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Iran: Le «prix» de la libération de Clotilde Reiss

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le 17 mai 2010, l’universitaire française Clotilde Reiss était de retour dans son pays, après avoir été retenue durant plusieurs mois en Iran, contre son gré. Un dénouement heureux qui en revanche suscite de nombreuses questions relativement au prix que la France se devait de payer pour satisfaire les exigences de la République islamique.

La dimanche 17 mai, Clotilde Reiss (24 ans) était enfin de retour dans son pays, après un séjour forcé de plusieurs mois en Iran. En raison notamment des accusations graves que la justice de la République islamique lui reprochait, le feu vert finalement accordé à son départ d’Iran s’explique par des marchandages entre Paris et Téhéran.

Clotilde Reiss et le chef d’accusation d’espionnage au service de la France

Clotilde Reiss est une universitaire française. Elle a suivi des études d’histoire à la prestigieuse université de la Sorbonne et étudié le farsi à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris. Elle est aussi diplômée de l’Institut d’études politiques (IEP) de Lille.Cette amoureuse du pays du poète Hafez travaillait comme lectrice de langue française à l’université d’Ispahan et prépare une maîtrise à l’IEP de Lille.

Alors qu’elle s’apprêtait à quitter l’Iran pour la France, elle a été arrêtée à l’aéroport de Téhéran le 1er juillet 2009, c’est-à-dire moins d’un mois après l’annonce officielle des résultats de l’élection présidentielle du 12 juin, résultats contestés par le Mouvement vert du candidat malheureux Mir-Hossein Moussavi («Nazila Fathi: Le Mouvement vert en Iran».

Téhéran l’a accusé d'atteinte à la sécurité nationale de l'Iran et lui a reproché de faire partie d’un complot occidental visant à déstabiliser le régime islamique. En raison d’un dossier visiblement vide, on a utilisé comme preuves à charge le fait d’avoir rassemblé des informations «d’ambiance» et pris des photos par téléphone portable lors de manifestations dans cette ville les 15 et 17 juin 2009 contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. Des photos transmises (en compagnie d’un courriel) par Internet à ses proches et relations en France (dont son père). Selon Téhéran, elle serait «une espionne» à la solde des services secrets français pour le compte desquels elle aurait rédigé un «Rapport» concernant ces manifestations d’Ispahan. Son rapport de stage sur le nucléaire iranien à la Direction des applications militaires (unité du Commissariat à l'énergie atomique chargée de la production des armes atomiques françaises) a renforcé les soupçons d’un pouvoir plus que jamais contesté par des pans entiers de sa population.

Une semaine après son arrestation et son «séjour» à la sinistre prison Evin, une geôle pour prisonniers politiques et d’opinion, les autorités l’ont déféré devant le Tribunal révolutionnaire de Téhéran pour, semble-t-il, «confesser» ses crimes contre-révolutionnaires. Le monde entier l’a découvert, au milieu de nombreux prisonniers iraniens prenant tous part, à leur corps défendant, à une parodie de justice. Elle a d’abord reconnu les faits suivants: la participation à une manifestation opposée à la réélection d’Ahmadinejad, la rédaction d’un «Rapport» d’une page à l’intention de l’Institut Français de Recherches en Iran, et l’envoi d’un courriel à des proches pour les informer de la situation sur place (Éléments montrant qu’elle était sous étroite surveillance de la part du «Vevak», objet d’un prochain article). Elle a ensuite exprimé son regret pour de telles activités. Elle a enfin présenté ses «excuses à la nation iranienne». Lors de cette première audience digne des procès de Moscou sous Staline, elle avait affronté l’accusation sans bénéficier de la moindre protection normalement due à un détenu.

Le procureur l’a notamment accusé d’avoir recueilli des «renseignements sur l’Iran et d’avoir encouragé des émeutes».
Après avoir purgé quarante-sept jours de détention à Evin, Clotilde Reiss a bénéficié d’une libération conditionnelle le 16 août. Son avocat iranien, Mohammad Ali Mahdavi-Sabet, a déposé une caution de 285.000 dollars américains. En attendant un verdict définitif dans son cas, elle était l’«invitée» de Bernard Poletti, l’ambassadeur français, et son passeport était aux mains de Téhéran.

Le 16 mai, le Tribunal révolutionnaire de Téhéran l’a enfin condamné à une simple amende, permettant son acquittement et donc son retour en France. Au grand soulagement de ses proches et de son comité de soutien qui exigeait sa libération.

