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Barack H. Obama et la stratégie de l’escalade en Afghanistan

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Le 1er décembre, Barack H. Obama s’est adressé à la nation américaine depuis la prestigieuse académie militaire de Westpoint. L’occasion d’annoncer sa stratégie qui comporte notamment le déploiement rapide de 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan et le début du retrait américain en juillet 2011. Une stratégie devant servir à «finir le boulot» laissé inachevé par son prédécesseur. 



Le conflit que Barack H. Obama continue à nommer la «guerre de nécessité» est maintenant vieux de huit ans. Devenant un des plus longs de l’histoire des guerres américaines à l’étranger. Après neuf réunions avec son conseil de sécurité nationale chargé de se pencher sur la stratégie afghane, le président a choisi la journée du 1er décembre pour s’adresser (à partir de la prestigieuse académie militaire de Westpoint) au peuple américain pour tenter de le convaincre de la justesse de sa stratégie et chasser le doute de son esprit. À cette occasion, l’homme du consensus devait (comme nous allons le voir dans cette analyse discursive) à la fois répondre aux demandes de renforts supplémentaires réclamés par le général Stanley McChrystal (commandant en chef des forces alliées à Kaboul) et rassurer le public sur la suite des choses (www.whitehouse.gov, 1er décembre 2009).

Intérêt national américain et objectifs de la stratégie de Barack Obama

Pour Obama, les objectifs premiers de sa stratégie de sécurité nationale dans cette région demeurent les mêmes, à savoir «désorganiser, démanteler et vaincre Al-Qaïda (et ses alliés extrémistes) en Afghanistan et au Pakistan et l'empêcher de menacer les États-Unis ou (ses) alliés dans le futur». Pour y arriver, il a notamment proposé de «poursuivre les efforts en Afghanistan», de «traquer toute forme de refuge à Al-Qaïda», de «mettre en échec la volonté des talibans de renverser le gouvernement afghan» et de «renforcer les forces de sécurité afghanes et les autorités de ce pays de sorte qu'elles soient en mesure d'assumer seules l'avenir (de leur) pays».

Pour le président américain, la sécurité de son pays est en jeu dans la zone Afghanistan-Pakistan. À l’adresse de tout sceptique éventuel, il a rappelé le contexte historique dramatique de ce conflit, c’est-à-dire les attentats terroristes du mardi 11 septembre 2001. Des attaques visant les symboles économiques et militaires de la puissance américaine, sans oublier le meurtre de près de trois mille personnes innocentes. Des actes planifiés par les dirigeants d’Al-Qaïda à partir d’un sanctuaire afghan dirigé d’une main de fer par un régime ultraconservateur et répressif. D’où l’empressement du Congrès américain à soutenir la guerre lancée contre le régime taliban et la mobilisation des membres de l’Otan derrière Washington. Sans oublier des Nations-Unies qui ont apporté leur seau de légitimation. Une mobilisation internationale cherchant à détruire le réseau des réseaux Al-Qaïda et protéger la sécurité collective.

Selon le locataire de la Maison-Blanche, une stratégie basée sur une «meilleure coordination des efforts civils et militaires» a permis d’enregistrer «plusieurs avancées» au Pakistan et en Afghanistan, sans oublier les coups durs portés au leadership d’Al-Qaïda dans le monde. Pour lui, «l’Afghanistan n’est pas perdu». Son gouvernement est loin d’être menacé de tomber entre les mains des Talibans. Al-Qaïda est quant à elle contenue dans ce pays.

Si de nombreux succès ont été enregistrés par la coalition internationale (chute du régime taliban, assassinat ou capture de nombreux dirigeants d’Al-Qaïda, démantèlement de leurs bases afghanes, mise en place d’un gouvernement élu…), plusieurs facteurs ont (selon Obama) rendu la «situation très difficile» en Afghanistan. À cet égard, il a cité (entre autres) l’absence sur le terrain d’effectifs conséquents a empêché la formation de forces de sécurité afghanes en nombres suffisants pour la tâche de protéger les populations locales. De plus, plusieurs hauts dirigeants d’Al-Qaïda (dont Oussama ben Laden et Ayman Al-Zawahiri) ont réussi à trouver «refuge dans les zones tribales pakistanaises». D’où ils ont repris la reconstitution de leur organisation et planifié depuis plusieurs attaques terroristes dans plusieurs pays. La légitimité du gouvernement afghan élu est atteinte par «la corruption endémique» du pouvoir, le commerce de «la drogue», une «économie sous-développée» et des «forces de sécurité inefficaces». Une situation qui a permis aux Talibans chassés du pouvoir en 2001 d’entamer leur retour. La main dans la main avec Al-Qaïda, avec comme objectif commun la précipitation de la chute du régime Karzaï et le rétablissement à sa place de l’ordre taliban.

La stratégie de l’escalade

Pour atteindre ces objectifs de sécurité nationale, Obama a élaboré une stratégie en trois volets (militaire, afghan et pakistanais) et d’une durée de dix-huit mois. Une stratégie qui verra une somme de 30 milliards de dollars dépensés cette année en Afghanistan. D’un point de vue militaire, cette escalade est en fait le troisième «sursaut» d’Obama puisqu’il avait déjà fait passer en deux étapes les effectifs militaires à Kaboul de 32.000 soldats à 71.000. Auxquels il a décidé d’ajouter cette fois 30.000 militaires dont le déploiement sera effectué dès les six premiers mois de 2010. