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Islam/Occident : Comment lutter contre le négationnisme en terre d’islam ?

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Le négationnisme et la judéophobie sévissent dans des milieux politiques et intellectuels de nombreux pays majoritairement musulmans. Impunément! Pour les contrer efficacement, un ensemble d’outils alliant à la fois la prévention et la sanction s’impose. Dans la fidélité à la tradition humaniste de la Raison et des Lumières.



Lors de sa soixantième session, l’Assemblées générale des Nations unies a adopté le 1er novembre 2005 la résolution 60/7 intitulée «Mémoire de l’Holocauste», faisant du 27 janvier de chaque année la «Journée internationale du souvenir des victimes de l'Holocauste». Pour rappel, la journée choisie est celle de la libération il y a 65 ans des anciens détenus du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. Un des lieux sinistres de la barbarie nazie.

Bien qu’ayant pris part au vote de cette résolution, le monde musulman (à de rares exceptions près) semble traîner encore les pieds quand il s’agit de cette question traumatique de la Shoah. Pire, un dirigeant d’un important pays islamique (le président iranien Mahmoud Ahmadinejad) n’a pas hésité à mettre en doute l’authenticité historique de la tragédie de la Shoah («Iran : Ahmadinejad, «nouvel historien» de la Seconde Guerre mondiale» https://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=59271&L=fr). Pis, il trouve des échos y compris dans le champ intellectuel de cette partie du monde. Les uns et les autres savent que de toute façon ils ne courent aucun risque. C’est ce genre de dérives et les blessures psychologiques qu’il cause ou entretient («Islam/Occident: Les Musulmans face à la Shoah») qui rend plus que jamais nécessaire l’effort de réfléchir aux moyens à même de lutter contre le négationnisme et la judéophobie dans le monde majoritairement musulman. D’où notre réflexion ébauchée ici. Nous le devons à la part lumineuse d’humanité en chacun de nous.

Petit guide des outils de lutte contre le négationnisme et la judéophobie dans le monde de l’islam

Pour contrer efficacement la propagande négationniste, les pays majoritairement musulmans pourraient adopter plusieurs mesures, touchant différents domaines. Embrassant des champs comme l’éducation, le culte, la culture et le droit.

D’abord, l’éducation. Un volet stratégique et incontournable pour toute tentative sérieuse de changement des mentalités. Ce volet concerne avant tout les matières d’histoire et d’éducation islamique. Deux outils importants de formation idéologique de la pensée et de façonnement de la conception du monde de la jeunesse instruite musulmane.

Il s’agirait d’abord de remanier les manuels scolaires d’histoire du niveau secondaire en particulier afin d’intégrer la Shoah dans le curriculum pour ce qu’elle était, c’est-à-dire un événement historique fondateur et avéré et non une anecdote ou un mensonge sioniste. Le recours à des kits pédagogiques qui existent déjà et qui relatent dans le menu détail l’horreur du génocide juif et des camps de la mort, pourrait «enrichir» le récit historique en classes. Pour stimuler un peu plus l’attention des adolescents, le recours à des documentaires où on voit les rescapés raconter leur histoire tragique, serait assez efficace à ce niveau. Pour les plus chanceux parmi eux, ils pourraient avoir le privilège de rencontrer des survivants des camps. En mettant des visages sur le drame juif, on ne manquerait pas de toucher la jeunesse musulmane.

Il faudrait aussi réécrire des pages du manuel de l’histoire de différents niveaux avec l’intention de restituer enfin à la minorité juive sa place réelle dans l’histoire des sociétés majoritairement islamiques. Sans oublier la mise en valeur de sa contribution importante et avérée à la modernité et à l’émancipation de ces peuples du joug colonial et à leur développement et rayonnement. Cela pourrait se faire à l’aide, entre autres, de dates précises, de noms de personnes, de gestes posés, de lieux de haute lutte... Des visites guidées aux synagogues encore fréquentées notamment par ce qui reste des membres de la minorité juive pieuse et des discussions avec des rabbins ou des fidèles feraient réaliser aux jeunes gens musulmans la richesse historique et sociologique de leur société. Cette prise de conscience de la pluralité ethno-religieuse du corps social présente notamment deux avantages. D’abord, elle fait voler en éclats l’illusion dangereuse de la pureté sociologique des formations majoritairement musulmanes. Ensuite, (ce faisant) elle permet de reconnaître la part contributive des minorités et donc de garantir la cohésion sociale, condition incontournable pour toute stabilité réelle et à long terme.


Il faudrait aussi revisiter le manuel d’éducation islamique des niveaux primaire et secondaire pour l’expurger de tout verset coranique, hadith du Prophète Mohammed ou anecdote rapportée par la Tradition où le stéréotype juif négatif est cultivé. À la place, on pourrait mettre d’autres citations islamiques, sacrées et profanes, qui vantent la fraternité des enfants d’Abraham. Ils sont légion.

Cette démarche s’inscrit dans la droite ligne de la philosophie de la résolution 60/7 des Nations unies mentionnée ci-dessus. Une résolution qui a exhorté tous les États membres à «élaborer des programmes éducatifs qui graveront dans l’esprit des générations futures les enseignements de l’Holocauste afin d’aider à prévenir les actes de génocide» (voir le site des Nations unies).

