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Israël/Palestiniens: L’appel de la déclaration du Quartet à Moscou à la reprise des négociations de paix

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
La «communauté internationale» a mis en place en 2002 le mécanisme du «Quartet pour le Moyen-Orient» (ou Quartet) pour relancer les négociations de paix israélo-palestiniennes. Il comprend les États-Unis, la Russie, l’Union européenne et les Nations unies. Avec Tony Blair comme représentant officiel.


 
Sur fond d’affaiblissement de l’Autorité palestinienne («Fatah: Le Congrès de la dernière chance?») et de la relance par Israël de la judaïsation notamment de Jérusalem-Est («Israël/Palestiniens: le nouveau camouflet de Benjamin Netanyahou à l’administration de Barack H. Obama»), le Quartet a cru bon de se réunir à Moscou le 19 mars dernier. À l’ordre du jour de cette rencontre des médiateurs internationaux, il y avait la question de relance du dialogue israélo-palestinien. Ont pris part à cette réunion Hillary Clinton (secrétaire d'État américaine), Sergueï Lavrov (ministre russe des affaires étrangères), Catherine Ashton (chef de la diplomatie européenne) et Ban Ki-Moon (secrétaire général de l'ONU). Sans oublier George Mitchell, l’émissaire spécial américain au Proche-Orient, et Tony Blair. Ils ont accouché d’une déclaration commune (www.state.gov/r/pa/prs/ps/2010/03/138583.htm)

L’appui du Quartet à la reprise des négociations de «proximité»

L’appui à la reprise immédiate des négociations dites de «proximité» entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP) s’explique, du point de vue du Quartet, par le fait qu’on la considère comme une étape incontournable de la reprise, «sans conditions préalables» (comme le demandait le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou), de «négociations bilatérales directes» entre Israël et l’AP pour résoudre les questions du statut final restées encore en suspens, comme ils s’étaient d’ailleurs engagés à le faire.

Le Quartet s’est dit convaincu qu’un accord négocié entre les deux parties devrait être trouvé d’ici deux ans. Un accord devant «mettre un terme à l’occupation israélienne» qui dure depuis 1967 et accouchant d’un «État palestinien indépendant, démocratique et viable, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Israël et ses autres voisins».

Le Quartet s’est dit persuadé qu’une paix israélo-arabe et un État palestinien pacifique et souverain en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sont dans «l’intérêt de tous», d’Israël d’abord, de ses voisins arabes ensuite et du monde entier enfin. D’où son appel à tous pour soutenir ces négociations.

Pour le Quartet, réussir à bâtir un environnement propice à la reprise des négociations ne serait possible que si Israël et les Palestiniens agissent «conformément au droit international et à leurs accords et engagements antérieurs», notamment la feuille de route (établie en 2003). Tout en avertissant Israël que les faits accomplis et «unilatéraux» dans les territoires palestiniens occupés ne sauraient préjuger de l’issue des négociations, puisque le Quartet «ne les reconnaîtra pas». D’où les trois exigences faites à Israël. D’abord, le gel de «toutes les activités de colonisation, incluant la croissance naturelle». Ensuite, le démantèlement de «tous les avant-postes (de colons) érigés depuis mars 2001». Encore, la «cessation» à Jérusalem-Est des «démolitions» de maisons palestiniennes et de l’expulsion de ses habitants arabes. Le Quartet a également demandé aux deux parties d’éviter toute action de «provocation» ou «propos incendiaires».

Constatant les progrès tangibles réalisés par l’AP en termes de sécurité dans la partie qu’elle contrôle de Cisjordanie, le Quartet a appelé le gouvernement de Mahmoud Abbas à continuer à améliorer la situation de sa population en termes de «sécurité, de lutte contre l’extrémisme et l’incitation à la violence». D’où la nécessité, a-t-il estimé, de l'«aider à renforcer ses capacités d’application de la loi».

Étant conscient du caractère explosif de la question de Jérusalem-Est, le Quartet a été très clair à ce propos. D’abord, «l’annexion» en 1967 de cette partie de la ville sainte «n’est pas reconnue par la «communauté internationale». Ensuite, Jérusalem fait partie des questions du «statut final» que les parties israélienne et palestinienne devront résoudre grâce aux négociations, pour mettre un terme au conflit. Aussi, la décision du gouvernement israélien de construire 1600 nouveaux logements est «condamnable». Encore, les «développements à venir à Jérusalem seront surveillés» par lui et des «mesures supplémentaires appropriées et améliorant la situation locale seront prises». Tout en reconnaissant aux deux parties leur droit de «conclure des accords mutuels susceptibles de réaliser leurs aspirations respectives à Jérusalem», tout en protégeant «son statut pour les peuples du monde entier».

