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Al-Qaïda: La nouvelle menace d’Oussama Ben Laden de tuer des Américains

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le 25 mars 2010, nous avons eu droit à un nouvel enregistrement audio d’Oussama Ben Laden. Menaçant de tuer des Américains tombés aux mains de son réseau si ses cadres à Guantanamo sont exécutés. Pour plus de légitimité, il s’est, comme d’habitude, drapé dans les honorables toges de la Palestine.

 


 

Dans un message audio diffusé le 25 mars par la chaîne satellitaire qatarie Al-Jazeera, Oussama Ben Laden s’est de nouveau adressé (entre autres) «au peuple américain» (english.aljazeera.net). À sa critique récurrente de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient («Al-Qaïda: Le «retour» d’Oussama Ben Laden»), le chef du réseau Al-Qaïda a ajouté cette fois un nouveau motif. Deux éléments rhétoriques censés montrer cette fois à son public cible (c’est-à-dire le monde musulman) que rien n’a changé aux États-Unis depuis le départ du controversé George W. Bush et l’arrivée de Barack H. Obama.

Représailles promises pour condamnations à venir de prisonniers d’Al-Qaïda à Guantanamo

Au nom de la lutte contre le réseau terroriste Al-Qaïda, l’administration républicaine de George W. Bush a transformé la base militaire américaine de Guantanamo en un vaste centre de détention et de torture pour présumés terroristes islamistes. Près de dix ans plus tard, sur deux cent vingt-trois détenus croupissant encore dans ce «goulag moderne» (aux dires d’Amnesty international), les États-Unis ont prévu de juger une trentaine de prisonniers. Parmi eux figure le célèbre Khaled Cheikh Mohammed (KCM).

KCM est considéré comme le cerveau des attentats terroristes du 11 septembre 2001 sur le sol américain. Né en 1965 au Koweït d’une famille du Pakistan, il a fait des études universitaires d’ingénieur mécanique aux États-Unis. Happé (comme des dizaines de milliers d’islamistes des quatre coins du monde) par le jihad antisoviétique en terre afghane, KCM a fait le coup aux côtés des hommes du wahhabite Abdoul Rasoul Sayyaf, leader alors du «Front islamique uni pour la libération de l’Afghanistan» (Itihad-i-Islami Baraye Azadi Afghanistan). Après avoir bénéficié du soutien des États-Unis (et de l’Arabie saoudite), Sayyaf s’est retourné contre Washington. Tout comme un de ses bienfaiteurs, un jeune saoudien du nom de… Oussama Ben Laden.

Celui qui allait devenir le chef d’Al-Qaïda a rencontré celui qui allait être le cerveau des attentats du 11 septembre 2001, la première fois, en 1996, en territoire afghan. Quatre ans avant que le mouvement taliban ne réussisse à prendre enfin le contrôle de presque la totalité du pays. C’est à cette époque que les deux hommes avaient évoqué ce qui allait se révéler quelques années plus tard le plus grand échec du renseignement américain (et occidental) en matière de lutte antiterroriste.

Comme de nombreux cadres et dirigeants d’Al-Qaïda, KCM s’est réfugié au Pakistan après (ou juste avant) les attentats de 2001. Pour justifier les milliards de dollars d’assistance américaine à son gouvernement, le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, a livré KCM aux autorités américaines, un 1er mars 2003. D’ailleurs, il n’était pas le seul dirigeant d’Al-Qaïda à être livré sur un plateau d’argent aux services de renseignement américains de cette façon. Après le passage dans plusieurs centres secrets de torture pour présumés terroristes islamistes, il s’est finalement retrouvé en 2006 à Guantanamo où il a subi une panoplie de traitements inhumains et dégradants. Il a reconnu la responsabilité de son réseau (entre autres) dans les attentats du 11 septembre 2001.

Comme un tribunal fédéral de New York s’apprête à juger KCM (en compagnie de quatre autres suspects) pour le chef d’accusation de participation aux attentats de 2001, et qu’ils courent par conséquent le risque d’être condamnés à mort, leur chef suprême a cru bon (pour faire plier la volonté des États-Unis) de les menacer de représailles. Et en même temps de ne pas se faire oublier au moment où son réseau global souffre à la fois de la traque des services de renseignement occidentaux et musulmans, des attaques meurtrières de drones américaines et des opérations militaires pakistanaises menées dans les zones tribales du nord-ouest du «pays des Purs» («Waziristan-Sud et les raisons d’un succès limité appréhendé de la campagne militaire»).

Dans son message du 25 mars, Ben Laden a déjà considéré que le fait que ses quatre partisans (l’emblématique KCM en tête) soient traduits en justice était une indication suffisante de la «volonté américaine de les exécuter». D’où sa menace qu’en cas de leur «condamnation à mort», il se vengerait en faisant «tuer tout Américain fait prisonnier» par son réseau. Au lieu d’assumer les conséquences possibles de son geste terroriste le 11 septembre 2001, le chef d’Al-Qaïda a préféré en imputer la responsabilité ultime aux Américains.

