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Barack H. Obama et les relations entre les États-Unis et le Yémen

(French version only)
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Avec l’attentat raté du 25 décembre 2009, les États-Unis ont pris la mesure de la menace réelle que représente l’organisation d’Al-Qaïda en Péninsule arabique pour leur sécurité nationale. D’où la détermination du président Barack H. Obama à renforcer la coopération militaire et sécuritaire de son pays avec le Yémen. Sans oublier le volet civil.



Décidément, le Yémen figurera en bonne place sur l’agenda diplomatique international de l’année 2010. S’ajoutant à d’autres dossiers qui avaient préoccupé la «communauté internationale» durant au moins l’année dernière, dont l’épineuse question du nucléaire iranien. Ayant réussi à projeter leur puissance au cœur même des États-Unis (malgré les améliorations notables en termes de sécurité intérieure, depuis les attentats du 11 septembre 2001), Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA) s’est rappelée au bon souvenir des Américains le 25 décembre dernier («Al-Qaïda dans la Péninsule arabique»), même si leurs services de renseignement n’étaient pas totalement ignorants de ses activités. Face à cette «nouvelle» menace pour la sécurité nationale de son pays et ses intérêts au Moyen-Orient, le président américain ne pourra s’offrir le luxe d’ignorer les relations de son pays avec le Yémen, nouvelle «terre de mission» et de refuge de combattants d’Al-Qaïda.

Au début était l’attaque kamikaze contre le navire de guerre USS Cole en 2000

La tentative ratée le 25 décembre 2009 du jeune nigérian voulant déclencher son dispositif à bord du vol 253 de la Northwest Airlines pour tuer près de 300 passagers et membres d’équipage n’est pas le premier acte de «guerre» contre les États-Unis de la part des salafistes jihadistes du Yémen. Souvenons-nous notamment de l’attaque kamikaze le 12 octobre 2000 contre le navire de guerre USS Cole qui mouillait dans le port d'Aden.

C’était William J. Clinton qui présidait alors aux destinées du pays de l’Uncle Sam. Une attaque qui a coûté la vie à dix-sept marins américains et des centaines de millions de dollars au trésor public. Plusieurs salafistes jihadistes sont alors mis derrière les barreaux. Le 11 septembre 2001 s’approchait dangereusement!

Une partie des membres de la cellule yéménite responsable de cet attentat était composée d’Afghans yéménites de retour dans leur pays (après avoir fait le coup de feu dans le pays des Pachtouns) et d’Afghans arabes trouvant refuge dans le royaume du qat (une plante euphorisante très répandue dans le pays), évitant ainsi des «désagréments» avec les autorités despotiques de leurs pays d’origine. Ils ont profité à la fois des traditions ancestrales d’hospitalité des tribus yéménites, de la corruption endémique des autorités et de la faiblesse du contrôle du pays par le pouvoir central (dont l'autorité effective ne s'étend pas beaucoup en dehors de la capitale Sanaa) pour s’aménager des refuges et camps d’entrainement de leurs combattants dans des zones tribales largement autonomes.

Pour ne pas rééditer le précédent fâcheux de 1990-1991 (quand le président Ali Abdallah Saleh avait soutenu Saddam Hussein qui venait d’envahir le Koweït), Sanaa s’est (au lendemain des attentats du 11 septembre 2001) rangée du côté de Washington dans sa «guerre mondiale contre le terrorisme». Attirant du même coup des fonds supplémentaires et la «compréhension» de sa politique répressive de la part d’une administration américaine prêchant pourtant le slogan de «démocratisation du Grand Moyen-Orient» (et donc du Yémen), à coup de diplomatie bottée.

