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Le Moyen-Orient et le discours de Barack H. Obama sur l’état de l’Union

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Le 27 janvier 2010, Barack H. Obama a prononcé son premier discours sur l’état de l’Union devant les membres des deux chambres du Congrès américain. Le Moyen-Orient n’est pas absent de cette adresse à la nation américaine.



Le 27 janvier dernier, Barack H. Obama a prononcé son premier discours sur l’état de l’Union américaine. Une tradition qui remonte aux Pères fondateurs du pays. Sachant que les élections du mi-mandat de novembre prochain seront gagnées ou perdues relativement à des questions économiques (emploi, croissance…), il a consacré une partie mineure de cette adresse à la politique étrangère au Moyen-Orient (www.whitehouse.gov, 27 janvier 2010). Une part loin de traduire la place de ce sujet dans l’agenda présidentiel. Cinq thèmes de politique étrangère ont fait leur apparition lors de cette allocution quand d’autres ont brillé par leur absence.

L’idéalisme américain d’un président réaliste

L’engagement des États-Unis dans les affaires du monde est dû, selon Obama, à la fois au «destin manifeste» du peuple américain, à ses valeurs universelles, à son soutien «au bien» et aux «liens existant entre son destin et celui du reste du monde». Ayant passé son enfance à l’étranger et mûri à l’ombre de la mondialisation, le président est conscient de l’interdépendance des pays. Cette foi internationaliste explique, selon lui, l’appui de son peuple notamment au «droit des filles afghanes à l’éducation» et «aux Iraniennes» qui manifestent pour faire «respecter leurs droits». Pour lui, les «États-Unis devraient toujours soutenir la quête de liberté et des droits humains» dans le monde.

Obama estime que la plus importante «source de la puissance» et de l’influence des États-Unis dans le monde réside encore dans leurs «idéaux de liberté». Des «valeurs à la base de la fondation de l’aventure américaine».

Sécurité nationale et lutte anti-terroriste

Obama est conscient de l’importance depuis le 11 septembre 2001 de l’«enjeu de sécurité nationale» et de lutte contre le terrorisme pour son peuple. C’est pourquoi dès son investiture, il a autorisé «des investissements conséquents» dans des domaines tels «la sécurité intérieure» et la «lutte contre des complots» terroristes. Cela dit, il reconnaît l’existence «de faille» en matière de sécurité, des faiblesses qu’il juge «inacceptables» et s’engage à «corriger», à l’aide de meilleures mesures de sécurité aérienne et de réformes du secteur du renseignement. De plus, la «mise en place d’une nouvelle initiative» devra, selon lui, permettre à son gouvernement de réagir rapidement et efficacement au bioterrorisme ou aux maladies infectieuses», un «plan susceptible de contrer ces menaces au pays et améliorer la santé publique à l’étranger». D’ailleurs, le «sommet de sécurité nucléaire prévu en avril à Washington devra quant à lui voir quarante-quatre délégations nationales adopter des mesures empêchant dans un délai de quatre ans que des matériaux nucléaires ne tombent entre les mains de terroristes».

Contrairement aux ténors de l’administration républicaine sortante, le vice-président Dick Cheney en tête, Obama n’est pas convaincu «qu’il faille choisir entre la sécurité nationale et les valeurs américaines» de liberté et de respect du droit. Tout en s’engageant à «prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la sécurité» du pays, il appelle son peuple à rejeter «la peur (de l’autre) et les divisions» et à «bâtir un avenir prometteur» pour tous.

Il estime qu’une meilleure lutte contre le terrorisme passe par «l’interdiction de la torture» et le «renforcement du partenariat» avec différents pays. Une politique qui a permis aux États-Unis, «au cours de l’année dernière, de capturer ou de liquider des centaines de combattants et de membres d’Al-Qaïda, dont de nombreux hauts dirigeants». «Plus qu’en 2008», c’est-à dire sous les Républicains.

Irak

Comme il s’y était engagé durant sa campagne présidentielle, Obama réitère ici sa détermination «à mettre un terme à la guerre d’Irak». Il avance «la fin du mois d’août prochain comme date du retrait de toutes les unités de combat américaines» d’Irak. Un pays qu’il compte «rendre à son peuple». Montrant que les Américains ne sont pas là pour contrôler le pétrole irakien. Mais ce retrait ne signifie pas la fin de leur présence en Irak, encore moins de l’abandonner à ses divisions confessionnelles et ethniques. D’ailleurs, le vice-président Joe Biden veille au grain… Lui, qui quand il était président de la commission des affaires étrangères du Sénat, suivait l’évolution de la situation dans ce pays et n’a jamais caché ses craintes de le voir déchirer par une guerre civile. Il comprend les craintes de la minorité Arabe sunnite de perdre ses droits politiques.

Comme Obama est partisan d’un retrait responsable d’Irak, il a déjà prévu d’y laisser des unités techniques chargées de conseiller le gouvernement, entre autres, en matière de sécurité. Il continuera également à aider le peuple à se donner les moyens d’une «prospérité économique» et d’une culture de paix entre ses différentes communautés nationales. Cela fait partie d’une stratégie d’ensemble de «lutte contre Al-Qaïda», dont Washington veut détruire la branche irakienne.

