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Les nouvelles mesures de sécurité dans les aéroports : entre la peur et la raison

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Le 9 mars dernier, Martin Scheinin, rapporteur spécial des Nations unies pour la protection et la promotion des Droits de l’homme et des Libertés fondamentales et contre le Terrorisme, a déclaré que l'usage croissant des scanners corporels dans les aéroports constituait une brèche pour les libertés civiles.



Ce que j'ai compris aussi de son communiqué c'est que ces machines sophistiquées, qui sont censées nous faire sentir en sécurité, pourraient venir s'ajouter à la longue liste de mesures déjà en place qui malheureusement nous donne une illusion de sécurité et qui en réalité ouvre chaque jour la porte un peu plus grande à l'emprise de la peur et à l'intrusion dans la vie privée des citoyens.

Mais l'introduction de la technologie des scanners corporels dans les aéroports ne date pas d'hier. Ici, au Canada, de telles machines ont déjà commencé à faire doucement leur apparition dans un projet pilote, depuis l'année dernière, à l’aéroport de Kelowna en Colombie britannique. Le gouvernement étudiait leur mise en place dans d'autres aéroports mais hésitait à passer à l'action.

Malheureusement, l'attentat raté du 25 décembre 2009 aux Etats-Unis a été le catalyseur pour justifier l'urgence de la mise en place immédiate d'une telle mesure. 1.5 milliard $ sur cinq ans, tel sera le coût prohibitif pour l'implantation de ces nouvelles mesures. Les citoyens nord-américains de plus en plus résignés ont d’ores et déjà implicitement approuvé ce projet. Et pourquoi ils ne le feraient pas si chaque mesure leur est présentée comme un pas de plus pour atteindre une meilleure sécurité, hélas utopique. «Au diable les files d'attente , et que ceux qui ne sont pas d'accord ne prennent plus l'avion ou qu'ils se taisent car ils sont en train de donner raison aux terroristes.» Malheureusement, ces dernières paroles ne sont qu'un triste échantillon de ce qui peut se dire pour répondre aux quelques voix dissidentes.

 A mon avis, ces machines ont trois conséquences majeures graves. Tout d'abord, et sans être alarmiste, je crains que nous nous dirigeions subtilement vers une société de surveillance qui accepte tout au nom de la sécurité nationale. Quand la peur sévit dans la tête des citoyens, il n'y a plus de place au jugement rationnel et constructif. La critique devient timide presque inaudible. Tout est justifié par les émotions. Deuxièmement, et si ces super-machines par leur radiation avaient des conséquences néfastes sur la santé des humains, comment et surtout quand le saurions-nous? Les autorités de Santé Canada ont-elles déjà entamé des études à ce sujet ?

Finalement et dans un contexte de crise financière, le coût de cette opération viendrait augmenter le déficit budgétaire déjà galopant sans pour autant créer de nouvelles opportunités pour l'économie.

 Pourquoi les citoyens devaient-ils être toujours le parti qui paie pour les erreurs des systèmes en place ? Car si le présumé terroriste n'a pas pu être arrêté avant son arrivée à Detroit, lors de l'attentat raté du 25 décembre 2009, alors que son nom figurait au préalable sur une liste noire de terrorisme et que son père est allé le dénoncer aux autorités bien avant qu'il ne commette son geste, c'est que le système de renseignement et de surveillance déjà en place est dysfonctionnel. Ajouter encore des machines ne ferait qu'encombrer encore plus ce système, il ne le corrigera pas. La mise en place de ces scanners corporels viendra camoufler l'incompétence humaine et la défaillance des systèmes de gestion en place qui reçoivent quotidiennement des tonnes de données mais qui manquent de capital humain qualifié pour les analyser et les comprendre.

L'injection de milliards de dollars dans les aéroports, tout comme cela a été fait pour les banques en faillite aux Etats-Unis, ne résoudra pas les problèmes à la source. Avant de fouiller les passagers avec ses scanners corporels, on ferait mieux de passer à la loupe les systèmes de sécurité déjà en place et d'y faire le ménage, peut-être alors trouverions-nous des réponses à nos malaises...

Le 29 mars 2010
 



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