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Islam/Occident: Les Musulmans face à la Shoah

(French version only)
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Le monde musulman semble encore loin de réaliser l’ampleur et les retombées tragiques de la Shoah. Les négationnistes musulmans se servent de la cause palestinienne pour cacher leur judéophobie. Rejoindre enfin le cercle des commémorateurs de cette tragédie sera à l’honneur des musulmans du monde entier.



Il y a 65 ans, des soldats de l'Armée rouge libéraient les anciens détenus du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. Un des lieux sinistres de l’exécution de la «Solution finale». Une politique nazie qui consistait à exterminer les membres de la minorité juive de leur Troisième Reich. Leur crime? C’était d’être Juifs!

Depuis de nombreuses années, une chose frappe l’auteur de ces lignes, chaque fois que la journée historique du 27 janvier pointe son nez. L’absence des dirigeants musulmans sur les lieux du crime nazi. Pourtant, comme membres à part entière des Nations unies, ils ont voté en 2005 en faveur de la décision onusienne de faire de cette date la «Journée internationale du souvenir des victimes de l'Holocauste». Évidement, cette absence répétée n’a rien d’un fait anecdotique. Elle fait au contraire du sens.

Non, la Shoah n’est pas un «mythe sioniste», mais un fait historique authentique

Face à la question traumatique de la Shoah, le monde islamique fait donc encore largement bande à part. Une situation dont profitent des négationnistes musulmans. Ceux-ci continuent d’affûter leurs lances empoisonnées pour distiller le doute dans l’esprit de leurs coreligionnaires et, espèrent-ils, garder cette partie du monde en dehors de cet élan de commémoration universelle de la «Journée internationale du souvenir».

À en croire ces négationnistes, la Shoah serait un mythe sioniste inventé de toutes pièces par un tout-puissant lobby juif mondial avec le dessein prémédité de faire taire toute critique de l’État d’Israël et légitimer du coup sa dépossession des Palestiniens de leurs terres ancestrales et droits nationaux légitimes.

Comme la Shoah était un élément essentiel dans la conquête de la reconnaissance internationale de la légitimité de l'État juif, les négationnistes musulmans pensent qu’en réussissant à faire avaliser sa négation, ils pourraient saper le fondement politique de cette légitimité. Première étape, pensent-ils, du démantèlement pur et simple de ce qu’ils qualifient de «cancer» rangeant, depuis 1948 (date de création de l’État d’Israël), l’ensemble du Moyen-Orient. C’est d’ailleurs dans ces termes que l’actuel président iranien continue de s’exprimer depuis de nombreuses années («Iran: Ahmadinejad, «nouvel historien» de la Seconde Guerre mondiale»).

C’est la poursuite de ce but qui explique la tenue en 2006 en Iran de plusieurs activités culturelles antisémites. On se contentera ici de mentionner deux événements. D’abord, une rencontre internationale portant sur le thème de la «réalité de la Shoah» (!) où se sont côtoyés des conservateurs iraniens et des négationnistes occidentaux notoires. Ensuite, l’organisation d’un concours international de caricatures antisémites.

Poursuivant le même but, les négationnistes musulmans se servent de la question palestinienne car ils savent combien elle est devenue l’objet d’un consensus politique parmi les nations de l’islam. Ils l’utilisent comme levier formidable pour leur campagne révisionniste de l’histoire de la Seconde guerre mondiale. En partant d’un fait avéré, à savoir que le monde musulman n’avait pas pris part à l’œuvre maléfique nazie (il avait même accueilli de nombreux réfugiés juifs dans des pays comme le Maroc, l’Iran et la Turquie), ils avancent, masqués, l’idée que ce n’est donc pas aux musulmans de «payer» pour ce qui s’est passé dans une Europe soumise à la botte hitlérienne. Autrement dit, ce n’était pas aux Palestiniens (et donc au monde islamique), mais aux Européens, de sacrifier leur terre au profit de la création de l’État d’Israël.