Estimant qu’un «changement transformateur» sur le terrain est une partie intégrante de la paix, le Quartet a annoncé son intention de «continuer à soutenir le plan d’août 2009 de l’AP visant à bâtir un État dans un délai de 24 mois». Un délai montrant «le sérieux» de son engagement à «bâtir un État indépendant» capable de fournir «une bonne gouvernance, des opportunités (économiques), la justice et la sécurité à (son) peuple, dès le premier jour de sa création» et d’être «responsable vis-à-vis de tous ses voisins», en garantissant la sécurité à ses frontières

Tout en prenant acte de manière positive des récentes mesures israéliennes visant à assouplir les mouvements de populations palestiniennes en Cisjordanie, le Quartet l’a appelé à de «nouvelles mesures susceptibles de faciliter les efforts déployés par l’AP pour bâtir (son) État». À cet égard, il a clamé «son soutien total aux efforts» déployés par Tony Blair pour «soutenir le programme du Premier ministre palestinien Salam Fayyad visant la construction de (cet) État et (son) développement économique». Un programme qui a déjà «permis des améliorations notables au niveau de la sécurité, de l’application de la loi et de la croissance économique».

L’appel du Quartet au monde pour soutenir la création de l’État palestinien

Le Quartet a appelé les membres de la «communauté internationale» à soutenir «immédiatement, concrètement et de manière soutenue» les efforts de l’AP pour créer un État. Dans ce cadre, il a exprimé son intérêt pour la prochaine réunion du comité spécial ad hoc de liaison «chargé de la coordination de l’aide internationale à la construction nationale palestinienne».

Le Quartet a exprimé sa «grande inquiétude pour la continuelle détérioration de la situation dans la bande de Gaza, y compris aux niveaux de la situation humanitaire et des droits humains de la population civile». D’où son appel à une «résolution urgente et durable de la crise de Gaza». Cette solution devrait d’abord «répondre aux préoccupations légitimes de sécurité d’Israël, dont le problème de la contrebande des armes vers (la bande de) Gaza (qu’il faut stopper); ensuite, encourager une «unité palestinienne basée sur les engagements de l’OLP et la réunification de la Cisjordanie et (la bande de) Gaza sous le contrôle d’une AP légitime»; enfin, la garantie de «l’ouverture des points de passage permettant la circulation sans entraves de l’aide humanitaire, des marchandises et des personnes à destination et en provenance de Gaza, conformément à la résolution 1860 du Conseil de sécurité des Nations unies».

Tout en saluant des gestes ponctuels de l’État juif, le Quartet a «condamné les (récents) tirs de roquettes à partir de la bande de Gaza» sur le territoire israélien et appelé à la «cessation immédiate de la violence» (israélienne) et du «terrorisme» (palestinien), au retour au «calme» et à la «libération immédiate du soldat israélien Gilad Shalit», captif de la branche armé du Hamas («Israël/Palestiniens: Sauver le soldat Gilad Shalit»).

Tout en appréciant l’Initiative de paix de la Ligue arabe de mars 2002, le Quartet s’est dit «attaché à une coopération de proximité» avec cette organisation ainsi qu’avec «les parties» israélienne et palestinienne. Il a appelé les pays du Proche-Orient à «soutenir publiquement la reprise des négociations (israélo-palestiniennes)», à s’engager dans un «dialogue régional sur les questions d’intérêt commun» et à «prendre des mesures susceptibles de renforcer les relations bilatérales en vue d’un accord de paix global sur la base des résolutions onusiennes 242,338, 1397, 1515 et 1850 et les principes de (la Conférence de) Madrid, incluant la signature d’accords de paix entre Israël et la Syrie et entre Israël et le Liban».

La Déclaration du Quartet entre satisfaction palestinienne et critiques israéliennes

Comme il fallait s’y attendre, l’accueil réservé à cette «Déclaration» n’était pas le même parmi les parties palestinienne et israélienne. L’AP s’en est félicitée, tout en souhaitant la voir suivie de mesures concrètes.

Côté israélien, Avigdor Liebermann, ministre des Affaires étrangères, s’est le jour même de la «Déclaration» empressé de la rejeter. À l’en croire, le calendrier fixé de deux ans pour créer un État palestinien ne serait pas réaliste. Tout comme l’arrêt de la colonisation. Deux demandes qui éloigneraient «les perspectives de paix» avec les Palestiniens, aux dires de son porte-parole! Pour montrer que lui aussi est un nationaliste faucon, Netanyahou a monté le ton face à l’indispensable protecteur américain, allant jusqu’à humilier son vice-président en passage à Jérusalem et en se montrant intransigeant le 23 mars lors du sommet annuel de l’AIPAC, le principal lobby pro-israélien à Washington. Mettant l’administrant américaine dans une situation difficile.

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Si la «Déclaration» de Moscou a eu la vertu de rappeler certaines vérités déplaisantes à l’État d’Israël, celui-ci a cru bon de les rejeter du revers de la main. Jetant un coup de froid sur ses relations avec Washington. En montant le ton face à l’administration Obama, Netanyahou a visiblement choisi non pas la paix, comme le lui a demandé le Quartet, mais plutôt les colonies. En pensant (entre autres) que l’appui fort et constant du Congrès américain à son pays, sous la sourcilleuse vigilance de l’AIPAC, est suffisant, il faire courir beaucoup de risques à l’avenir des relations de son pays avec les États-Unis. Au moment même où son pays (confronté à l’ascension de l’Iran) aurait tout intérêt à ne pas effaroucher son puissant et indispensable protecteur.

24 mars 2010


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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