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Israël/Palestiniens: le mouvement Hamas

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Le mouvement islamiste palestinien Hamas est créé en 1987. Vingt-deux ans plus tard, il est devenu incontournable pour toute solution du conflit israélo-palestinien. Sans son ralliement, point de dépassement de l’état de division du peuple palestinien et point d’État palestinien.



Selon le public concerné, le Hamas suscite frayeurs, fantasmes, haines ou admiration. Sentiments largement dus soit à une méconnaissance de la trajectoire historique du principal mouvement islamiste palestinien, soit à une manipulation intéressée de son image de groupe radical, soit enfin à sa rhétorique grandiloquente. L’une renforçant les autres et vice-versa. C’est dire la complexité du phénomène islamiste. Sentiments qui en disent également long sur l’impuissance des uns et les craintes (parfois irrationnelles mais compréhensibles) des autres. Mais chose certaine: si les uns (le Japon, Israël et l’Occident en général) dépeignent le Hamas comme «organisation terroriste», d’autres (dans la «rue» arabe et islamique) le perçoivent comme une force combattante pour la liberté de son peuple. L’année 2005 représente une date charnière dans l’histoire de ce mouvement islamiste palestinien.

Au début étaient les Frères musulmans de Gaza et le cheikh Ahmed Yassine

Le Hamas (ou zèle, acronyme de Harakat al-Muqawama al-Islamiya, Mouvement de résistance islamique) est créé le 14 décembre 1987 par des islamistes se réclamant de la confrérie des Frères musulmans (née en Égypte en 1928). Il fête donc cette année son vingt-deuxième anniversaire. Sa naissance est survenue peu après le début de la première Intifada palestinienne. À cette occasion, le peuple palestinien des territoires occupés s’est soulevé contre la machine de contrôle militaire brutale et la forte expansion de la colonisation juive des terres arabes

L’entrée fracassante du Hamas en action politico-militaire contre les symboles de l’occupation israélienne (le soldat et le colon) était destinée à contenir les critiques de plus en plus acerbes que plusieurs Palestiniens, nationalistes (OLP) comme islamistes, adressaient à «al-Mujammaâ al-Islami» (le Centre Islamique fondé en 1970) de Gaza aux mains du cheikh Ahmed Yassine (1936-2004) pour son quiétisme affiché. On est donc loin de l’année 1973 qui avait vu (selon Charles Enderlin, Le Grand aveuglement, 2009) le général gouverneur militaire israélien d’alors participer (aux côtés de cheikh Yassine) à l’inauguration de l’immeuble des Frères musulmans à Gaza-ville. C’est ce même protégé de l’État hébreu qui deviendra une dizaine d’années plus tard le guide spirituel du principal mouvement islamiste palestinien opposé (les armes à la main) à l’État hébreu. La création de ce Centre islamique à Gaza faisait partie des infrastructures que la branche gazaouie de la confrérie des Frères musulmans avait mis en place pour préparer l’islamisation de la société palestinienne. À cela se sont ajoutées d’autres institutions comme l'université islamique de Gaza. Les services de sécurité intérieure israéliens voyaient (de leur côté) dans le nouvel acteur religieux un antidote efficace contre l’influence dans les territoires occupés du «laïc» Fatah et de ses alliés de l’OLP.

La section palestinienne des Frères musulmans (fondée en 1945 par Saïd Ramadan, gendre d’Hassan El-Banna, fondateur de la maison-mère à Ismaïlia) a aussi bénéficié du désarroi frappant les nationalistes arabes à cause de la défaite de juin 1967 face à Israël. Un autre événement majeur (survenant douze ans plus tard à Téhéran, cette fois) a renforcé l’influence islamiste dans la rue palestinienne.

Les différents programmes sociaux et éducatifs des islamistes, leur bénévolat au service des plus démunis et leur rhétorique religieuse leur ont fait gagner une aura de plus en plus contagieuse. C’est ainsi qu’ils ont fini par représenter un réel contrepoids (et défi) face aux «laïcs» de l’OLP, dont le siège social était toujours situé (pour des raisons évidentes) à l’extérieur des territoires occupés.

Pour ne pas être dépassés par le déroulement des événements liés à la première Intifada, ces Frères ont créé le Hamas. Tout en participant à la mobilisation populaire et à l’inventivité des moyens de résistance non armée, sa branche militaire («Brigades Izz Edine al-Qassam») n’hésitait pas à s’attaquer aux militaires et aux colons juifs dans les territoires occupés. Même d’innocents civils israéliens n’ont pas échappé à ses attentats terroristes encore moins à ses kamikazes. Des actions terroristes condamnables, tout comme le sont les attaques israéliennes n’épargnant pas non plus des civils palestiniens.