Entre le mois d’octobre 2002 et le mois de novembre 2003, on a assisté au renforcement de la coopération yéménite en termes de sécurité et de renseignement avec Washington au titre de la lutte contre Al-Qaïda. Permettant à titre d’exemple le déploiement d’unités des Forces spéciales américaines sur le territoire yéménite, pour traquer les leaders d’Al-Qaïda et de les tuer (à défaut de les capturer) à l’aide des drones de la CIA. Ces opérations clandestines ont permis la liquidation de plusieurs combattants et cadres de différents niveaux d’Al-Qaïda au Yémen, dont le prédécesseur du chef fondateur d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA).

Avec ces succès indéniables de la guerre clandestine, Sanaa comme Washington s’étaient endormies jusqu’à un certain point sur leurs lauriers. Ils pensaient avoir fini (au moins pour un certain temps) avec le chapitre yéménite du réseau d’Oussama Ben Laden. Mais c’était à la fois mal connaître le degré de détermination des salafistes jihadistes et leur implantation parmi des populations en «rupture de ban» avec un gouvernement central blâmé pour tout ce qui ne fonctionnait pas au pays. Sans oublier la culture et les pratiques transnationales et transfrontalières des combattants d’Al-Qaïda. N’oublions pas que chaque fois que la pression sécuritaire montait du côté yéménite, ils n’avaient qu’à trouver refuge dans une Arabie saoudite voisine partageant une frontière poreuse de 1458 km. Quitte à revenir un peu plus tard et asséner des coups aux symboles du gouvernement central et aux intérêts américains. C’est ce qui est arrivé notamment en 2006 et 2008 quand l’ambassade américaine à Sanaa a subi des attaques jihadistes à la voiture piégée.

Barack H. Obama ou quand la traque d’Al-Qaïda reprend de plus belle au Yémen

Avec l’élection de Barack Hussein Obama à la présidence des États-Unis, l’état-major d’Al-Qaïda établi (depuis l’effondrement taliban) dans la partie pakistanaise du «Pachtounistan» semblait dépassé. Il ne s’attendait pas à ce que les électeurs du pays du cowboy George W. Bush portent leur dévolu sur un jeune candidat métis, portant de surcroît un deuxième prénom à consonance arabe. Inimaginable pour ces combattants qui auraient été plus en terrain connu avec quelqu’un comme le républicain John S. McCain («Al-Qaïda: Le «retour» d’Oussama Ben Laden»).  «Désarmé» par la popularité dans plusieurs pays musulmans du nouveau locataire de la Maison-Blanche grâce aux signaux de son ouverture à l’égard du monde islamique (contrairement au honni G.W. Bush), et affaibli jusqu’à un certain point par plusieurs coups durs assénés à la fois par l’armée pakistanaise dans une partie des zones tribales du pays et par les différentes opérations des combattants de l’ombre dans les quatre coins de la planète («Jean-Pierre Filiu: Les neufs vies d’Al-Qaïda»), Al-Qaïda «central» a vu sa marge d’action rétrécir dangereusement.

Avec les débâcles de «son» chapitre irakien et les revers de celui nord-africain, un boulevard s’est ouvert devant ses combattants en Arabie. D’où la multiplication vertigineuse de leurs opérations, plus spectaculaires les unes que les autres, dans plusieurs parties de la Péninsule arabique. Même Mohammed bin Nayef (le responsable national de la lutte antiterroriste et fils du puissant et inamovible ministre de l’Intérieur saoudien, le prince Nayef) a failli y laisser sa peau en août 2009. Lors de cette opération, Al-Qaïda a innové en utilisant un nouveau procédé chimique, un «suppositoire explosif». Le même procédé a apparemment failli être enclenché (le 25 décembre dernier) par l’apprenti kamikaze du vol 253 de la Northwest Airlines. Une action intervenant près d’un an après l’annonce de la création du chapitre régional d’Al-Qaïda en Arabie, Al-Qaïda dans la Péninsule arabique. Cet attentat raté a forcé le président Obama a rappelé à son peuple et au monde entier que son objectif reste le même, à savoir l’éradication d’Al-Qaïda («Barack H. Obama et la stratégie de l’escalade en Afghanistan»).

