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Islam/Occident: les imams de la discorde

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Bien qu’officiant dans des mosquées en Occident, les imams de la discorde fustigent le monde occidental et appellent à s’y opposer de manière violente dans plusieurs parties du monde, y compris à l’Ouest. Y alimentant la suspicion à l’endroit des minorités musulmanes occidentales, contribuant à mettre à mal le vivre ensemble et sapant un peu plus l’image de l’islam comme religion de concorde civile.



De nombreuses minorités musulmanes vivent en Occident. Certaines depuis plusieurs générations, d’autres depuis une période assez récente. Sans parler des Occidentaux «de souche» convertis à l’islam. Dans un monde globalisé où (entre autres) de plus en plus de musulmans seront appelés (pour différentes raisons) à s’installer durablement en Occident, la «demande du cultuel» des pieux d’entre eux devrait se manifester de plus en plus ouvertement. Ce qui est conforme au principe des libertés religieuses. Un des éléments constitutifs de la liberté et de la modernité.

Pour répondre à cette demande cultuelle, l’imam de mosquée est incontournable. C’est lui qui a la charge de guider les cinq prières quotidiennes. C’est lui également qui en principe (et entre autres) officie du haut de sa chaire pour aborder toute sorte de sujets d’intérêt pour ses ouailles.

En raison du rôle stratégique de cette fonction religieuse, plusieurs personnes (parfois sans formation adéquate) s’y sont adonnées notamment en Occident. Parfois, à la recherche d’une gratification symbolique. D’autre fois, pour d’autres motifs, plus ou moins religieux. Si la plupart des imams demeurent inconnus du large public occidental pour leur modération et leur intégration «harmonieuse» dans le tissu social, d’autres donnent l’impression de vouloir quitter coûte que coûte l’anonymat de leur mosquée pour s’exposer à la grande lumière. À coup parfois de déclarations controversées, du moins fracassantes. Parmi cette catégorie, se trouvent ceux que nous qualifions d’imams de la discorde.

Imams de la discorde, paix civile et sécurité internationale

L’imam de la discorde est une personne qui guide les prières quotidiennes des musulmans pieux, tout en prononçant des prêches enflammés où il incite à la violence, vilipende l’Occident et appelle ses ouailles à mépriser ses valeurs, à lutter contre lui et à prendre les armes contre ses forces de sécurité et ses autorités politiques et à s’en prendre à ses infrastructures économiques et culturelles. En Occident ou à l’étranger. Au nom d’une conception dévoyée du jihad!

En agissant de la sorte, l’imam de la discorde jette le trouble dans l’esprit des Occidentaux et alimente leur suspicion à l’égard des minorités musulmanes occidentales. Elles qui ont déjà été éprouvées à cause (entre autres) des retombées négatives des attentats terroristes du mardi 11 septembre 2001. Rendant leur vie quotidienne extrêmement difficile et compliquée. Une situation que ne manqueraient pas d’exploiter des recruteurs à visage couvert de terroristes potentiels.

L’imam de la discorde peut également alimenter la méfiance de la population non musulmane à l’égard des autres imams (une grande majorité en fait), qui eux ne sont pas des imams de la discorde, mais plutôt des imams de la paix et de la concorde civile. Quand on n’est pas familier du vécu religieux des musulmans pieux et de leurs imams (ce qui est le cas du citoyen moyen occidental), comment se débrouiller pour faire le tri entre le «bon» et le «mauvais» imam? C’est une tâche quasi impossible.

L’imam de la discorde peut aussi jeter le trouble dans l’esprit des communautés musulmanes elles-mêmes et contribuer ainsi à leur division. Au lieu d’être un des acteurs de leur unité. La tactique privilégiée ici consiste par exemple à faire le tri entre les soi-disant «vrais» et «faux» musulmans, les «bons» et les «mauvais» fidèles. Évidemment, les authentiques pieux seraient dans cette perspective dangereuse ceux qui partagent (ou semblent partager) le penchant radical de cet imam de la discorde.