Le programme politique de Hamas s’articule autour du principe d’islamisation de la société palestinienne et de la création d’un État islamique sur toute la Palestine du mandat britannique (incluant donc Israël). Sa charte (que nous analyserons bientôt dans un article à part) ne reconnaît nullement l’État d’Israël. À la place, ce mouvement islamiste préfère parler d’«entité sioniste», dans le pur style nationaliste arabe des années 1950 et 1960. Il diffère en cela de l’OLP qui a fini par reconnaître l’État hébreu, prélude à l’engagement des négociations israélo-palestiniennes directes à Oslo et à la mise en place du processus de paix. S’il a rejeté les accords d’Oslo de novembre 1993, il a en revanche offert en 2003 à Israël une «trêve» (hudna, conformément à la loi islamique) d’une durée de dix ans, renouvelable, en échange d’un retrait de tous les territoires occupés en 1967. Mais cette ouverture exclut toute acceptation de la paix et toute reconnaissance en bonne et due forme de l’État hébreu (Hassan Balawi, Gaza, 2008)!

Si le Hamas avait intensifié ses attentats suicides entre 1993 et 2005, il y a officiellement renoncé un an plus tard («Dominique Vidal: Le mouvement Hamas. Une perspective non israélienne»). À la place, il a eu recours aux tirs de roquettes (depuis son réduit de Gaza) sur des villes israéliennes et aux enlèvements de soldats israéliens («Israël/Palestiniens: Sauver le soldat Gilad Shalit»).

Les obstacles dressés devant le processus de paix par différents gouvernements israéliens d’une part, et l’inefficacité, l’impuissance, l’autocratisme et la corruption de l’Autorité palestinienne ont de facto donné le droit de veto aux islamistes sur le processus de paix. L’éclatement de la Seconde Intifada était dans ce contexte du pain béni pour eux.

Avec l’assassinat, à quelques jours d’intervalle, de ses deux leaders charismatiques et consensuels (cheikh Ahmed Yassine et Dr. Abdelaziz al-Rantissi) par l’armée israélienne, le Hamas s’est doté de quatre centres de pouvoir. Gage de distribution du pouvoir. D’abord, une direction de l’intérieur partagée, d’une part, entre le gouvernement Hamas et son bras armé dans la Bande de Gaza, et la branche islamiste présente en Cisjordanie. Ensuite, la direction extérieure (chargée des affaires diplomatiques) est du ressort de la branche présente à Damas (Syrie).

La participation de facto aux institutions du processus d’Oslo
Si les islamistes ont toujours refusé de reconnaître le processus d’Oslo, ils ont fini (suite à un long débat interne mené également en termes religieux) par participer à ses institutions (Mohamed Al-Rantissi, Survivre à Gaza, 2009). Un changement de stratégie coïncidant notamment avec un changement de leadership islamiste. Ainsi, ils ont d’abord participé aux élections locales de 2005, puis législatives l’année d’après. Si au terme des premières, le Hamas s’est imposé comme la principale force d’opposition face à un Fatah, maître de l’Autorité palestinienne, les résultats des secondes ont été une surprise pour tous, y compris pour la direction islamiste (Khaled Hroub, Le Hamas, 2008). Les élections régulières et honnêtes voulues par Israël, l’Union européenne et les États-Unis ont ravi la majorité de leur allié Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité et du Fatah (depuis la disparition d’Arafat) au profit du Hamas qui obtient à cette occasion 56% des suffrages exprimés et une majorité de 74 sièges (sur 132 maroquins). Ce succès est un témoignage éloquent de l’échec du processus d’Oslo et du succès du travail de terrain de longue haleine des islamistes. Même s’il n’a pas en fait accepté la défaite de son mouvement, Abbas a chargé le Hamas de former un nouveau gouvernement qu’il savait condamné d’avance par Israël et l’Occident et qu’ils lui couperont aussitôt les vivres. Pensant pouvoir ainsi accélérer sa chute et du même coup le retour aux affaires du Fatah.

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Ni les pressions et sanctions économiques internationales, ni le blocus hermétique et les opérations militaires israéliens contre la bande de Gaza depuis qu’elle est tombée sous contrôle islamiste en juin 2007 (suite à l’échec du coup du Fatah et à l’expulsion sanglante de ses forces de sécurité de Gaza), n’ont réussi à priver le Hamas du pouvoir, encore moins à lui arracher les «trois oui» (oui au droit d’Israël à exister comme État, oui au processus de paix d’Oslo, oui à la renonciation au terrorisme comme outil de lutte contre l’occupation). D’un autre côté, Mahmoud Abbas n’a jamais réussi à reprendre le contrôle de Gaza, encore moins à réunifier le peuple palestinien. Depuis, c’est la division et le dialogue de sourds entre les deux protagonistes palestiniens. Faisant l’affaire de la coalition de droite au pouvoir en Israël et compliquant les efforts américains de parvenir à la création d’un État palestinien.

17 décembre 2009


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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