Afghanistan

Contrairement à l’Irak, l’Afghanistan est pour Obama une «guerre juste». Il l’a répété au cours de sa campagne et depuis son élection. D’ailleurs, il a augmenté le nombre de soldats américains déployés dans ce pays («Barack H. Obama et la stratégie de l’escalade en Afghanistan»). Un déploiement devant théoriquement servir à «achever le travail laissé par son prédécesseur, c’est-à-dire «éradiquer» Al-Qaïda («Barack H. Obama et les options de la stratégie guerrière américaine en Afghanistan»). Sans oublier, l’accélération de «l’entrainement des forces de sécurité afghanes pour qu’elles puissent commencer à prendre en charge la sécurité du pays dès juillet 2011».

Mais la déclaration de la justesse de la guerre afghane n’a pas empêché Obama d’annoncer à la Nation, une fois de plus, que les forces américaines dans ce pays «entameront leur retrait en juillet 2011», c’est-à-dire au moment où les Afghans commenceront à prendre la relève des forces alliées.

Mais là aussi, le début du retrait des troupes ne signifie nullement la fin de la présence américaine dans ce pays, encore moins de l’abandonner à ses démons intérieurs ou aux terroristes d’Al-Qaïda. Obama s’engage à «soutenir la bonne gouvernance» et les politiques visant à «réduire la corruption» et à promouvoir «les droits humains, des hommes et des femmes, sur un pied d’égalité».

Le président américain est conscient des «défis énormes» auxquels fait face la mission de l’Otan en Afghanistan, au moment où l’ascension des talibans ne fait plus de doute et l’illégitimité, l’inefficacité et l’incompétence du gouvernement de Kaboul sont tangibles («Afghanistan: Karzaï et la faiblesse d’un partenariat en temps de guerre»). Pourtant, il estime, qu’avec l’aide des pays engagés sur le terrain, le succès n’est pas hors de portée. Un vœu pieux !

Iran

De l’aveu même du président américain, l’Iran représente un casse-tête pour la diplomatie de son pays (voir l’entrevue accordée à Joe Klein, Time magazine, 21 janvier 2010). Visiblement, la République islamique n’a pas jugé dans son intérêt de répondre (pour le moment) à la «main tendue» de Barack H. Obama. Plaçant celui-ci dans une position inconfortable.

Le président américain estime que son approche diplomatique a renforcé le pouvoir des États-Unis «face à des pays qui persistent à violer les accords internationaux en matière d’armement nucléaire» (c’est-à-dire l’Iran et la Corée du Nord). Cette approche diplomatique multilatérale (qui tranche avec l’approche unilatérale de George W. Bush) a renforcé «l’unité de la communauté internationale» et permis à son pays, pense-t-il, «d’isoler davantage la République islamique d’Iran (et la Corée du Nord)». En raison du «refus des dirigeants iraniens de respecter leurs obligations» vis-à-vis du Traité de non prolifération nucléaire (accusation rejetée catégoriquement par Téhéran), Obama avertit ce pays qu’«il s’exposera à des sanctions musclées».

Même s’il fait preuve de durcissement à l’égard de Téhéran (signe de son exaspération et des fortes pressions américaines, israéliennes, européennes et arabes), Obama demeure ouvert à la négociation avec ce régime. Conformément à sa «double approche» (ouverture/pression) (voir Time magazine, 21 janvier 2010).

Mais en raison des réticences russes et du refus, pour le moment, de la Chine (cinquième membre permanent du conseil de sécurité de l’Onu) de l’imposition d’une quatrième génération de sanctions contre l’Iran, il serait difficile d’imaginer l’Onu légitimer la demande de Washington de sanctions encore plus dures. C’est pourquoi il n’est pas exclu, faute d’accord, de voir les États-Unis et leurs alliés européens imposer unilatéralement des sanctions à l’Iran.

Le conflit israélo-palestinien, grand absent du discours sur l’état de l’Union

Dès son investiture comme nouveau président américain, Barack H. Obama a envoyé plusieurs signaux attestant de sa conscience du caractère ô combien central du dossier israélo-palestinien pour les relations entre son pays et le monde musulman. D’où notamment la désignation de l’ancien sénateur George Mitchell comme envoyé spécial au Proche-Orient. Sans oublier le discours historique du Caire où il a plaidé en faveur d’un «nouveau départ» des relations entre les parties américaine et islamique.

C’est cet engagement manifeste et fort qui rend les silences du discours présidentiel sur le dossier israélo-palestinien intriguant. Est-ce un aveu d’impuissance? Ou est-ce dû au fait que comme on est entré aux États-Unis dans une année électorale (les élections du mi-mandat), Obama cherche à éviter de s’aliéner le vote d’une partie de l’électorat juif partisane de la politique israélienne?

**

À cause de la grave crise économique qui frappe son pays et l’approche des élections de mi-mandat, Obama a consacré une part mineure de son discours sur l’état de l’Union à la politique étrangère au Moyen-Orient.

4 février 2010


 


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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