Tout en alimentant ce concert haineux, le négationnisme de quelqu’un comme l’actuel président iranien obéit également à un calcul politique très froid. En criant avec la meute des loups, Mahmoud Ahmadinejad pense pouvoir être perçu comme le «champion» de la Palestine, la cause arabe par excellence, et renforcer davantage l’influence de son pays dans le monde islamique («Iran: Mahmoud Ahmadinejad, Israël, la Shoah et la Palestine»), en prévision d’un grand marchandage avec les États-Unis.

Il est vrai que la souffrance du peuple palestinien, soumis à une occupation militaire israélienne brutale depuis 1967 et à une entreprise de colonisation juive insatiable, est un fait indéniable qui interpelle la conscience humaine. Il est vrai aussi que ce peuple a droit à l’exercice de sa souveraineté nationale à l’intérieur d’un État viable et indépendant. Mais atteindre un tel objectif devrait-il nécessairement se faire au détriment d’un autre peuple qui a conquis son droit à un État souverain, après avoir tant souffert à travers l’histoire et qui a failli disparaître totalement en Europe à cause de la folie d’un régime violemment raciste. Aussi, le fait de continuer à nier la véracité historique de la Shoah est-il vraiment un moyen efficace pour arracher à la «communauté internationale» un État palestinien? De notre point de vue, non. C’est même le meilleur moyen de s’aliéner la sympathie internationale et l’empathie juive. Ne l’oublions pas: sans l’accord des Israéliens, point d’État palestinien.

Pour créer cet État, les véritables amis du peuple palestinien savent qu’une négociation honnête garantissant la viabilité et la sécurité permanente et mutuelle des deux entités sociopolitiques, israélienne et palestinienne, est incontournable. D’ailleurs, les deux parties concernées sont plus proches que jamais d’une telle réalisation historique. À ce propos, les paramètres de paix, les conditions, les besoins et craintes des uns et des autres… sont largement connus de tous. Même d’importantes majorités en Israël comme parmi le peuple palestinien se sont résignées à la paix. Ils savent que les solutions militaires ne viendront aucunement à bout de la résistance de l’autre partie, encore moins ne réussiront-ils à la pousser à partir ailleurs. Mais ce qui pour le moment fait défaut à cette maturité populaire, c’est le courage politique chez une partie importante du leadership politique en Israël comme parmi les Palestiniens.

Instruits de ces faits, nous ne pouvons nous empêcher de constater que la défense de la cause palestinienne par les négationnistes musulmans, Ahmadinejad en tête, n’est en fait qu’un prétexte, parmi tant d’autres, servant à masquer leur haine des Juifs. D’où la nécessité pour les musulmans du monde entier de se dissocier de ces négationnistes et de clamer haut et fort non seulement l’authenticité historique de cette tragédie, mais également entamer son appropriation pour en faire une partie intégrante de la conscience islamique. Un élément essentiel du processus visant à rassurer les Juifs du monde entier, et donc les Israéliens. Et un pas crucial vers la salutaire réconciliation historique entre Arabes et Juifs. Ne l’oublions pas: nous le devons au moins à cette partie juive des peuples du monde majoritairement musulman et à leur part contributive à l’essor de la civilisation islamique. Sans oublier le fait qu’un des attributs de la citoyenneté et donc de la modernité politique d’une nation (de laquelle plusieurs se revendiquent ou à laquelle ils aspirent ici), c’est le respect de toutes les composantes du corps politique et de leur mémoire commune ou communautaire. C’est une partie intégrante du principe d’égalité de tous.
 
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Faisons ensemble un rêve. Celui de voir dans un avenir non lointain de jeunes gens provenant de différents pays musulmans se recueillir devant le mémorial de Birkenau, pour réciter le kaddish (la prière juive des endeuillés) et son équivalent islamique.

Le 24 février 2010


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Aziz Enhaili is an expert on the Middle East, of Islam and Foreign policy. He is a contributor on irregular basis to the ‘’Neighbouring countries’’ of the European Union, a unit of Europe2020, a groupe dedicated to prospective studies. He is... (Read next)

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