À partir du moment où les musulmans «piégés» se rallient à ce schéma erroné et aveuglant de simplisme, ils ne pourraient s’empêcher de regarder cette fois d’autres coreligionnaires avec suspicion. Sans parler de ceux qui sont «musulmans culturels» et qui pourraient être montrés du doigt et deviendraient du même coup l’objet de leur opprobre. C’est dire l’étendue des dommages potentiels que ce type d’imam peut infliger aux minorités musulmanes occidentales.

Certains imams de la discorde n’hésitent même pas à formuler des fatwas à tort et à travers. Des édictes religieux dont certains pourraient contribuer à rompre le pacte social du vivre ensemble entre des musulmans et les non-musulmans en Occident, et même parfois menacer la sécurité nationale du pays où ils résident, voire la sécurité internationale. Les exemples dans ce sens sont déjà nombreux. Contentons-nous de mentionner ici les cas de deux imams de la discorde devenus célèbres aux quatre coins du monde.

Abou Hamza al-Masri (de son vrai nom Mustafa Kamel Mustafa), un Égyptien né à Alexandrie en 1958. Il officiait comme imam à la célébrissime mosquée londonienne du Finsbury Park, un repaire d’islamistes radicaux. D’ailleurs, un des présumés terroristes du 11 Septembre 2001, le Franco-marocain Zacarias Moussaoui est passé par là alors qu’il étudiait en Grande-Bretagne. Al-Masri ne cachait pas ses sympathies pour la cause du jihad international et était proche de sympathisants britanniques d’Al-Qaïda. Il soutenait la campagne meurtrière des GIA en Algérie. Il est actuellement détenu en Grande-Bretagne pour notamment incitation à la haine, au meurtre et à la violence contre les non-musulmans.

De son côté, Anwar Al-Awlaki est né en 1971, au Nouveau-Mexique (États-Unis), de parents d’origine yéménite. Il était imam d’abord dans la «Denver Islamic Society» (1994-1996), puis à «Masjid Ar-Ribat al-Islami» (1996-2000), en Californie. Il s’était retrouvé (semble-t-il) au même moment et à la même mosquée avec au moins deux des pirates de l’Air du 11 septembre 2001 (Nawaf Al-Hazmi et Khalid Al-Mihdhar).

Cet utilisateur efficace des nouvelles technologies de l’information comme moyen de recrutement de jihadistes et de propagande anti-américaine a notamment un site web en son nom propre (http://anwar-alawlaki.com/) et une page Facebook. Grâce à ce biais, il a pu communiquer (au moins de décembre 2008 à juin 2009) avec notamment le psychiatre et major américain Nidal Malik Hasan qui a (le 5 novembre 2009) tué treize soldats à la grande base terrestre américaine de Fort Hood au Texas. Il semble également qu’il était en contact avec Omar Farouk Mutallab, le jeune nigérian qui avait tenté de faire exploser le vol no. 253 de la compagnie aérienne américaine Northwest le jour de Noël dernier («Barack H. Obama, la droite idéologique et la ‘‘guerre contre le terrorisme»). Cette tentative ratée a fait lancer à ses traces au Yémen (son nouveau lieu de résidence) des agents des Forces spéciales américaines. On a même récemment cru qu’un drone de la CIA l’avait tué, en compagnie du chef d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique («Al-Qaïda dans la Péninsule arabique»).

 En travaillant au corps-à-corps et en aval les communautés musulmanes pieuses de manière traditionnelle ou à l’aide d’Internet, certains imams de la discorde pourraient identifier des fidèles (souvent assez jeunes et vulnérables) qui seraient tentés par l’expression de leur «solidarité islamique» de manière violente dans des pays musulmans lointains où sont présentes des troupes occidentales (Afghanistan, Irak) ou des forces spéciales lancées à la trace des combattants d’Al-Qaïda (Yémen, Pakistan, Sud des Philippines). Des pays avec lesquels ils n’ont souvent aucun lien de filiation, si ce n’est celui religieux ou imaginaire. Une fois sur place, ils se rendent souvent compte que ces pays n’ont rien à voir avec les idées qu’ils s’en faisaient au départ.

