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Israël/Palestiniens: le nouveau camouflet de Benjamin Netanyahou à l’administration de Barack H. Obama

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Quinze mois après l’arrêt des pourparlers israélo-palestiniens, Washington avait fini par arracher à l’Autorité palestinienne la reprise de négociations indirectes avec Israël, sous médiation américaine. Mais le vice-président Joe Biden, qui devait présider sur place à leur relance, n’a pas tardé à son tour à faire face à un camouflet de la part du gouvernement de Benjamin Netanyahou.


 
Ce qui fait douter plusieurs de la sincérité israélienne quant au processus de paix auquel tient à juste titre l’administration Obama.

Il a fallu quinze mois d’efforts américains (et européens) laborieux pour qu’enfin l’Autorité palestinienne accepte, sans enthousiasme, de reprendre de manière indirecte les pourparlers de paix avec Israël, avec l’envoyé spécial américain George Mitchell comme intermédiaire. C’était d’ailleurs une des raisons du voyage du vice-président américain, Joe Biden, en Israël et en Cisjordanie, les 9-12 mars 2010. Encouragé par un président palestinien qui crie à qui veut l’entendre son attachement à un compromis historique avec Israël et un premier ministre juif qui confesse sa conversion, quoique tardive, à la solution des deux États (palestinien et israélien), le vice-président américain était en droit d’imaginer qu’il pouvait présider à la relance des pourparlers israélo-palestiniens indirects. Mais voilà, le cabinet Netanyahou n’a trouvé meilleur moment pour lui faire un camouflet, lui qui a toujours dit et répété qu’il portait «Israël dans son cœur»!
 
Le gouvernement Netanyahou et le nouveau camouflet israélien à l’administration Obama
 
Après un moment de doute, au cours des premières semaines de la nouvelle administration américaine, le gouvernement israélien semble aujourd’hui avoir repris ses aises traditionnelles face à Washington. Depuis, le cabinet Netanyahou a administré des camouflets au gouvernement Obama. Et ce dernier a avalé ces couleuvres. Sans brancher!
 
Le dernier camouflet en date est celui que le gouvernement israélien a administré le 9 mars dernier à Joe Biden. Un politique qui n’a jamais caché son attachement fort à la sécurité d’Israël. Alors qu’il se trouvait encore sur place, le ministre de l’Intérieur, Elie Yishaï (président du parti religieux Shass), a approuvé la construction de 1600 nouveaux logements à Ramat Shlomo, un quartier de colonisation habité par 20.000 juifs ultra-orthodoxes dans Jérusalem-Est. Un secteur à majorité arabe (270.000 Palestiniens contre 200.000 juifs) et dont l’annexion unilatérale par Israël en 1967 n’a jamais été reconnue par la «communauté internationale», y compris l’indéfectible allié et parrain américain. D’ailleurs, les Palestiniens revendiquent cette partie de la ville trois fois sainte pour en faire la capitale de leur futur État indépendant. Demande inacceptable pour la droite et l’extrême droite (religieuse et laïque) israéliennes, pour qui la ville réunifiée (illégalement en 1967) doit demeurer à jamais la capitale «éternelle et indivisible» du seul État d’Israël.
 
Cette annonce du ministère de l’Intérieur israélien est intervenue 24 heures seulement après une autre qui avait annoncé la mise en chantier de 112 logements, cette fois dans une colonie juive de Cisjordanie. Un autre territoire palestinien toujours occupé. Pour ne pas arranger les choses, un projet de la mairie de Jérusalem prévoit, à en croire un rapport de l’ONG israélienne «Ir Amin» (publié le 11 mars), la construction de 50.000 nouveaux logements dans la partie Est de la ville sainte (www.ir-amim.org.il/eng). Information aussitôt démentie par la mairie.
 
Ces projets de construction de nouveaux logements juifs interviennent alors que le premier ministre israélien avait décrété en novembre 2009 un moratoire limité de 10 mois de la colonisation. Mais ce moratoire n’inclut ni Jérusalem-Est ni les 3000 logements en chantier en Cisjordanie, encore moins la construction d'édifices publics (synagogues, écoles, hôpitaux). Au grand dam des Palestiniens et de Washington.
 
Joe Biden est en droit de se mettre en colère. Après s’être dit le 9 mars «très heureux» de la relance des discussions indirectes, lui qui venait de rencontrer le Premier ministre Netanyahu et le président Shimon Peres, voilà que la décision du ministère de l’Intérieur tombe le jour même où il entamait ses consultations, sonnant comme du mépris pour les efforts américains des derniers quinze mois. Pour ne pas arranger les choses, Elie Yeshaï a cru bon de déclarer que cette annonce ne faisait qu’entériner un plan établi il y a trois ans par la commission d'urbanisme de la mairie de Jérusalem, et n’avait donc rien à voir avec la visite de Biden.
 
Pour quelqu’un comme Joe Biden acquis à l’idée que la meilleure garantie à long terme pour la sécurité de l’État d’Israël est une paix globale avec ses voisins arabes (dont les Palestiniens), thèse partagée également par le président démocrate et une partie importante de l’establishment américain de politique étrangère, on peut comprendre qu’il condamne le projet de construction des 1600 nouveaux logements à Ramat Shlomo à Jérusalem-Est puisqu’il va à l’encontre de cette conviction.

