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L’Afghanistan et les enjeux de la Conférence internationale de Londres du 28 janvier 2010

(French version only)
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Le 28 janvier 2010, Londres sera l’hôte d’une conférence internationale consacrée à l’Afghanistan. Son enjeu principal sera l’examen des modalités de transfert du pouvoir au gouvernement Karzaï.



Pendant la conférence internationale de Londres, ce jeudi 28 janvier, les pays donateurs examineront les modalités de transfert progressif de la sécurité des mains de l’Otan à celles des forces afghanes. Cette conférence est la troisième étape d’un marathon avec quatre parties: Abou Dhabi (12 janvier), Istanbul (26 janvier) et une rencontre prévue en février, où l’Otan examinera la question des renforts militaires en Afghanistan.

Au chevet de l’Afghanistan en quatre étapes

L’étape Abou Dhabi a vu notamment le Qatar et les Émirats arabes unis s’engager à accroître leur concours financier. Mais ce qui a été considéré comme une «fausse note» à cette occasion, à savoir la déclaration saoudienne d’une solidarité avec les talibans et une condamnation des «bavures» de l’Otan, peut être interprétée comme une manœuvre de la part de Riyad pour rassurer les Pachtounes opposés au président Hamid Karzaï et s’imposer comme intermédiaire entre eux et Kaboul.

Deux semaines plus tard, une partie des participants à la rencontre d’Abou Dhabi était conviée en Turquie pour participer à une conférence régionale. Deux jours avant la tenue de la conférence internationale de Londres. Toujours sur l’Afghanistan. À Istanbul, les pays riverains de l’Afghanistan ainsi que la Turquie ont annoncé leur soutien au «processus national afghan de réconciliation (avec les talibans) et de (leur) réintégration (et ce) en accord avec la Constitution de l'Afghanistan et sous la direction et la conduite des Afghans». Ils se sont également penchés sur le type d’aide qu’ils pourront apporter à ce pays en termes de sécurité, de stabilité et de prospérité économique.

La déclaration d’Istanbul est un succès diplomatique pour le président afghan en personne. Lui qui n’a eu de cesse de tendre la main aux «frères» talibans, des «enfants de la terre afghane». Tout en excluant les membres d’Al-Qaïda parmi eux. Pour lui, les «bons» talibans devraient être «réintégrés» dans la société (voir la conférence de presse à Istanbul). Mais pour l’heure, le mollah Omar y reste indifférent.

La rencontre de l’Otan interviendra quant à elle dans un contexte marqué par les insistances de Washington auprès de ses alliés de l’Otan pour qu’ils fournissent une dizaine de milliers de troupes supplémentaires à l’effort de guerre dans ce pays. S’ajoutant aux 30.000 soldats supplémentaires dont Obama a déjà annoncé en décembre dernier le déploiement rapide («Barack H. Obama et la stratégie de l’escalade en Afghanistan»). Faisant ainsi passer le contingent des forces internationales de 113.000 soldats à 150.000.

Londres: conférence internationale pour préparer le transfert du pouvoir à Kaboul

La capitale britannique accueillera le 28 janvier une rencontre entre les représentants d’une cinquantaine de pays et des Nations unies. Cette conférence est le fruit de l’initiative de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne. Avec le soutien des États-Unis.

L’enjeu principal de cette conférence internationale sera l’examen des modalités d’afghanisation du pouvoir, c’est-à-dire son transfert au gouvernement de Karzaï. Cet objectif fait partie de la stratégie américaine de sortie de l’Afghanistan. En bon ordre.

Pour accélérer le transfert du pouvoir aux forces de sécurité afghanes, l’Otan savait qu’il devait accomplir (ou s’associer à l’accomplissement de) deux tâches essentiels. D’abord, la formation des troupes locales. Ensuite, l’élaboration d’une solution politique. Pour accélérer la formation, elle a cru devoir adopter le chemin le plus court, à savoir réduire la durée impartie à un tel investissement. Ce qui ne manquera pas de se révéler par la suite une grave erreur de sa part. Même le recours du Pentagone par exemple à des entreprises de sécurité privées comme Xe (ex-Blackwater) pour accomplir cette tâche, est risqué. Notons que cette multinationale a un lourd passif dans la région.

Pour ne pas abandonner les États-Unis dans cette tâche, de nombreux pays européens ont prévu d’augmenter le nombre de leurs instructeurs militaires. L’Allemagne a décidé l’envoi de 500 soldats supplémentaires pour «former» (la police et l’armée afghanes) et «protéger» de la population civile. Ce renfort fera passer le contingent allemand de 4300 soldats déjà sur place à presque 4800 hommes. Sans oublier une réserve supplémentaire de 350 troupes chargées de missions ponctuelles. La chancelière Angela Merkel portera ainsi ces effectifs au-delà de la limite de 4.500 militaires permise initialement par le parlement allemand. Leur retrait devant débuter à la fin de 2011 et déboucher en 2014 sur le transfert de la responsabilité en matière de sécurité aux Afghans. Mais Merkel a tenu à préciser (devant le Bundestag) que «ce serait une erreur de donner une date exacte (de retrait des forces étrangères) (car) on ne peut pas prédire ce qui va se passer, et on ne veut pas donner aux talibans l'occasion de se cacher pour attaquer à nouveau plus tard, lorsque la coalition sera partie» (rapporté par une dépêche de l’AFP, le 27 janvier, 2010). Elle a en revanche dit partager l'objectif du président afghan qui s’est fixé (lors de son discours d’investiture) l’année 2014 comme date du début d’«afghanisation» effective de la sécurité du pays.

