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Le Moyen-Orient au cours de l’année 2009

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Au cours de l’année 2009, plusieurs nuages ont couvert la vaste zone du Moyen-Orient. La guerre de Gaza. L’Iran. L’Irak. L’Afghanistan. Le Pakistan. Le Yémen, etc.



L’année 2009 était grosso modo une mauvaise année pour le Moyen-Orient. Elle a mal commencé dans le lieu même qui captive l’attention notamment des musulmans et des juifs du monde entier. La Palestine historique.

Guerre de Gaza, Israël et l’Autorité palestinienne

La guerre contre la bande de Gaza a duré 33 jours, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009. Deux jours seulement avant l’investiture historique de Barack Hussein Obama comme nouveau président des États-Unis. Elle a coûté la vie à 1315 Palestiniens et à 13 Israéliens. «Plomb durci» cherchait d’abord à mettre un terme à l’approvisionnement en armes du Hamas et à ses tirs de roquettes sur des localités israéliennes proches de la bande de Gaza. Un objectif militaire fort appréciable pour une population terrorisée par ces missiles artisanaux. Tout en voulant détruire les tunnels reliant la bande au Sinaï égyptien, les dirigeants israéliens voulaient également décapiter le régime islamiste. Mais force est de constater que non seulement il est toujours en place, mais qu’il est devenu plus puissant que jamais. Et tous ceux qui, des nationalistes ou des salafistes jihadistes, s’y refusaient encore l’avaient appris à leurs dépens.

Si l’offensive israélienne a détruit les infrastructures de la bande de Gaza et plongé ses habitants dans une crise humanitaire sans précédent, elle a en revanche terni l’image d’Israël dans le monde. Le maintien du blocus israélien imposé à Gaza ne pourra nullement redorer son blason.

L’alliance du nouveau Premier ministre Benyamin Netanyahou (chef du Likoud, droite nationaliste) avec l’extrême droite et ses exigences (le 23 mai) des Palestiniens de reconnaître Israël comme «État juif» avant toute négociation de paix, sa résistance à l’idée d’un État palestinien souverain et viable économiquement, son refus du gel total de la colonisation juive et de considérer Jérusalem-Est comme territoire palestinien…, des éléments qui ont renforcé l’opinion négative de ses adversaires.

Fort de sa position dominante à Gaza, de ses avancées en Cisjordanie et des erreurs de ses frères-ennemis du Fatah, le Hamas a su se rendre incontournable pour toute négociation effective de paix israélo-palestinienne. De leur côté, les nationalistes ont brillé par leur division, la corruption de leur régime et son autocratisme, le refus de moderniser leur leadership, sans oublier les erreurs de leur chef. Malgré différentes initiatives, ces deux concurrents sont demeurés campés sur leurs positions. Plongeant leur peuple dans le désespoir et compliquant singulièrement la tâche de George Mitchell, l’émissaire spécial américain chargé du dossier israélo-palestinien.

L’Iran

L’élection de Barack H. Obama a surpris une mollahcratie qui était à l’aise dans la posture du «résistant» au cowboy George W. Bush. Avec un nouveau président favorable à la réconciliation avec l’Iran, les mollahs étaient pris de cours. Depuis, Washington guette tout signe d’ouverture de la part d’un régime qui semble avoir choisi le bras de fer avec la «communauté internationale» à propos de son programme nucléaire. En raison du flou entourant ce programme, plusieurs au sein de la «communauté internationale» soupçonnent ce pays de développer secrètement un programme militaire. Si Israël active tous ses leviers d’influence en Occident pour mener des frappes préventives contre les installations nucléaires iraniennes, du moins durcir le programme de sanctions internationales contre lui, c’est notamment en raison des déclarations controversées sur Israël et la Shoah du président Mahmoud Ahmadinejad.

L'annonce le 12 juin de la réélection d’Ahmadinejad a provoqué la colère et l'indignation principalement parmi la classe moyenne urbaine iranienne. Les opposants ont réussi à faire de ce résultat un produit «radioactif» pour le régime théocratique dans son ensemble. Malgré sa main lourde, le régime n’a pas repris l’initiative et la contestation interne ne faiblit pas encore. Si le décès du Grand Ayatollah Hussein Ali Montaziri peut être considéré comme une grosse perte pour elle, elle peut le transformer en icône oppositionnelle. Pour le moment, cette opposition manque de stratégie claire.

