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La finance islamique : une manière de faire du profit «halal» ?

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Il n’est pas rare d’entendre parler, ces derniers jours et dans ces temps de crise, aussi bien dans la presse arabe que dans la presse occidentale, de la finance islamique. Souvent présentée par ses défenseurs comme le messie de la finance traditionnelle, elle demeure une grande inconnue pour certains et un objet de curiosité pour d’autres.
 

 
Est-ce que la finance islamique est une innovation qui va sauver la finance agonisante aux prises avec les soubresauts dans lesquels elle se débat depuis 2007, avec la montée en flèche de l’utilisation des crédits immobiliers subprime et la crise mondiale qui s’en est suivie ? Peut-on parler de finance islamique ou est-ce encore une mode qui s’est trouvé une niche et qui est vouée à disparaitre ou du moins à stagner ?
 
Mon objectif ici n’est pas de traiter de l’origine de ce qu’on appelle aujourd’hui la finance islamique ni des techniques utilisées par la finance islamique. Les sources d’information sur cette question sont assez répandues. Toutefois, j’aimerais m’attarder sur le concept même de cette finance islamique. Tout d’abord, je ne pense pas qu’il y ait une finance islamique et une finance non islamique ou mécréante. Il est injuste de réduire un système à une appellation trompeuse. La grande majorité des pays qui se targuent d’être des pionniers de la finance islamique utilisent les mêmes grands principes qui sous-tendent l’économie capitaliste et néo-libérale, c’est-à- dire, le laisser-faire et le laisser-aller.

C’est encore la logique dangereuse du gain excessif, de la surconsommation et de la rentabilité qui domine. La finance islamique est présentée comme une chirurgie esthétique pour essayer de rehausser l’image d’une finance traditionnelle ternie par des années de spéculation, de détournement des profits, d’implantation de règles comptables douteuses et par une auto-gratification extraordinaire des dirigeants sous forme de bonus faramineux pour des rentabilités fictives. La finance islamique est présentée comme un package miraculeux pour une maladie des temps modernes. Dans l’esprit des gens, la finance islamique est une finance qui n’utilise pas l’intérêt ou l’usure et, par conséquent, serait une finance «propre» qui obéirait aux préceptes divins.

Mais qu’en est-il de la spéculation, du gain facile, de l’exploitation des démunis, du travail des enfants, de l’équité salariale, de la discrimination ? Ne sont-ils pas aussi méprisés et réprimandés par les textes religieux que l’est l’exploitation des travailleurs, lorsque ces derniers se voient imposés des taux d’intérêt exorbitants ? Comment peut-on parler de finance islamique quand nous savons que c’est devenu une nouvelle industrie ayant ses propres outils de marketing, une clientèle ciblée et un objectif unique : faire du profit halal.
 
Il me semble que la finance islamique, s’il en existe une, ne devrait pas se restreindre à une série de produits financiers ou techniques qui rendraient les transactions traditionnelles licites aux yeux de la loi divine, mais devrait plutôt être une finance qui repenserait les principes de base de la logique capitaliste et remettrait en question le détournement de la finance traditionnelle que pratiquent les mathématiciens et la modélisation à outrance. Elle se pencherait sur des questions où la finance serait au service de la gestion saine des entreprises et non pas un outil pour s’enrichir et accumuler des profits.
 
A mon avis, il n’existe pas de finance islamique. Les financiers qui travaillent dans ces soi-disant banques islamiques ont tous eu des formations classiques sur les mêmes bancs d’école de gestion que les traders de Wall Street. Ceux qui se sont lancés dans la finance islamique y ont vu une nouvelle opportunité, une autre façon de gagner leur vie. Une nouvelle façon oui, intelligente oui, qui cherche à créer des produits financiers qui n’utilisent pas l’intérêt certes, mais il n’en demeure pas moins que c’est une série de techniques, et elle est loin d’être un remodelage complet de la pensée économique.

Comment peut-on aujourd’hui trouver une finance basée sur les règles de l’éthique qui ne dévie pas de ses objectifs, qui ne conduit pas à des crises mondiales ? C’est une question sur laquelle philosophes, penseurs, économistes, écologistes et sociologues devraient se pencher, car la finance n’est pas l’apanage des financiers convertis ou des religieux du business.
 
Monia Mazigh, chroniqueure à Tolerance.ca, détient un doctorat en finance de la faculté de gestion de l’Université McGill, à Montréal. Elle milite pour les droits de la personne et elle est l'auteure de Les larmes emprisonnées (Boréal, 2008).


 




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Une logique imparfaite
par Aksil B. le 22 février 2010

une finance basée sur les règles de l’éthique?! Je me demande s'il ya etique dans tout ce qui est islam. Apres les larmes versees le 11 septembre il est tres dur de croire que l'Islam est uen religion qui tend dans le prolongement logique de la pensée humaine. Point de haine! Je ne veux sutout pas vous persuader que j'ai une haine contre les musulmans. Cpendant je n'arrive pas a croire en un salut de cette religion qui ne tient pas debout comme toutes les autres d'ailleurs. et c'est mon droit absolu de porter un jugement.

D'autre part, les systemes bancaires sont basés sur l'interet et a ma connassance l'Islam interdit l'interet. Ceci est une contradiction car l'interet est une loi du marché.

Alors faisons la preuve par 9, et tournons la page des banques islamiques, un bonne fois pour toute!

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