan, le premier ministre canadien enverrait un message fort et clair à l’effet que l’islam (et donc les musulmans) fait, sans conteste, partie intégrante des religions respectées et reconnues par le pays. Un jour comme le premier vendredi du mois de Ramadan pourrait être choisi comme date pour ce rendez-vous annuel. Pour éviter de fâcheuses «surprises», des services compétents pourraient se charger du choix des «invités».

Un tel geste est d’une charge symbolique insoupçonnée. En le posant, le premier ministre canadien démolirait, entre autres, une partie importante de l’œuvre rhétorique destructrice des artificiers d’Al-Qaïda. En voyant à la télévision et sur les différentes plateformes informationnelles des nouvelles technologies le premier dirigeant du pays accueillir dans sa résidence officielle (qui est également celle de tous les citoyens de ce pays) une partie de leurs leaders communautaires, les Canado-musulmans se sentiraient comme celui qui rentre enfin chez lui, à bon port. Un tel geste symbolique représenterait également un motif supplémentaire de reconnaissance, de satisfaction et d’estime de la part de ces citoyens à l’égard de leur pays.

Dans un monde où les images font instantanément le tour du monde, un tel spectacle extraordinaire serait reproduit sur les différents supports médiatiques et répercuté aux quatre coins de notre planète. Les musulmans du reste du monde y verraient l’illustration éclatante de la culture canadienne de tolérance, de respect et de liberté religieuse. Dissuadant plus d’un terroriste en herbe de s’y attaquer.

S’il est vrai que la Maison-Blanche célèbre déjà, depuis de nombreuses années, la rupture du jeûne de Ramadan en présence de leaders américains-musulmans, sa célébration à Ottawa, conformément à la culture et aux manières de faire proprement canadiennes, serait bien appréciée par plusieurs ici comme ailleurs. Elle ouvrirait la voie à son adoption par d’autres démocraties. Dans la même foulée, les premiers ministres provinciaux et les maires des grandes villes canadiennes pourraient lui emboiter le pas. Apportant la joie au cœur de nombreux musulmans de ce pays.

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À l’ère de la révolution des nouvelles technologies, l’image est à la fois un outil et un message de communication publique irrésistible. Voir de ses propres yeux un premier ministre chrétien d’un pays non musulman assister dans sa résidence officielle à la rupture du jeûne de Ramadan par des leaders canado-musulmans enverrait aux musulmans de ce pays et du reste du monde un message fort à la fois à l’avantage du Canada et dévastateur pour la propagande anti-canadienne d’Al-Qaïda.

5 septembre 2010



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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