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Al-Qaïda: Le message du 24 janvier 2010 d’Oussama Ben Laden à Barack H. Obama

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Dans son message audio du 24 janvier 2010, le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, a revendiqué l'attentat manqué sur un avion de ligne américain le jour de Noël 2009 et menacé les États-Unis de nouvelles attaques s'ils poursuivaient leur soutien à Israël.



Le chef d’Al-Qaïda «central» est «de retour». Il a rompu un silence médias qui durait depuis le 25 septembre 2009 («Al-Qaïda: Le «retour» d’Oussama Ben Laden»). Grâce à son habituelle caisse de résonance, à savoir le réseau satellitaire arabe Al-Jazeera, il a pu (le 24 janvier 2010) adresser son message audio nommément à Barack Hussein Obama (voir le site http://english.aljazeera.net). Vu le contexte de sa livraison, cette missive est plus intéressante que jamais et à plusieurs titres. D’où cette analyse.

«De la part d’Oussama à Obama…»

Contrairement à l’habitude du chef d’Al-Qaïda «central», son message est cette fois très court. Il est d’une durée d’à peine quelques minutes. On pense qu’il a été enregistré le mois dernier.

Pour le leader d’Al-Qaïda, seuls ceux qui «suivent la juste voie» (c’est-à-dire l’islam, mais en fait il s’agit dans son cas de sa version rigide et violente de cette religion) mériteraient la paix! Le décor est donc planté dès l’entrée en matière. Pour les autres, ce serait la guerre ou la soumission totale. En cela, il ne diffère guère d’autres islamistes extrémistes.

Oussama Ben Laden a profité de l’adresse de son message nommément à Barack Hussein Obama pour revendiquer ouvertement la tentative ratée d’attentat de noël dernier à bord d’un vol de la Northwest faisant la liaison entre Amsterdam et Détroit («Barack H. Obama, la droite idéologique et la ‘‘guerre contre le terrorisme»). Pour lui, cette tentative perpétrée par le Nigérian Omar Farouk Abdulmutallab n’est qu’une façon parmi d’autres qu’Al-Qaïda ait trouvé pour s’adresser aux États-Unis. Eux, qui à défaut de vouloir entendre d’autres voix que la leur, se sont attirés cette manière violente de communication, aux dires du chef suprême d’Al-Qaïda. Cette tentative qui s’inscrit, a-t-il rappelé, dans la lignée des attentats du 11 septembre 2001 et de ceux perpétrés avant et après cette date fatidique, dans des pays comme le Kenya, la Tanzanie et l’Indonésie.

Comme le fait de causer la mort de personnes innocentes (à l’aide d’attentats par exemple) ne peut que choquer le bon sens des populations humaines au quatre coins du monde (y compris musulmanes), il fallait trouver une justification pour les actions violentes du réseau des réseaux Al-Qaïda. La Palestine était toute désignée, pensait-il, pour atteindre un tel objectif. Un choix qui a du sens d’un point de vue émotif et rationnel. Ce qui en dit long sur la rationalité de la réflexion stratégique du mouvement islamiste radical.

Comme dans d’anciens messages adressés à l’époque à George W. Bush, Ben Laden a justifié cette nouvelle tentative ratée par la situation désastreuse des populations palestiniennes toujours sous occupation militaire israélienne. Oussama a averti Obama que «les États-Unis ne pourront aspirer à la sécurité avant qu'elle ne soit une réalité en Palestine», car, a-t-il dit, «Il est injuste que vous ayez une vie tranquille alors que nos frères à Gaza vivent dans les pires conditions». Cherchant ainsi à se parer des accoutrements de la raison morale. Il a de plus averti le locataire de la Maison-Blanche que tant que son pays «continuera à soutenir les Israéliens, il aura à faire face à d’autres tentatives d’attentat» de la part d’Al-Qaïda.

Les services de renseignement américains (entre autres) continueront donc à avoir du pain sur la planche! D’ailleurs, le célébrissime site américain IntelCenter (chargé de surveiller sur le net la communication jihadiste) a averti que le message de Ben Laden pourrait être un indice d’attentat à venir dans les doux mois à venir. La bête a donc encore du répondant et le pays d’Obama demeurera une cible prioritaire pour le réseau d’Oussama!

Le leader d’Al-Qaïda a établi un lien direct entre le soutien que les États-Unis apportent à la politique israélienne brutale à l’égard des Palestiniens et les attaques terroristes qaïdistes contre leurs intérêts et leur territoire national. Comme il fallait s’y attendre, c’est cette affirmation qui a poussé Andy David (le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien) à rejeter tout lien entre ces deux éléments.