Cette façon benladinienne d’aborder ce jugement à venir est assez instructive sur son auteur. Pour quelqu’un qui a toujours clamé haut et fort que lui et ses partisans «adoraient la mort comme (les infidèles) aimaient la vie», vouloir dissuader les États-Unis d’«offrir» la mort à quatre de ses partisans est assez étrange. A-t-il cessé ne serait-ce qu’une fois de répéter que lui et ses partisans cherchaient à mourir en Shahid (martyr)? Aussi, préjuger de l’issue d’un jugement qui n’a pas encore eu lieu en dit long sur l’absence de confiance du chef terroriste dans le système judiciaire américain «judéo-croisé». Une mauvaise foi dont plusieurs cas avaient déjà montré le caractère fallacieux. Quelque soit le reproche qu’on puisse faire au système judiciaire du pays de Barack Obama, une chose est sûre. C’est un système indépendant de l’exécutif. Contrairement à ce qui peut se passer dans le pays natal du chef d’Al-Qaïda. Combien de fois, des juges ont libéré des prisonniers pour vice de procédure. Du jamais vu en Arabie. Un procédé dont n’hésiteront pas à coup sûr de se servir les avocats de défense des quatre cadres d’Al-Qaïda au moment de leur comparution devant le tribunal new-yorkais. Ils essayeront certainement de faire valoir que les «aveux» de leurs clients l’ont été sous la torture et donc ne devraient pas figurer parmi les pièces à charge. Et même si «La Maison blanche a exprimé le souhait d’exécuter» quelqu’un comme KCM, il est fort à parier que la justice se montre jalouse d’une indépendance garantie par la Constitution.

Mais peu importe la décision ultime de la justice américaine, Al-Qaïda avait déjà montré dans le passé de quoi elle était capable en termes de traitement des prisonniers de guerre ou des «espions» sionistes (rappelons-nous, entre milliers, l’assassinat horrible du journaliste du «Washington Post», Daniel Pearl). Sans pitié! N’hésitant ni à les égorger ni à les décapiter, après une mise en scène d’«aveux» extorqués sous la torture physique et psychologique. À ce chapitre, le chef du réseau terroriste n’a donc pas de leçon de morale à donner aux Américains.

L’éternel refrain à propos de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient

Sans risque d’exagérer, on peut affirmer qu’Obama a effectivement «tué» Ossama! Avec l’élection du président démocrate, le chef d’Al-Qaïda a perdu son meilleur «sergent» recruteur, W. En multipliant les gestes forts d’ouverture à l’endroit du monde musulman, Barack Hussein Obama a conquis de larges franges du public musulman aux quatre coins du monde.

Prenant conscience du danger que représente cette nouvelle icône internationale pour l’influence de son réseau terroriste, Oussam Ben Laden a tenté, depuis les premières déclarations d’Obama Hussein Barack, de le discréditer. La déclaration de ce 25 mars s’est inscrite dans ce même registre.

Pour étayer son argumentaire, le chef terroriste a cru bon de soutenir qu’en fait le président démocrate «suit la même politique que son prédécesseur (W.)» La preuve? Le «soutien à Israël», la politique de «l’escalade (militaire) en Afghanistan» et «le traitement injuste des prisonniers (d’Al-Qaïda)». Mais est-ce si sûr?

Commençons d’abord par la politique obamienne vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. Contrairement à la prétention benladinienne que «les politiciens de la Maison Blanche (continuent) d'exercer l'injustice à (l’) égard (du monde musulman), notamment en soutenant les Israéliens qui occupent notre terre, la Palestine», l’administration démocrate a reconnu la «tragédie palestinienne» (lire le discours historique d’Obama au Caire) et multiplié les appels et les pressions sur le gouvernement de Benyamin Netanyahou pour qu’il cesse d’être un obstacle à la paix israélo-palestinienne et en devienne un acteur majeur («Israël/Palestiniens: L’appel de la déclaration du Quartet à Moscou à la reprise des négociations de paix»). De plus, pour Israël, le climat à Washington n’est plus celui qu’il était à l’ère W. Sans oublier que jamais un gouvernement américain n’était allé plus loin que celui d’Obama dans ce dossier. Lui qui s’est donné deux ans pour régler ce conflit et accoucher d’un État palestinien indépendant et viable.

Non seulement Ben Laden n’a accordé aucun crédit aux efforts américains à ce chapitre (comment aurait-il pu le faire s’il voulait rester en scelle jihadiste), pire, en revendiquant la Palestine, toute la Palestine (c’est-à-dire Israël, la bande de Gaza et la Cisjordanie) pour la partie musulmane, il fragilise les vrais champions de la paix et les véritables amis du peuple palestinien. Ces derniers savent que point d’État palestinien sans l’accord des Juifs d’Israël («Islam/Occident: Les Musulmans face à la Shoah»).

Concernant la question de «l’escalade», la politique de Barack H. Obama est différente, à plusieurs points de vue, de celle de son prédécesseur. D’abord, le président démocrate a toujours considéré que l’Afghanistan était la «bonne guerre» et non l’Irak, contrairement à son prédécesseur qui pensait que c’était ce pays qui représentait le centre de ce qu’il appelait le «front avancé» de la lutte antiterroriste. Ensuite, l’administration Obama a élaboré une stratégie globale, basée sur l’idée que les gains de la guerre en Afghanistan ne peuvent être consolidés en l’absence d’intégration du Pakistan voisin dans l’équation stratégique. Enfin, il a augmenté les ressources militaires et civiles allouées à ces deux pays («Barack H. Obama et la stratégie de l’escalade en Afghanistan»). On est donc loin de la non-stratégie du prédécesseur du président démocrate.

Pour Guantanamo, on est là aussi loin de la politique brutale de W. Dès son entrée en fonctions, Obama a signé des décrets prévoyant sa fermeture d’ici la fin de la première année de son mandat. Faisant face aux tactiques républicaines déloyales et au peu d’empressement des alliés européens, le président démocrate s’est résolu à prendre son temps pour y arriver.

**

Encore une fois, le chef terroriste s’est rappelé à notre souvenir. En tapant sur le «clou» palestinien, il pense encore qu’il détient là la carte maîtresse qui pourrait sauver la «vie» à son réseau. Mais est-ce si sûr?

 26 mars 2010



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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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