En recrutant ces jeunes, l’imam de la discordance les enferme dans un engrenage infernal. Souvent après qu’ils aient subi une intense campagne de radicalisation et de reformatage psychologique. Faisant d’eux à terme des combattants sur différents fronts du jihad. Il arrive que certains de ces jeunes, de retour en Occident, soient chargés de missions terroristes sur place.

Ces différents éléments montrent la dangerosité de cette catégorie d’imam de discordance et la nécessité de s’en occuper.

Que faire face aux imams de la discorde

Dans le contexte international post-11 septembre 2001, les mots n’ont plus la teneur qu’ils avaient auparavant. Ce que plusieurs pays occidentaux pouvaient se permettre dans le passé récent n’est plus de mise aujourd’hui. Un «sanctuaire» comme le «Londonistan» (où des islamistes radicaux se retrouvaient et criaient leur colère contre l’Occident) n’est plus tolérable pour les services de sécurité et encore moins pour le public en général. À raison!

Étant donné la teneur extrêmement violente des prêches publics des imams de la discorde, ces propos ne relèvent pas d’une liberté d’expression, fondement essentiel de la démocratie. Encore moins d’une liberté religieuse. Comme ce sont plutôt des propos incitant à la haine et à la violence, voire au terrorisme domestique et international, leurs auteurs tombent tout à coup sous le coup de la loi.

Faisant face à des imams de la discorde, certains pays occidentaux n’ont pas hésité à sévir. En appliquant à certains d’eux des dispositions légales. Et en expulsant d’autres de leur territoire vers leur pays d’origine. C’est d’ailleurs ce qu’a fait récemment la France. Atteignant le chiffre non négligeable de 29 imams controversés. Le dernier en date de ces imams expulsés (le 8 janvier dernier) est un Égyptien du nom d’Ali Ibrahim El Soudany (37 ans). Le controversé ministre de l’Intérieur français Brice Hortefeux a motivé cette décision d’expulsion expresse et sans aucune forme de procès par le caractère (à l’en croire) «dangereux» de cet imam qui officiait dans une mosquée de Seine-Saint-Denis et qui aurait appelé dans ses prêches ses ouailles à la «haine» et à la «lutte contre l’Occident et au mépris de ses valeurs», sans oublier l’«incitation à la violence» contre lui.

S’il est probable que cette décision n’est pas exempte de considérations électoralistes de la part d’un politiciens de droite n’hésitant pas à l’occasion de raconter une «blague» à teneur raciste et à flatter l’électorat du raciste Front national dans le sens du poil, le nombre élevé des imams radicaux expulsés (entre autres de France et de Grande-Bretagne) et les prêches jihadistes (qui nous sont parvenus grâce à plusieurs sources fiables) que plusieurs d’entre eux n’hésitaient pas à prononcer au cœur même de l’Occident ne peuvent que nous interpeller. Qu’on soit musulmans ou non. Non seulement à cause de leur teneur violente, mais également (et surtout) à cause de leurs retombées négatives potentielles sur la sécurité publique en Occident et sur la sécurité internationale. D’où le nécessaire rejet de ces imams de la discorde d’abord et avant tout par les musulmans pieux en particulier et les musulmans en général. Pour le bien de tous.

**

Face aux imams de la discorde, les musulmans devraient se mobiliser pour les empêcher de continuer de sévir et de nuire ainsi à leurs intérêts et image. De leur côté, les Occidentaux devraient éviter les amalgames entre imams de la concorde civile et imams de la discorde. De plus, ils feraient mieux de collaborer (entre autres) avec les leaders religieux musulmans modérés. Il en va de la sécurité de tous.


20 janvier 2010


 


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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