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Lutte antiterroriste: Enseignements de l’attentat raté de Times Square à New York

(French version only)
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Editor-in-chief, Tolerance.ca, Member of Tolerance.ca®

Le 1er mai 2010, Faisal Shahzad, un citoyen américain d’origine pakistanaise, a tenté de faire exploser une voiture piégée à Times Square au centre achalandé de la ville de New York. Cette tentative ratée est riche d’enseignements.

Jusqu’à 15 heures aujourd’hui le 7 mai, le célébrissime moteur de recherche Internet «google.ca» fournissait un total de 347.000.000 résultats (contre 37.300.000 deux jours plus tôt) relativement au nom de M. Faisal Shahzad. C’est dire l’intérêt que suscite encore dans les quatre coins du monde ce jeune homme qui est du coup sorti de l’anonymat pour rejoindre une liste de terroristes qui s’allonge de plus en plus. Encore une fois, les États-Unis ont été la cible d’une nouvelle tentative d’attentat et a heureusement su la déjouer. Sauvant des vies humaines. Cette tentative d’attentat terroriste est riche d’enseignements pour la communauté du renseignement et des affaires étrangères, sans oublier tous ceux qui s’intéressent à la nébuleuse terroriste.

Franc-tireur ou combattant d’un réseau terroriste international?

Le profil de l’apprenti terroriste est assez instructif notamment pour la communauté du renseignement. Il peut nous aider à savoir s’il était un simple franc-tireur ou un membre en bonne et due forme d’un réseau terroriste transnational.

Faisal Shahzad est un ressortissant pakistanais naturalisé américain (au mois de février 2009). Il est âgé de 30 ans. Cet enfant de la classe moyenne pakistanaise (son père est un haut fonctionnaire chargé de l'aviation civile) vivait dans un quartier de classe moyenne américaine dans le Connecticut. État frontalier de l’État de New York. Il est diplômé de l’université de Bridgeport (Connecticut) et de l’université Southeastern (Washington), où il a à tour de rôle décroché un baccalauréat en informatique et une maîtrise en administration des affaires. Il travaillait comme analyste financier à Norwalk (CT).

Plusieurs indices nous incitent à penser que M. Shahzad était en fait un terroriste franc-tireur et non un combattant d’un réseau international. D’abord, commençons par son voyage au pays natal, où, peu de temps après avoir été naturalisé, il a emmené sa femme et ses deux jeunes enfants.

Une fois au Pakistan, M. Shahzad s’est rendu à Peshawar, le chef-lieu de la PFNO (Province de la frontière du Nord-Ouest), rendue célèbre depuis que des Talibans du mollah Omar et des combattants d’Al-Qaïda s’y sont repliés, en attendant de jours meilleurs. C’est, entre autres, à partir de cette base arrière jihadiste que de nombreuses opérations sont lancées contre à la fois les gouvernements afghan et pakistanais, les forces de l’OTAN et les organisations humanitaires internationales. Ce lieu présentait un avantage supplémentaire pour l’apprenti terroriste: il fait partie des zones tribales échappant à ce jour largement au contrôle du gouvernement central («Waziristan-Sud et les raisons d’un succès limité appréhendé de la campagne militaire»). Il pouvait donc s’y réfugier, apprendre les rudiments du «métier» de terroriste et peut-être même, si l’occasion se présentait, asséner des coups mortels aux forces de la coalition internationale présentes de l’autre côté de la frontière septentrional.

Cinq mois plus tard, il était de retour aux États-Unis. Tout seul. Il s’est installé dans un nouveau quartier à Bridgeport (CT), où personne ne le connaissait. Pour n’éveiller aucun soupçon. Il était tellement sur ses gardes qu’il n’attirait aucune curiosité de la part de ses voisins. De plus, aucun signe extérieur ne montrait qu’il s’agissait d’un islamiste radical.

Son retour aux États-Unis après une courte période de «formation» et le caractère amateur de «son» entreprise terroriste peuvent être interprétés tout compte fait comme une bonne nouvelle pour la campagne américaine de lutte antiterroriste. Cela montre d’abord que les réseaux terroristes qui ont trouvé refuge dans les zones tribales pakistanaises et qu’il aurait contactés pour des raisons évidentes, sont aujourd’hui tellement sur le qui vive, en raison de la traque américaine et du récent «retournement» pakistanais, qu’ils ne pouvaient lui apporter un «stage» de formation de plus longue durée. De plus, l’amateurisme dont il a fait preuve après son retour aux États-Unis a montré qu’il avait agi seul, sinon il n’aurait pas notamment laissé autant d’indices derrière lui, facilitant ainsi le travail policier. Enfin, son geste semble motivé par la vengeance pour l’assassinat par des drones américains de nombreux dirigeants jihadistes dans les zones tribales de son pays natal. D’ailleurs, Azam Tariq, le principal porte-parole du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP) a le jeudi 6 mai nié tout lien entre son réseau et Faisal Shahzad, dans un entretien téléphonique avec deux journalistes de l'AFP (dépêche AFP, 6 mai 2010). Cela dit, les autorités américaines l’ont inculpé le 4 mai sous cinq chefs d’accusation, dont «une tentative d'utilisation d'une arme de destruction massive» (bombe artisanale placé dans sa Nissan!), un «complot» et un «acte de terrorisme dépassant les frontières nationales». Le suspect a reconnu son implication dans l'attentat manqué. De leur côté, les autorités pakistanaises ont arrêté plusieurs parents de Faisal Shahzad soupçonnés d’être ses complices.

