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Québec. Le décès de Bruno Roy, une grande perte pour le milieu des arts et des lettres francophones

Montréal - L’écrivain québécois Bruno Roy a été emporté ce mercredi par une hémorragie cérébrale, à l'âge de 66 ans. Le doyen de la littérature francophone au Québec est décédé subitement.



M. Roy avait été terrassé par un accident vasculaire cérébral le 12 décembre dernier mais personne ne croyait que cet incident avait pu mettre sa vie en danger. Il avait d’ailleurs pu réintégrer son domicile pour le temps des Fêtes avec sa famille. Son état s’est cependant détérioré au cours des derniers jours, jusqu’à ce qu’il rende l’âme dans la nuit de mardi à mercredi. Ses funérailles auront lieu samedi dans la province francophone du Québec.
 
Essayiste, poète et romancier, Bruno Roy s’était fait connaître du grand public par ses interventions passionnées tant à titre de président de l’Union des écrivains du Québec que de président du Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (COOID) (1).
 
Rien ne destinait pourtant Bruno Roy à l’écriture. Pratiquement analphabète à l’âge de 15 ans, en raison d’un internement psychiatrique injustifié, il a vécu le cruel destin d’un enfant rejeté par la société. «J’ai été un enfant qu’on a détourné de son enfance. Je suis né contre les valeurs morales de l’époque», a-t-il écrit dans son «Journal dérivé». Bruno Roy a publié une trentaine d’ouvrages et signé de nombreux textes d’opinion.

Homme de passion et de droiture, les causes de Bruno Roy étaient nombreuses et son engagement dans chacune était total.
D’abord pour la défense de la langue française. - «secret d'une vaste enfance enneigée / sur le chemin du poète accompli» - lui a vaudra laMédaille d'honneur de l'Association des écrivains de langue française en 1993. Homme engagé, il avait fait paraître plus de 200 textes d’opinion dans divers journaux et revues. Il avait siégé au comité du Mouvement Québec français de 1987 à 1996 et a participé comme commissaire représentant le milieu culturel à la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir du Québec. Son travail d’enseignant et de conférencier a été maintes fois souligné, notamment par le Collège André-Laurendeau qui a créé le Prix annuel Bruno-Roy visant à encourager la relève littéraire chez les étudiants.
 
Bruno Roy, qui se définissait comme «un écrivain qui enseigne», a aussi été professeur dans plusieurs collèges et universités. Il était très apprécié par sa grande famille des lettres. En 1999, il a reçu le prix Félix-Antoine-Savard de poésie pour son texte «Âmes partagées». Il était le deuxième Québécois à recevoir la médaille d’honneur de l’Association des écrivains de langue française (ADELF).
 
L'écrivain Bruno Roy qui a longtemps présidé l'Union des écrivains québécois, était aussi l’auteur de nombreux ouvrages sur la musique québécoise. Il était le défenseur de la chanson au Québec dont il a aussi fait sa thèse de doctorat (U. de Sherbrooke, 1981). On lui doit, entre autres, Panorama de la chanson québécoise (Leméac, 1977), Pouvoir chanter, son oeuvre maîtresse sur le sujet (vlb, 1991) et en 2008, L'Osstidcho ou le désordre libérateur (XYZ). Sa dernière oeuvre était d’ailleurs une anthologie publiée en 2009 intitulée «Les cent plus belles chansons québécoises» accompagnée de tableaux de Diane Dufresne. Cet intérêt s’était manifesté tôt en témoigne sa thèse de doctorat qui portait sur la chanson québécoise.
 
Bruno Roy a été le président de l’Union des écrivains de 1987 à 1995 et de 2000 à 2004, la faisant reconnaître comme représentant unique des écrivains et des écrivaines québécois. Le dernier roman de Bruno Roy est intitulé N'oublie pas l'été constitue une excellente porte d'entrée d'une oeuvre qui compte une trentaine de titres: roman, poésie, journal, récit (voir la bibliographie complète sur www.litterature.org).
 
Le décès de Bruno Roy est une grande perte pour le milieu des arts et des lettres francophones au Québec. L’homme a milité pour l'amélioration de la qualité de vie des artistes, des artisans, des écrivains et des travailleurs culturels francophones. Il a été un ardent défenseur de leurs droits en étant toujours solidaire de l'ensemble de sa communauté. Il savait exprimer avec justesse les enjeux que représente la culture française au pour la communauté francophone du Québec et il soulevé sans cesse la défense des artistes et des travailleurs culturels francophones. Lorsqu'il s'agissait de les faire connaître publiquement, il l'a toujours fait avec force et avec détermination, sans mesurer son temps.
 
En 2007, alors qu'il était appelé à rédiger une déclaration pour le Mouvement pour les arts et les lettres au Québec (2) écrivait ceci : "Nous savons de quels efforts continus les artistes construisent les réussites d'une ville, d'une région, d'une province ou d'un pays. Cette vérité est universelle : leurs œuvres sont ancrées dans la vie de la communauté et elles sont nécessaires à l'épanouissement de cette communauté autant qu'à leur mémoire. Nos œuvres nous chantent, nous écrivent et nous nomment à la face du monde. (...) D'hier à aujourd'hui, le rôle des arts et des lettres, en tant que force d'intégration, a toujours pris et prend une importance vitale dans l'affirmation des identités d'un peuple." (3)
 
La seconde cause de l’essayiste fut la défense des orphelins. L’homme s’était fait connaître du grand public par ses interventions passionnées au titre du président du Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (COOID). Depuis 1994, il était porte-parole et président du Comité des orphelins de Duplessis. Cinq ans plus tard, il recevra le prix Condorcet de la laïcité au nom du Comité des Orphelins de Duplessis dont il était la figure de proue.
 
