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Israël/Palestiniens: George Mitchell et la nouvelle tentative infructueuse de relance des négociations indirectes de paix

par
Rédacteur, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

George Mitchell s’est rendu le 23 avril 2010 au Proche-Orient pour relancer les pourparlers indirects entre Israël et l’Autorité palestinienne. Mais à cause de l’opposition du Premier ministre israélien à tout arrêt total de la colonisation juive à Jérusalem-Est, la messe est dite.

 

Un coup de froid a frappé les relations israélo-américaines le 9 mars 2010. Date de l’annonce par un ministre israélien du projet de construction de 1600 nouveaux logements juifs dans la partie arabe de Jérusalem. Là où les Palestiniens prévoient d’installer la capitale nationale de leur futur État souverain. Une annonce faite au moment même où le vice-président américain, Joe Biden, se trouvait en Israël dans l’intention d’annoncer la relance des pourparlers indirects entre les parties israélienne et palestinienne («Israël/Palestiniens: le nouveau camouflet de Benjamin Netanyahou à l’administration de Barack H. Obama»). Aussitôt, l’Autorité palestinienne (AP) a suspendu sa participation à ces «discussions de proximité». Il fallait attendre le 23 avril pour voir George Mitchell, l’envoyé spécial américain pour le Prochain-Orient, de retour dans la région pour relancer ces discussions. Mais à cause de l’intransigeance du Premier ministre israélien dans le dossier des colonies à Jérusalem-Est, le nouveau déplacement de l’émissaire américain était voué d‘avance à l’échec.

La colonisation juive à Jérusalem-Est, un ver dans le fruit des «discussions de proximité»

Après avoir reçu des assurances des deux parties, George Mitchell s’est de nouveau rendu dans la région pour rencontrer des dirigeants israéliens et palestiniens. À cette occasion, il s’est de nouveau entretenu avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Ce déplacement est intervenu un mois après les entretiens à Washington entre le Premier ministre israélien et le président américain. Rencontre au cours de laquelle le dirigeant américain a proposé une liste de onze mesures à appliquer par l’État hébreu pour établir un «climat de confiance entre les parties» palestinienne et israélienne, préalable à la relance de leurs discussions indirectes.

Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, s’est quant à lui montré optimiste au-delà du raisonnable, quand il a déclaré, après sa rencontre avec l’émissaire américain, espérer la reprise des pourparlers indirect «d’ici deux semaines»! Le président israélien, Shimon Pérès, s’est lui aussi dit tout simplement optimiste quant à la relance prochaine de ces «discussions de proximité». Sans fixer de date à cet effet.

Lors de sa rencontre avec Mitchell, Netanyahou lui a assuré être «prêt» à travailler avec Barack H. Obama pour «faire avancer la paix». S’il s’est déclaré «sérieux», il a dit souhaiter que la partie palestinienne «réponde» à sa bonne volonté, car, a-t-il déclaré, «il faut faire avancer le processus (de paix)».

La veille de cette rencontre, le Premier ministre israélien a toutefois déclaré à une chaîne de télévision nationale qu’il s’opposait à tout gel de la colonisation juive à Jérusalem-Est. En précisant que «chacun (c’est-à-dire les Américains) le sait». Étant confiant quant à la solidité du partenariat stratégique israélo-américain, il a semblé moins préoccupé par la grogne américaine.

En réitérant, la veille de sa rencontre avec Mitchell, son opposition au gel de la colonisation à Jérusalem-Est, le Premier ministre voulait rassurer à la fois l’aile droite de son parti, le Likoud, et ses alliés d’extrême droite religieuse (le Shass d’Eli Yshaï) et laïque (Israel Baytenou du faucon ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman). Il cherchait également à sauver ainsi sa coalition gouvernementale et sa majorité parlementaire. Rappelons-nous que ces alliés sont totalement opposés à l’arrêt de la judaïsation de la partie arabe de Jérusalem. Tout comme le Premier ministre et son parti conservateur, ces partis d’extrême droite considèrent toute la ville de Jérusalem comme la capitale «indivisible et éternelle» du seul État d’Israël. C’est d’ailleurs dans ces termes que Benyamin Netanyahou s’était exprimé devant le congrès annuel du puissant lobby conservateur pro-israélien, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le mois de mars dernier.

En faisant cette déclaration publique quelques heures seulement avant de rencontrer l’émissaire américain, le dirigeant israélien a refroidi les ardeurs de plusieurs, notamment parmi les Palestiniens qui continuent d’insister sur le nécessaire gel de la colonisation juive avant d’entamer tout pourparler indirect. C’est dire la distance qui sépare les deux parties.