Le jour même de l’atterrissage sur le sol français, à l’aéroport de Villacoublay (Yvelines), de l’avion qui transportait Clotilde Reiss vers la liberté, Pierre Siramy a lâché une bombe. Maurice Dufresse de son vrai nom est auteur de «Vingt-Cinq Ans dans les services secrets» (un ouvrage qui a laissé l’auteur de ces lignes sur sa faim). Il est aussi un ancien sous-directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, un des services secrets français). Fort de ce titre, il a prétendu, sur les ondes de LCI (Voir: http://videos.tf1.fr/infos/2010/) qu’elle avait collecté des informations sur la politique intérieure de l’Iran et d'autres sur la prolifération nucléaire à Ispahan, le lieu d’un des sites nucléaires les plus secrets d'Iran et que Téhéran continue de présenter à qui veut l’entendre comme une installation à usage exclusivement civil. Mais loin d’être une «espionne» en bonne et due forme (comme le prétendait Téhéran), elle serait donc une «honorable correspondante» (pour reprendre le jargon consacré à la DGSE), c’est-à-dire une personne qui livrait des renseignements à l’agence d’espionnage sans attendre à être rétribuée en retour.

Quel que soit le fin mot de cette histoire nébuleuse, plusieurs questions se posent. À quoi joue Pierre Siramy? Pour qui roule-t-il en fait? Pour son «ancien» employeur ou seulement pour son propre compte, lui dont le livre n’a pas «levé» comme il le souhaitait? Cette sortie entre-t-elle dans le cadre d’une campagne de «damage contrôle» après le «prix» payé par Paris en échange de Reiss ?

Le «prix» de la liberté de Clotilde Reiss

Même si la nouvelle de libération de Clotilde Reiss est en soi réjouissante, son timing n’est pas dû au hasard. Étant donné le caractère rationnel de sa politique étrangère, la République islamique a toujours fait preuve d’un esprit calculateur froid. Seul compte l’intérêt national tel que défini par les maîtres de Téhéran. C’est pourquoi il est permis de douter que la levée des charges graves retenues il y a quelques mois seulement contre Clotilde Reiss soit due à la découverte de nouvelles preuves la disculpant de ce qu’on l’accusait ou à un sursaut de conscience humanitaire chez les dirigeants iraniens.

Étant donné son «maigre» profil, l’accusation d’espionnage portée contre Clotilde Reiss ne pouvait que faire sourire l’observateur attentif. Son arrestation servait depuis le début le dessein du pouvoir d’avoir une monnaie d’échange à utiliser au moment des tractations avec Paris pour lui tordre le bras et arracher la libération de prisonniers iraniens de grande valeur. La volte-face de Téhéran dans cette affaire et sa mise en scène même accréditent cette hypothèse.

La liberté de Clotilde Reiss a été arrachée au prix fort. Elle est intervenue une semaine seulement après la décision, le 5 mai, du parquet français de ne pas extrader vers les États-Unis Majid Kakavand, un ingénieur iranien. Dénouement accueilli avec satisfecit à Téhéran où on a exprimé, six jours plus tard, son espoir de voir la justice islamique prendre une «décision rapide» dans le dossier Reiss. Un appel qui s’est inscrit dans la droite ligne de la déclaration du président iranien, le 18 décembre 2009, à l’effet que la solution de cette affaire (Reiss) dépendait «de l'attitude des dirigeants français»! Pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’affaire Majid Kakavand, mentionnons seulement que cet ingénieur est âgé de 37 ans. Il était retenu en France durant plus de treize mois, à la demande de la justice américaine. Washington l’accuse de se livrer illégalement au commerce de composants électroniques destinés à l'industrie militaire iranienne. Il peut donc retourner dans son pays. Au grand dam des États-Unis.

Maintenant que Clotilde Reiss est de retour dans son pays, le moment de vérité pour Ali Vakili Rad (50 ans) était arrivé. Il attendait qu’on se prononce sur son sort depuis 1994. Date de sa condamnation en France pour l’assassinat en 1991, en plein Paris, de Chapour Bakhtiar, l'ex-premier ministre du dernier Shah d’Iran. Même s’il avait été condamné à la prison à vie, la justice française devait se prononcer ce 18 mai sur sa mise en liberté conditionnelle après avoir passé seize ans en prison (quinze ans étant la part incompressible de sa peine). En lieu et place de l’entérinement par la justice de sa libération conditionnelle, Ali Vakili Rad a eu droit à un arrêté signé de la main du ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, le renvoyant en Iran. Une volte-face par rapport aux déclarations officielles de septembre 2009 (du président Nicolas Sarkozy, lors de son interview en marge du sommet de l'ONU à New York, à la 2, une chaîne de télévision française) et décembre (du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner).

**

L’Iran a décidément gagné son bras de fer avec la France. Il lui a suffi de «s’offrir» une otage apparemment assez «ordinaire» pour qu’il obtienne en échange de Nicolas Sarkozy ce qu’il voulait, c’est-à-dire le retour de deux de ses ressortissants. À moins que l’ex-captive ait en réalité plus de valeur pour son État qu’il n’y paraît à première vue.

19 mai 2010



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Il y a actuellement 1 réaction.

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Article partial
par med le 18 mai 2010

bonjour je sais pas mais cet article est plein d'informations partiales une vraie désinformation SVP cher lecteur cherchez par vous meme ne laisser pas les gens penser a votre place ... 

un journal qui s'appelle tolerance .... rien a dire 

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Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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