Il a défendu la cause des orphelins de Duplessis en devenant leur porte-parole face au gouvernement québécois. Il aura fallu 10 ans de démarches pour que Québec accepte finalement de leur verser des compensations, en 2001.
 
Aidé par les Hervé Bertrand, les Lucien Landry, les Jacques Hébert ainsi que par l'ensemble des Leaders de la Communauté Québécoise, Bruno (du COOID) a réussi à faire Bouger le Québec tout entier relativement aux Conditions de Vie qui étaient réservées à toutes ces personnes qui, nées "illégitimes" et sans y être adoptées, ont été institutionnalisées au temps de Duplessis-Léger, une Époque dite de "Grande Noirceur", une époque ou le stratagème imaginé par Maurice Duplessis et le cardinal Léger avait alors permis aux communautés religieuses de toucher plus d'argent du gouvernement fédéral, qui accordait des subventions plus substantielles pour la prise en charge d'un enfant réputé malade que pour un orphelin en bonne santé.
 
Sorti de l'asile à 16 ans, Bruno Roy, lui, était un miraculé. Il n'avait pas de nom à la naissance. Celui qu'on lui a donné - Bruno Damase Roy -, il l'aura ancré jusque dans le jour de son départ de l’orphelinat .Selon les papiers officiels, il était «arriéré mental».
Cela, Bruno Roy, l'écrivain, titulaire d'un doctorat en littérature française ne l'a jamais oublié. Pas plus qu'il n'a tourné le dos, une fois dans le grand monde, aux orphelins de Duplessis, ses compagnons d'infortune.

Fort de ces études, des années plus tard, il organisera une bataille rangée. Il s'entourera d'avocats, d'intellectuels (le sénateur Jacques Hébert, le psychiatre Denis Lazure) et de personnes fortes au Québec comme Léo-Paul Lauzon. Ensemble, ils organiseront des manifestations en camisole de force, frapperont à toutes les portes et bousculeront le gouvernement.

Le gouvernement a présenté ses excuses en 1999 (4). En 2001, au terme d'une lutte épique, Bruno Roy a obtenu que le gouvernement du Québec verse une compensation moyenne de 25 000 $ à chaque orphelin de Duplessis.
 
De son Implication, deux Décrets ont été faits : Le Décret 1153-2001 qui allait concerner toutes ces Personnes ayant fréquenté les Centres Psychiatriques, et le Décret 1198-2006 touchant ceux qui ont vécu soit en Orphelinat, soit en Centre d'Accueil Spécialisé en "retard mental" ("Déficience Intellectuelle") !

Dans une entrevue, en 2001, Bruno Roy a déclaré qu'il avait pu faire bénéficier les orphelins de Duplessis de ce qu'ils n'avaient pas: les mots pour dire leur souffrance, les mots pour revendiquer. «Jusque-là, parce qu'ils témoignaient avec certains débordements et qu'ils s'exprimaient à la manière d'exclus sociaux, on disait d'eux qu'ils racontaient n'importe quoi.»
 
Bruno Roy dira cependant qu'il n'avait jamais voulu s'en prendre personnellement à des individus ou à des groupes, mais dénoncer un système d'oppression, une injustice.

La ministre québécoise de la Culture Christine St Pierre, dans un communiqué elle a rappelé comment M. Roy avait «oeuvré avec passion et efficacité à la défense des droits de celles et de ceux qui réinventent sans relâche notre imaginaire collectif».
Bruno avait toujours quelque chose en chantier. Un poème, un roman, un scénario, une cause à défendre.
 
«Bruno Roy est un homme qui n’a pas manqué de mettre son talent au service des causes les plus nobles et qui a travaillé avec ardeur et ténacité à leur défense. À l’instar de ses proches qui regretteront ses qualités humaines, le Québec porte le deuil aujourd’hui d’un homme engagé et convaincu», a affirmé le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.
 
Merci à beaucoup pour la contribution de Marcel Fafouin Blais du Québec (ancien résident de l’orphelinat de Duplessis)
 

Notes

(1) Les orphelins de Duplessis est le nom donné à des milliers d'enfants orphelins qui ont faussement été déclarés malades mentaux et confinés dans des institutions psychiatriques du Québec. Des années 1940 jusque dans les années 1960, le Premier ministre du Québec Maurice Duplessis, en coopération avec quelques membres de l'Église catholique romaine qui gérait les orphelinats, a développé une stratégie pour obtenir des subventions fédérales pour des milliers d'enfants, dont la plupart étaient devenus orphelins en étant abandonnés de leurs mères célibataires. L'un des portes parole dénonçant l’injustice des orphelins de Duplessis, auprès du Gouvernement du Québec, fut l'écrivain et poète Bruno Roy qui ouvra toute sa vie pour obtenir justice.

(2) Le Mouvement pour les arts et les lettres regroupe sept organisations nationales et treize conseils régionaux de la culture du secteur des arts et des lettres, qui représentent des milliers d'artistes professionnels, écrivains et travailleurs culturels au Québec. Sa mission est d'appuyer le développement des arts et de la culture dans leur région.
 

(3) Source: Mouvement Québec pour les arts et les lettres.
 

(4) Notons de cette Histoire que, parmi les Organisations visées par les Activités du Cooid (Système de la santé, Corporation professionnelle des Médecins et spécialiste, le Gouvernement du Québec), Seule l'Église catholique Romaine du Québec a refusé de s'excuser !
 

Le 8 janvier 2010


* Image : littérature.org


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