Toujours au niveau éducatif, il faudrait organiser des conférences ouvertes à tous où on convierait des sommités mondiales et musulmanes dans le domaine des études de l’histoire de la Seconde guerre mondiale en général et de la Shoah en particulier. Des occasions où on échangerait les nouvelles connaissances scientifiques sur ces sujets. Les fruits de cette entreprise pourraient être relayés parmi le grand public grâce notamment au nécessaire travail d’éducation populaire. Aussi, l’organisation de voyage d’études des jeunes musulmans de niveau secondaire dans un lieu emblématique comme le camp d’Auschwitz-Birkenau pourrait contribuer à les vacciner contre le négationnisme et la judéophobie. En raison de l’importance de cette entreprise pour la paix et la culture de tolérance dans le monde, une entité comme l’Union européenne pourrait contribuer financièrement et logistiquement à son succès.

En raison de l’importance d’échanger les informations dans ce domaine, deux initiatives récentes sont porteuses d’espoir pour l’avenir des relations judéo-islamiques. D’abord, la récente initiative heureuse de Serge Klarsfeld. Cette figure éminente et respectée de la lutte contre le négationnisme et l’antisémitisme et président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France, a co-organisé dans le cadre du Projet Aladin (http://www.projetaladin.org), dont il est le vice-président, une tournée qui l’a mené notamment dans dix villes du monde islamique (Rabat, Casablanca, Tunis, Istanbul, le Caire, Bagdad, Irbil, Amman, Qods et Nazareth). À l’occasion de ce périple hautement symbolique, de nombreuses rencontres littéraires et historiques ont eu lieu dans ces villes autour de la Shoah. L’accueil et tournure de cette initiative ont été heureux. Ce qui promet pour l’avenir.

La seconde initiative prometteuse, c’est celle qui a vu une vingtaine d’enseignants marocains se rendre en novembre 2009 à Jérusalem pour participer à un séminaire d’une semaine dans le cadre de l’école internationale d’enseignement de la Shoah au célèbre mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem. Une première pour cet Institut israélien.

Venant du Maroc, cette initiative n’est pas étonnante. C’est le pays qui avait à la fois accueilli durant la longue nuit nazie de nombreux réfugiés juifs et refusé de livrer sa minorité israélite à l’infâme régime Vichy, malgré le fait qu’il était sous occupation. Le deuxième groupe culturel en Israël (après celui russophone) est composé d’une partie importante de ses enfants juifs. Alors que le populiste président iranien ne cesse depuis de nombreuses années de clamer haut et fort son négationnisme, le roi actuel du Maroc, Mohamed VI, n’a pas hésité à décrier la Shoah comme «l’un des chapitres les plus tragiques de l’histoire moderne» (voir Jerusalem Post, 28 juillet 2009). Il est en cela fidèle aux pages lumineuses de l’histoire marocaine.

Au niveau culturel, il faudrait scruter à la loupe le contenu éditorial de la production culturelle islamique pour bannir tout ouvrage (publications, films, chansons, expositions d’art, etc.) versant dans le négationnisme ou la judéophobie.

Au niveau religieux, il faudrait surveiller les prêches dans les mosquées le vendredi pour interdire tout discours négationniste ou antijuif.

Au niveau légal, il faudrait voter des lois et adopter des règlements d’application rendant passible de poursuites judiciaires toute personne tenant des propos négationnistes ou antijuifs.

Au niveau politique global, cela engage non seulement les pays musulmans, mais également le reste de la «communauté internationale». Il faudrait œuvrer pour qu’en fin l’État palestinien puisse voir le jour. Cela priverait les négationnistes musulmans d’un outil formidable de propagande antijuive.

*

Maintenant qu'aucun musulman au monde ne peut prétendre en son âme et conscience ignorer ce qui s'est passé à l'ère hitlérienne en Europe, il est plus que temps de réfléchir aux moyens persuasifs et dissuasifs qui sont à même de lutter contre le négationnisme et la judéophobie. Nous le devons à notre civilisation et à nos valeurs universelles.

26 février 2010

 


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Il y a actuellement 2 réactions.

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Tolerance, un mot qui a disparut du vocabulaire courant.
par Zeev le 28 février 2010

Notre combat, je le crois intimement est voue a l echec. Quand une poignee de musulmans extremistes, sillonnent les cites ou l etat ne fait plus son travail de base, en laissant tous ces jeunes a l abandon, et dont le seul salut pour la plupart est de se laisser enroler dans la spirale nefaste de la haine. Il est simple de presenter comme au temps de la feodalite, les juifs, comme le mal incarne.

Comment expliquer l holocauste, a des jeunes dans le desoeuvrement total, comment pourraient ils avoir de la compassion pour un peuple, a;ors que personne ne leur accorde le moindre interet. Il vous faudra une tres grande force de caractere et d abnegation.

Que D..., benit soit il, et ses prophetes vous viennent en aide

On croirais entendre Staline
par Gébé Tremblay le 26 février 2010

Ou quelqu'autre despote.

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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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