Significatif à cet égard, en réitérant sa condamnation de ces nouveaux logements lors de son discours à l’Université de Tel-Aviv où il était invité, le vice-président Biden a été chaudement applaudi par l'auditoire israélien à qui il s’adressait le 11 mars dernier (Voir : http://www.justin.tv/clip/b9679f031b8e6aa2). Tout en réaffirmant le soutien américain à un État palestinien «viable». Dans la fidélité au discours historique que le président Obama avait prononcé au Caire. Comme le vice-président américain est persuadé, à raison, qu’il «revient à toutes les parties de développer un climat de soutien aux négociations et de ne pas les compliquer (…)», la décision «du gouvernement israélien de faire avancer la planification de nouveaux logements à Jérusalem-Est» est de son point de vue de nature à «saper cette confiance même, la confiance (nécessaire pour) commencer et produire des négociations fructueuses».

Et d’ajouter que «des actions unilatérales prises par l'une des parties (c’est-à-dire Israël) ne peuvent préjuger de l'issue des négociations». Ce qui revient à dire au gouvernement Netanyahou que les États-Unis ne reconnaîtraient pas ces faits accomplis.
 
À cette condamnation de vice-président s’est ajoutée celle de la secrétaire d’État, Hillary R. Clinton, qui a (le 12 mars) appelé le premier ministre israélien pour condamner son attitude «profondément négative» envers Washington. Elle n’a pas hésité à employer des mots assez durs envers Israël. Elle s’est dit «irritée» par le nouveau coup dur du projet des nouvelles constructions à Jérusalem-Est pour le processus de paix. Ce qui revenait à ses yeux à un «signal profondément négatif quant à l'approche par Israël de la relation bilatérale» avec les États-Unis (ndlr) (AFP, 12 mars). Du jamais entendu de la part de l’ancienne sénatrice de l’État le plus juif du pays de George Washington.
 
À ce concert de désapprobation s’est ajouté le Canada qui (le 11 mars) a «déploré» l’annonce du projet de logements, estimant qu'il nuisait aux perspectives de paix. Le Quartet pour le Proche-Orient (États-Unis, Russie, ONU, Union européenne) l’a aussi condamné. Sans oublier Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations unies, qui a rappelé que «les implantations violent la loi internationale». C’est dire le grand isolement international d’Israël sur cette question.
 
La suspension par les Palestiniens des négociations de «proximité» avec Israël

L’annonce d’Elie Yishaï a provoqué la colère de l’Autorité palestinienne. Elle n’a pas hésité à parler d’une «décision dangereuse qui menace les négociations» de paix avec Israël. Quand on se rappelle qu’il a fallu beaucoup de doigté, de patience et des trésors de persuasion à l’administration américaine pour qu’enfin le président palestinien Mahmoud Abbas accepte de reprendre les pourparlers dits de «proximité» sans qu’Israël se soumette à sa condition initiale de toute reprise de négociation, à savoir un gel complet de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, on peut comprendre l’exaspération palestinienne. Pour renforcer sa position, Mahmoud Abbas a fait appel à la Ligue arabe et aux États-Unis pour «répondre immédiatement aux provocations israéliennes».
 
Pour mettre de la pression sur le parrain américain, l’Autorité palestinienne a annoncé sa décision de suspendre ses pourparlers avec Israël aussi longtemps que le gouvernement Netanyahou ne mette pas un terme au projet de Yishaï. Une décision qui a l’appui de la Ligue arabe.
 
Face à un Hamas contrôlant la bande de Gaza («Israël/Palestiniens: le mouvement Hamas») et accusant des membres de l’Autorité palestinienne d’avoir notamment collaboré (semble-t-il avec le Mossad israélien) à l’assassinat le 19 janvier dernier à Dubaï de Mahmoud al-Mabhouh (un des hauts cadres militaires islamistes), Mahmoud Abbas ne pouvait faire comme si de rien n’était après le dévoilement de ce nouveau projet de judaïsation rampante de Jérusalem-Est et continuer à négocier avec un gouvernement qui s’obstine à continuer en même temps à multiplier les faits accomplis sur le terrain palestinien, rendant en fait caduque la solution des deux États. Autrement, l’Autorité palestinienne s’aliénerait ce qui lui reste de soutien national au bénéfice de son rival.
 
**
 

Avec le dévoilement du nouveau projet israélien d’expansion démographique, les perspectives de relance du processus de paix se sont éloignées encore une fois. Si la «mystique de la terre» est connue depuis longtemps, particulièrement chez la droite israélienne, le ton de l’administration Obama à l’égard des colonies juives en terres palestiniennes est nouveau. Mais parions que plus on s’approche des élections américaines du mi-mandat, plus le cabinet Netanyahou multipliera ses «provocations», estimant que le «vote juif» dissuadera les démocrates de mécontenter Israël.

13 mars 2010
 


* Le vice-président Joe Biden et le premier ministre Benjamin Netanyahou à Jérusalem, Israël, 9 mars 2010. Image : whitehouse.gov


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Il y a actuellement 1 réaction.

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Quels rêves reste-t-il ?
par OrangeOrange le 14 mars 2010


Israël Palestine - Quels rêves reste-t-il ?

Devant ce qui apparaît de plus en plus comme une impasse (la quasi impossibilité de créer un état Palestinien "viable" aux côtés d’un Israël expansionniste), pourquoi ne pas aborder le scénario d’une "République Israelo-Palestinienne" (les deux peuples dans un seul Etat) comme un aboutissement inéluctable de ce conflit de près d’un siècle ?

Vision utopique ? C’est sans doute, historiquement, le scénario le plus réaliste, quelque soit la forme que prendra constitutionnellement cette union, quelques soient les compromis qui la constitueront (non retours de tous les réfugiés, etc), quelque soient les appréhensions de déséquilibres démographiques, culturels, quelques soient les drames qui vont encore éclater auparavant, etc

Je suggère, pour qui veut voir une mise en perspective simple, claire et équilibrée de ce conflit épineux, embrouillé et passionnel: un article, une video et une question-débat qui interpellent cette option d’un seul Etat pour deux Peuples.
 

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Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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