De son côté, l’Espagne a décidé d’ajouter 500 soldats supplémentaires à ses 1000 troupes déjà présentes en Afghanistan. Un geste d’appui à la stratégie d’escalade du président américain («Barack H. Obama et la stratégie de l’escalade en Afghanistan»). Ils participeront à la mission de formation de l’armée afghane. La France a quant à elle annoncé que sa décision quant à l’envoi de renforts supplémentaires sera dévoilée à Londres. Mais, en raison de la décision de plusieurs leaders européens d’envoyer des troupes supplémentaires, Paris devra emboîter le pas de ses alliés. La Turquie s’est engagée au cours du sommet d’Istanbul à renforcer son aide en matière de reconstruction et de formation des policiers et soldats afghans et de coopérer davantage contre le terrorisme. Si ce pays refuse de combattre les talibans, pour ne pas «insulter l’avenir», ses 1700 soldats présents sur place sont chargés de missions de patrouille à Kaboul.

Si le volet militaire de la stratégie de l’Otan est essentiel pour tenir en respect les talibans et faire bouger les lignes, il est en revanche insuffisant à apporter la paix à l’Afghanistan. D’où l’importance du volet politique de cette stratégie. Pour avoir une chance de succès, ce volet comporte deux facettes : l’intégration des talibans qui acceptent de déposer les armes et la réconciliation avec leur leadership réfugié à Quetta.

À Kaboul (comme à Washington), l’idée en vogue est que la plupart des insurgés pachtounes combattent les forces occidentales non pas pour des raisons idéologiques (comme c’est le cas des troupes d’Al-Qaïda), mais plutôt pour des raisons nationalistes ou pécuniaires. Ils reçoivent, dit-on, des talibans du mollah Omar (en échange de leurs services) une rétribution assez substantielle leur permettant de subvenir à leurs besoins. Pour priver le «commandeur des croyants» de leur concours, Karzaï a proposé de réintégrer dans la société tous les combattants qui déposeraient les armes. Mais pour que cette réintégration puisse être couronnée de succès, Kaboul doit notamment leur fournir de l’aide financière et des emplois leur permettant d’échapper au désœuvrement et à la tentation de reprendre les armes. D’où le besoin urgent d’une contribution financière internationale conséquente.

En arrivant à Londres, Karzaï a l’intention de demander à la cinquantaine de pays donateurs réunis au chevet de son pays une enveloppe d’un milliard de dollars, une somme qui sera, assure-t-on, consacrée à ce programme d’insertion des combattants rendus aux autorités. L’Allemagne s'est d’ores et déjà engagée à y contribuer à raison de 70 millions de dollars sur cinq ans (contre 20 millions de dollars pour les États-Unis!). Sans oublier son engagement de doubler dès cette année son aide à la reconstruction, en la faisant passer de plus de 300 millions de dollars annuellement à plus de 600 millions. La France s’est quant à elle engagée à verser entre 28 et 70 millions de dollars à ce fonds. La Russie a annulé les dettes restantes. De leur part, le FMI et la Banque mondiale ont déjà annoncé avoir ratifié un accord international qui permettra de réduire la dette extérieure de l'Afghanistan de 1,6 milliard de dollars vis-à-vis de multiples créanciers.

Avec ces sommes, Karzaï est loin de récolter le milliard de dollars convoité. Mais avec la contribution de pays comme le Japon, l’Arabie saoudite ou le Qatar, il sera assez satisfait au bout du compte.

Toujours relativement à la facette politique, Karzaï plaide en faveur d’une «réconciliation» avec les «frères talibans». D’où sa demande à l’Onu de retirer le nom de certains d’entre eux d’une liste de sanction établie en 1999. La réconciliation revient d’abord à dialoguer avec le premier cercle du mollah Omar. Une idée soutenue notamment par l’Onu, Londres et Washington. Une main tendue repoussée avec dédain par l’état-major de l’insurrection depuis ses quartiers généraux à Quetta.

**

La conférence de Londres apportera le soutien de la «communauté internationale» au plan Karzaï de réconciliation. Mais en raison de l’ascension des insurgés talibans et des faiblesses politiques du président afghan, il est permis de douter que Kaboul connaisse la sécurité de sitôt. Au grand dam de l’Otan.

27 janvier 2010
 


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