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Barack H. Obama, la droite idéologique et la «guerre contre le terrorisme»

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Depuis son investiture en janvier 2009, Barack H. Obama continue d’être la cible de la droite idéologique américaine. Elle s’efforce de le dépeindre dans l’opinion publique comme un dirigeant mou face au terrorisme. Mais rien n’est aussi éloigné de la réalité qu’une telle affirmation.



Aussitôt investi comme 44e président des États-Unis, Barack Hussein Obama s’est attelé à l’immense tâche du démantèlement de l’édifice bâti par son prédécesseur durant huit ans. Un sacrilège pour la droite idéologique de son pays. Alors que toute administration sortante était (selon une règle non écrite mais coutumière de Washington) tenue par le respect du devoir de réserve, le vice-président sortant Richard (Dick) Cheney en a décidé autrement.

Si le président sortant (George W. Bush) est à ce jour resté discret à propos de la politique de son successeur, Cheney n’a manqué aucune occasion pour montrer son total désaccord avec les orientations politiques du nouveau locataire de la Maison-Blanche. Toujours avec le même message. À l’en croire, Obama serait à la fois mou, inconscient du degré de dangerosité du terrorisme islamiste pour la sécurité nationale et incapable d’y faire face et donc de protéger le peuple américain.
 
Si certains à gauche du spectre politique américain essayeront de se consoler en pensant que de telles affirmations exprimeraient le dépit d’un homme puissant dont le parti a lamentablement perdu le pouvoir en novembre 2008, rien n’est moins simple. D’ailleurs, il ne fait que porter le ballon des anti-Obama. De nombreuses figures de la droite partagent son opinion. Certains d’entre eux l’expriment même avec plus de véhémence. Ils sont loin de se réduire au seul populiste de droite et trublion Rush Limbaugh, le célébrissime animateur de radio, ou aux animateurs zélés du réseau de télévision néoconservateur «Fox Channel» de Rupert Murdoch. C’est pourquoi il faut aller voir de plus près s’ils ont raison ou si c’est de la politique partisane de la vieille école.
 
Obama, la rhétorique d’un mou?

Comme la politique est d’abord et avant tout une question de mots, encore plus quand il s’agit du discours du dirigeant politique le plus puissant du monde, commençons donc par la rhétorique de cet homme, Barack H. Obama.
 
Tous ceux qui ont une mémoire se rappelleront du discours d’investiture d’Obama, le mardi 20 janvier 2009. Non seulement parce qu’il était encore une fois inspirant et enlevant. S’adressant à son peuple et au monde entier dans un moment très solennel, il a montré qu’il n’était ni naïf sur l’état réel du monde ni aveuglé par l’idéologie manichéenne à la sauce G. W. Bush.

À cette occasion, il a déclaré que son pays était «en guerre» non pas contre un «axe du mal», mais contre «un vaste réseau de violence et de haine» (c’est-à-dire Al-Qaïda) et avertit tous ceux (parmi les membres de ce réseau et d’autres) qui pourraient douter de sa détermination ou le prendre pour un dirigeant faible, qu’il fera «tout ce qui est nécessaire pour les mettre en échec et défendre (son) pays»… «Nous n'allons pas nous excuser pour notre façon de vivre (a-t-il précisé), ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.» Et «à ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l'Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.» Un message de fermeté répété ultérieurement à plusieurs occasions.

Même lors de son discours devant l’Académie suédoise qui lui a décerné le Prix Nobel de la paix pour l’année 2009. N’en déplaise à ses détracteurs de droite frappés cette fois encore de surdité délibérée.
 
Mais contrairement à une droite idéologique qui pense que tous les moyens (y compris inconstitutionnels) sont appropriés pour lutter contre le terrorisme (d’où les dérives de l’administration Bush), le 44e président américain rejette l’idée selon laquelle il faudrait choisir «entre la sécurité nationale et les idéaux» des Pères fondateurs de la démocratie américaine. Car il estime que la défense de son pays n’est pas seulement affaire d’arsenaux militaires, c’est également une question de respect de la Charte des droits et libertés (qu’il considère inaliénables) et d’alliances internationales.
 
Ce ne sont pas là des propos qui respirent la mollesse ou la naïveté, encore moins la faiblesse de la part du président démocrate. Cette même posture se retrouve dans sa politique étrangère de lutte contre Al-Qaïda.

Une lutte sans merci contre Al-Qaïda
 
Le président américain sait pertinemment à quelle menace son pays fait actuellement face au niveau international. Loin d’être naïf ou faible, il a élaboré une stratégie réaliste et ambitieuse. Une stratégie qui mobilise le «Smart power», c’est-à-dire une combinaison du «Hard» et du «Soft power», pour reprendre les concepts clés du politologue américain Joseph Nye de l’université Harvard. Sa ministre des Affaires étrangères, Hillary Clinton, l’a rappelé à plusieurs reprises devant notamment l’influent Conseil de la politique étrangère (CFR) de New York.
 
Au niveau idéologique, Barack Hussein Obama œuvre à la mobilisation de l’islam comme outil de lutte anti-terroriste. D’où les différents messages d’ouverture, de respect et de dialogue envoyés à l’ensemble des musulmans du monde entier. Même sa décision hautement symbolique et salutaire de fermer la prison de Guantanamo (le tristement célèbre centre de torture et de détention de présumés terroristes) entre dans ce cadre d’apaisement avec le monde islamique pour une meilleure lutte contre Al-Qaïda. L’ennemi de tous!
 
D’un point de vue militaire, Obama s’est montré encore plus combattive que son prédécesseur dans sa lutte contre le réseau des réseaux Al-Qaïda. Ses drones ont fait en un an plus de sorties que pendant les années Bush. Ils ont tué plusieurs dirigeants jihadistes de différents rangs dans des contrées et des pays comme l’Afghanistan, la vaste bande du Sahel africain, le Pakistan, la Somalie et le Yémen («Barack H. Obama et les relations entre les États-Unis et le Yémen»). Ses forces spéciales continuent de plus belle la traque des combattants du jihad mondial. Son administration apporte l’aide qu’elle estime nécessaire et possible à des gouvernements étrangers aux prises avec Al-Qaïda. Même l’augmentation de l’aide civile à différents pays musulmans (dont le Pakistan, l’Afghanistan et le Yémen) entre dans le cadre de cette stratégie globale de lutte contre Al-Qaïda.
 
**
 
Ayant l’œil rivé sur les élections de mi-mandat de cette année, les Républicains multiplient les attaques idéologiques contre la politique de Barack H. Obama. Ils semblent penser qu’à force de répéter le même message d’un «Obama faible» en matière de sécurité nationale, ils pourraient distiller le doute dans l’esprit du public américain et battre ainsi les démocrates en novembre prochain. Mais rien n’est moins sûr.

13 janvier 2010
 


* Barack Obama s'adressant à un forum sur la santé à la Maison-Blanche, le 5 mars 2009. Image: whitehouse.gov


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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