En plus de vouloir embarrasser à la fois Israël, ses réseaux d’influence et groupes de pression à Washington, le leader d’Al-Qaïda a cherché à s’imposer comme un porte-voix des souffrances palestiniennes. Réelles, elles. Sachant depuis toujours l’importance symbolique de cette question comme levier de mobilisation dans l’ensemble du monde musulman, il a semblé chercher (grâce à cette déclaration) à voler le feu du Prométhée palestinien et à trouver enfin pied dans la rue du peuple d’Arafat. Une ingérence qui est intervenue à un moment opportun. Le processus de paix israélo-palestinien est au point mort. Sans oublier l’enfermement par Israël des Palestiniens de la bande de Gaza depuis sa prise de contrôle par le Hamas. Sauf que cette rhétorique benladéniste est battue en brèche sur ce champ-là, grâce au mouvement Hamas. D’ailleurs, le but de cette manœuvre n’a pas échappé au mouvement islamiste palestinien. Pour son porte-parole, Ossama Hamdan, «la position palestinienne est éclaire. C’est la résistance contre l’occupation et son armée qui occupe et tue les Palestiniens». Israël serait donc «l’ennemi» du peuple palestinien, non les États-Unis. Et d’ajouter que «tous les peuples arabes et musulmans soutiennent la cause palestinienne» (www.aljazeera.net). Autrement dit, les Palestiniens n’ont aucunement besoin d’Al-Qaïda pour faire valoir leurs droits légitimes! Beau camouflet pour celui qui a cherché depuis de nombreuses années à se servir de la cause palestinienne pour mobiliser les musulmans du monde entier contre les États-Unis, puissant allié de ses ennemis jurés de la dynastie des Saoud, qui l’a déchu de sa nationalité.

En voyant la belle snober les avances insistantes de l’apprenti séducteur, le Prince de Pennsylvania Avenue serait mieux inspiré de ne pas l’oublier. Cela montre combien les objectifs du réseau salafiste jihadiste nomade (Al-Qaïda) sont différents de ceux nationalistes des islamistes palestiniens.

En voulant coûte que coûte avoir pied dans la bande de Gaza, Oussama a montré à son corps défendant son isolement grandissant au sein du monde arabe. Une contrée qui ne demande qu’à être convaincue par Hussein Obama de la sincérité et de l’engagement des États-Unis en faveur d’un État palestinien, souverain, viable et indépendant. Rappelons-nous de la nouvelle atmosphère créée au Moyen-Orient par le discours historique du Caire prononcé par le nouveau président américain. À mille lieux des propos dogmatiques et simplistes du controversé George W. Bush.

Le message dans le message

Le message de Ben Laden renferme un second message. Et pour cause. Dans le passé, ses enregistrements nourrissaient souvent le réseau satellitaire arabe Al-Jazeera. Il y expliquait les activités et les positions de son réseau. Mais voilà depuis un certain temps, ses messages audio étaient livrés au compte-goutte. Au point où on commençait à se demander s’il était encore le maître à bord d’Al-Qaïda. Pire, on soupçonnait même sa disparition pure et simple. Si les considérations de sécurité ne sont pas absentes des calculs médiatiques du réseau jihadiste, on ne pouvait pas s’empêcher de poser la question.

Cette «discrétion» médiatique est une illustration de l’efficacité de la campagne de traque internationale des combattants d’Al-Qaïda en général et de Ben Laden en particulier. Un homme dont la mise à prix de sa tête équivaut aujourd’hui à des dizaines de millions de dollars.

En revendiquant la responsabilité de la tentative d’attentat du Nigérian, près d’un mois après les faits, Ben Laden semble vouloir rassurer ses partisans et montrer qu’il demeure le grand ordonnateur des activités jihadistes d’un point de vue global. En cherchant à tirer un certain bénéfice personnel de l’opération d’Abdulmutallab, il n’est pas exclu que Ben Laden irrite un temps soit peu des responsables d’Al-Qaïda en Péninsule arabique («Al-Qaïda dans la Péninsule arabique»), qui eux avaient revendiqué dès le 28 décembre la responsabilité de cette tentative raté jusqu’à un certain point. D’un autre côté, eu égard aux activités terroristes passées du réseau des réseaux extrémiste, clamer haut et fort sa responsabilité de l’opération d’un amateur ne peut que nous interpeller.

**

Le nouvel enregistrement audio de Ben Laden a permis de le sortir de son mutisme médiatique. C’était également une tentative visant à convaincre qu’il reste en charge du réseau des réseaux nomades. Cela dit, les États-Unis (entre autres) n’ont pas fini avec lui puisqu’il est toujours en «guerre» contre eux. Ce qui est loin d’être rassurant.


26 janvier 2010
 


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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