L’émissaire américain a de son côté déclaré à la presse, après s’être entretenu avec le Premier ministre israélien et juste avant de se rendre à Ramallah pour rencontrer le président de l’AP, Mahmoud Abbas, que les États-Unis ont comme objectif de parvenir «bientôt, et non dans un avenir vague et lointain» à une paix israélo-arabe globale, et qu’ils sont engagés en faveur d’un «État palestinien viable et indépendant, doté d'un territoire continu où le peuple palestinien pourra exercer son droit à l'autodétermination». Un message clair à la partie israélienne et une tentative visant à rassurer la partie palestinienne sur la détermination de son pays et de son président.

Sachant que le refus israélien du gel total de la colonisation juive dans les territoires arabes occupés depuis 1967 (Cisjordanie et Jérusalem-Est, pour l’aspect palestinien de ce dossier) est une négation à toute fin utile du projet national de création d’un État palestinien souverain et viable, cette déclaration de Mitchell tranche avec la proposition israélienne faite par Netanyahou d'un accord intérimaire prévoyant un État palestinien aux frontières provisoires. Demande que les Palestiniens avaient rejetée dans le passé. Ils l’ont encore une fois rejeté car ils craignent que des frontières «provisoires» deviennent, en raison du rapport de force qui leur est défavorable, définitives. C’est dire la suspicion entourant, côté Palestiniens, le chef de la droite nationaliste israélienne.

N’ayant pas encore répondu à la demande de Barack H. Obama concernant les «mesures de confiance» susceptibles de convaincre les Palestiniens de revenir à la table des négociations, l’idée de «frontières (palestiniennes) provisoires» a plus l’air d’une énième tentative visant à donner l’impression plus que d’autre chose que le dirigeant israélien veuille «faire avancer la paix» quand le président palestinien reste retranché derrière une position de principe. Autre motif de suspicion palestinienne, cette «nouvelle» proposition israélienne est liée à deux conditions. D’abord, le report à plus tard de toute discussion concernant les colonies juives dans les territoires palestiniens occupés (contre l’avis américain). Ce qui revient à toute fin pratique, d’une part, à empêcher la création d’un «État palestinien viable et indépendant, doté d'un territoire continu»; et, d’autre part, à vider cet engagement américain de sa substance. Ensuite, le durcissement de la politique américaine vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie. Même si l’administration Obama avait déjà durci sa politique iranienne, cela ne semble pas contenté le va-t-en guerre et chef du Likoud, qui a hâte de voir le parrain américain en découdre avec l’adversaire islamiste. La nouvelle politique syrienne de l’administration démocrate ne semble pas non plus de son goût. Tout comme la politique d’ouverture et de dialogue du président américain vis-à-vis du monde musulman. Pourtant vitaux pour l’avenir des relations américano-islamiques et pour l’intérêt national américain.

Cela dit, le chef du Likoud est aux prises avec son aile droite hostile à toute concession territoriale aux Palestiniens en général et au gel des colonies juives dans Jérusalem-Est en particulier. Moshe Feiglin (48 ans), leur chef de fil et bête noire du Premier ministre, est un colon religieux de Cisjordanie. Ce chef du «Mouvement pour un leadership juif» est devenu membre du Likoud il y a huit ans et a réussi à faire élire deux cent partisans au sein du comité central. Il peut également compter sur l’appui de trois cent autres membres de ce comité. Il a récolté en 2006, face à Benyamin Netanyahou, 23% des suffrages lors de primaires organisées par le Likoud. Les différentes manœuvres de Netanyahou visant à le pousser à l’extérieur du parti conservateur se sont depuis révélées inefficaces. Cette figure du «parti» des colons a essayé le 29 avril, lors de la réunion des deux mille cinq cent vingt-cinq membres du comité central du parti conservateur d’empêcher son chef d’obtenir les 70% des voix requis pour contrôler l’appareil politique du Likoud. Des figures du parti, dont les faucons Sylvan Shalom et Danny Danon, pourraient contribuer à réduire encore plus la marge d’un Premier ministre soupçonné de vouloir céder aux demandes palestiniennes (y compris sur Jérusalem-Est), fortes des pressions américaines.

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À ce jour, la diplomatie des navettes de l’émissaire américain au Proche-Orient semble inefficace à accoucher de la moindre avancée dans le dossier israélo-palestinien. Si la «communauté internationale» s’est enfin ralliée à l’idée d’un État palestinien souverain, viable et continu, vivant côte à côte d’un État juif reconnu par ses voisins et vivant en paix et en sécurité, le refus israélien de geler l’extension des colonies juives dans les territoires palestiniens occupés est un obstacle à la création de ce même État palestinien. Pour convaincre les Israéliens de leur détermination à aider à la création de cet État rapidement, les dirigeants américains feraient mieux de parler d’une seule voix. Et de proposer un plan global et prêt à être mis en place dans les six mois à venir. Avec la contribution de l’OTAN, pour rassurer Israël sur la sécurité de son flanc oriental.

29 avril 2010



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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