Tout en pointant du doigt l’AQPA, Obama a annoncé qu’il fera du renforcement de la coopération avec le Yémen un des axes de sa politique de lutte antiterroriste. Cela devra inclure, a-t-il prévenu depuis Honolulu, «l’entraînement et l’équipement des forces de sécurité yéménites, le partage du renseignement et la lutte conjointe contre Al-Qaïda».

Cet engagement américain contre Al-Qaïda au Yémen comprend plusieurs volets. D’abord, les volets militaire et sécuritaire. Le sénateur américain «indépendant» Joe Lieberman (président du comité sénatorial sur la Sécurité intérieure et les affaires gouvernementales) a récemment déclaré à l’émission dominicale phare de la chaîne «Fox News» du néoconservateur Rupert Murdoch que des forces spéciales américaines étaient déjà bel et bien présentes sur le sol yéménite pour récolter des renseignements sur Al-Qaïda et traquer les combattants salafistes jihadistes.

Pour montrer l’engagement (ouvert cette fois) des États-Unis aux côtés des autorités de Sanaa dans leur lutte contre Al-Qaïda, le général David Petraeus, chef du CentCom (Commandement central qui supervise les opérations en Irak et en Afghanistan), s’est rendu à plusieurs reprises à Sanaa. La dernière fois, c’était début janvier. On le voyait sur les écrans de la télévision yéménite aux côtés du président Saleh. Il a profité de l’occasion pour annoncer plus que le doublement du soutien financier américain à Sanaa en matière de sécurité, tout en précisant que ses hôtes avaient déjà reçu l’année dernière une enveloppe d’environ 70 millions de dollars. C’est-à-dire une enveloppe supplémentaire de plus de 63 millions de dollars en 2009 par rapport à l’année fiscale de 2006 pour ce qui touche au principal programme d'assistance officiel du Pentagone au Yémen. À cela s’ajoutent évidemment les montants du volet clandestin de l’assistance militaire américaine. Cette enveloppe était consacrée notamment à l’entraînement des troupes yéménites et à l’achat de matériels adéquats à la lutte anti-insurrectionnelle.

L’investissement américain est une indication tangible de la volonté de Washington de coopérer étroitement avec Sanaa dans les domaines de lutte contre le terrorisme et la piraterie et un encouragement à faire mieux et plus. C’était le sens du message d’Obama transmis ce janvier par le militaire américain au président yéménite (dépêche de l’agence officielle yéménite Saba). D’où l’intensification des opérations militaires contre l’AQPA dans des provinces de l’est de la capitale (Bayda, Abyane et Chabwa). Faisant des dizaines de morts dans les rangs de combattants jihadistes présumés.

Au niveau civil, l’USAID (Agence fédérale de développement international) a consacré, aux termes de l’année fiscale 2009, une modeste somme de 21 millions de dollars aux secteurs de la bonne gouvernance, la santé, l’éducation et la croissance économique. Bien que modeste, cette enveloppe représente une augmentation sensible par rapport à l’exercice financier de la précédente année fiscale (9,3 millions de dollars). Cette contribution civile américaine sera augmentée aux termes de l’exercice financier de l’année en cours. Elle atteindra le chiffre de 40 millions de dollars. Ce qui représente à terme un doublement du volume d’aide civile américaine à ce pays. Vu les sommes colossales consacrées à l’aide civile américaine dans des pays comme l’Afghanistan et le Pakistan, faisant (à moindre degré il est vrai) face aux mêmes menaces, l’investissement civil au Yémen semble dérisoire. C’est d’ailleurs ce qu’a déjà déclaré Sanaa.

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Après avoir largement négligé le champ yéménite de la lutte contre Al-Qaïda, les États-Unis se trouvent aujourd’hui obligés de s’y engager. Mais la faiblesse de l’enveloppe budgétaire consacrée au volet civil de leur programme de lutte antiterroriste dans ce pays est un indicateur du fait qu’ils n’ont pas encore pris la mesure du chaos yéménite.


7 janvier 2010

 


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