L’administration Obama, le renseignement américain et les leçons de Noël 2009

La gestion de cette nouvelle tentative terroriste ratée a montré que le président Barack H. Obama et ses services de sécurité intérieure ont appris du cafouillage entourant la gestion médiatique d’une autre tentative avortée elle aussi et qui est survenue en pleines festivités de Noël dernier («Barack H. Obama et les relations entre les États-Unis et le Yémen»). Dès les premières heures de cette nouvelle affaire, le président américain a pris les choses en main. Il s’est adressé à la population de son pays pour la rassurer. Il lui a garanti que les forces de l'ordre avaient tous les moyens requis pour enquêter sur cette tentative d'attentat. Tout en indiquant que «Justice sera rendue». Justice et donc non-vengeance. Il s’est également adressé, avec fermeté à tout terroriste, amateur ou «professionnel», qui voudrait à l’avenir s’en prendre à son pays. Il les a avertis que les autorités continueront «à faire tout ce qui est (humainement possible, ndlr) pour protéger le peuple américain». Tout en affirmant que les Américains ne se laisseront «pas terroriser» et qu’ils ne se «recroquevilleron(t) pas dans la peur». Posture nationaliste rassurante pour son peuple.

De leur côté, les différents services de sécurité intérieure et de renseignement à l’étranger ont fait preuve d’une efficacité rarement manifestée jusqu’à cette date fatidique.

Tout comme d’autres terroristes islamistes avant lui, Faisal Shahzad a payé en liquide le véhicule tout-terrain (ou 4/4, de marque Nissan) utilisé pour placer les explosifs et que les forces de l’ordre ont retrouvé stationné à la place Times Square, un lieu très fréquenté de New York, grâce à la vigilance de deux citoyens américains. Placement stratégique visant à faire beaucoup de victimes. Grâce aux différents indices laissés dans le véhicule, les autorités ont réussi à remonter jusqu’à lui avec une rapidité époustouflante. Le samedi 1er mai, le véhicule suspect est découvert. Lundi, le terroriste est appréhendé par la police fédérale américaine (FBI) à bord du vol 202 de la compagnie Emirates Air en direction de Dubaï juste avant que l’avion ne décolle.

S’il est vrai que le suspect avait réussi à déjouer les contrôles de sécurité à l’aéroport JFK, malgré le fait que son nom figurait depuis lundi midi sur la «No-Fly List» (N-FL) de la police aux frontières, il faut en revanche reconnaître qu’étant donné que Shahzad avait acheté son billet en liquide à l’aéroport le jour même de sa fuite, il n’était pas aisé de le localiser. La N-FL est une liste des personnes interdites de vol vers et à partir des États-Unis. Elle est distribuée dans les différents aéroports américains. Étant donné le grand nombre de ces personnes non grata à bord des avions (ils sont au nombre de 6000 personnes, selon Janet Napolitano, la secrétaire à la Sécurité intérieure) et son caractère complexe et assez peu défini, ce que l’administration de George W. Bush voulait utiliser comme outil supplémentaire dans sa «guerre contre le terrorisme international» s’est révélé en fin de compte peu efficace et a contribué aux lourdeurs et dysfonctionnements bureaucratiques. D’où l’intérêt qu’ont les autorités américaines compétentes à s’y pencher sérieusement pour corriger au plus tôt ses différents dysfonctionnements. Un tel examen contribuerait à rendre le travail de la communauté de la sécurité intérieure plus efficace encore. Contribuant à l’avenir à déjouer d’autres tentatives terroristes et sauvant du coup de nombreuses vies humaines.

**

Visiblement, le Pakistan revient encore une fois au-devant de l’actualité internationale à titre de terre d’«instruction» terroriste. Et pour cause. La forte pression américano-pakistanaise exercée sur des repères terroristes dans les zones tribales pachtounes semble pousser d’apprentis terroristes de citoyenneté américaine à tenter de porter des coups mortels contre leurs compatriotes. Malgré l’amateurisme de l’opération de M. Shahzad, les autorités compétentes ne devraient pas baisser la garde. C’est nécessaire pour pouvoir continuer à protéger leur pays de toute autre tentative terroriste à venir.

8 mai 2010
 



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Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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