L’Afghanistan, le Pakistan

Huit années après la chute du régime taliban, voilà que les fantassins du mollah Omar sont de retour. Leur 33 «gouverneurs de l’ombre» contrôlent déjà 33 des 34 provinces du pays. Même Kaboul n’échappe pas à leur coup de feu. Ils ont à plusieurs reprises failli tuer Hamid Karzaï. Un président largement contesté dans son pays. Ses détracteurs lui reprochent l’inefficacité de son gouvernement et sa corruption. Il n’a de surcroît réussi ni à apporter la paix et la prospérité à son pays ni à protéger son peuple des coups meurtriers des insurgés talibans et des «bavures» des forces de l’Otan. Sa «réélection» controversée en août a fragilisé un peu plus la légitimité de son pouvoir. Comme l’arbre ne donne que les fruits qu’elle a, il est peu probable que le «maire de Kaboul» change de méthode de gestion des affaires de l’État et se sépare des chefs de guerre qui ont contribué à sa «réélection» et qui servent, à leur corps défendant, de leviers de propagande talibane anti-Karzaï.

Pour éviter à son pays une défaite stratégique humiliante en Afghanistan, Obama a mis en place une nouvelle stratégie d’escalade militaire et civile. Cette stratégie anti-insurrectionnelle comporte notamment le déploiement rapide de 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan et le début du retrait américain en juillet 2011. Une stratégie destinée à «finir le boulot» laissé inachevé par G. W. Bush.

Dans le Pakistan voisin, le gouvernement civil est fragile. La crédibilité de plusieurs de ses membres (incluant le président Ali Zardari) est entachée pour allégations de corruption. La décision de la Cour suprême pakistanaise d’abroger les décrets d’amnistie promulgués en 2007 par le président sortant Musharraf en faveur de nombreux dirigeants est une indication forte de l’exaspération de l’opinion publique pour cause d’affaires de corruption. Si Zardari est lui aussi dans le collimateur de la justice, son immunité présidentielle l’y protège pour le moment.

Devant la vaste campagne militaire menée notamment dans la vallée de Swat et dans le Sud-Waziristan (fief des talibans pakistanais et refuge des talibans afghans et des combattants d’Al-Qaïda), les islamistes armés ont multiplié leurs attentats aux quatre coins du pays pour affaiblir encore davantage l’autorité du gouvernement civil et montrer l’étendue et la force de leur présence nationale. Ils pensaient qu’une telle campagne sanglante, qui n’a épargné ni forces de l’ordre et de sécurité ni la population civile, ferait flancher la volonté d’Islamabad et du pouvoir militaire.

Pour aider son allié clé pakistanais à faire face à cette déferlante, Washington a triplé le montant de son aide, soit 7,5 milliards de dollars annuels, pour les cinq ans à venir. Une enveloppe d’aide destinée notamment à la construction d’infrastructures, à l’éducation et à la santé. Mais cette aide a soulevé la colère du public et de l’armée car elle est assortie de conditions jugées «inacceptables» pour la souveraineté nationale. Un reproche qui s’ajoute aux griefs nés des opérations clandestines américaines sur le sol pakistanais.

Le Yémen

Le président Ali Abdallah Saleh a fait face à trois menaces. La rébellion zaydite des chiites Houthistes au nord, les sécessionnistes au Sud-Yémen et les combattants d’Al-Qaïda en Péninsule arabique. S’il a infligé de sérieux revers aux derniers (avec une contribution américaine de plus en plus affichée), il est demeuré impuissant face aux deux autres. Dépourvu de vision d’avenir et touché lui aussi par le syndrome de succession dynastique, il n’a fait qu’enfoncer un peu plus son pays dans une grave crise politique qui pourrait à terme emporter son pays et en faire un État failli.

Le Liban et l’entente syro-saoudienne

Après une longue crise, les principales forces politiques libanaises, dont l’«alliance du 14 Mars» et le Hezbollah (pivot de l’oppositionnelle «alliance du 8 Mars», se sont enfin mises d’accord, le 9 novembre, pour former un gouvernement «d’union nationale», avec à sa tête Saâd Hariri (fils de Rafik Hariri, l’ancien Premier ministre assassiné en 2005). La conclusion de cette formule n’a pu se passer des parrainages saoudien et syrien. Ce qui en dit long sur la division du pays et sa fragilité face aux manipulations et jeux d'influence de puissances régionales et internationales.

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Après une année 2009 largement critique, la nouvelle année qui s’ouvre sera cruciale pour le traitement de plusieurs des crises esquissées ici. La «communauté internationale» sera-t-elle au rendez-vous?

12 janvier 2010

 


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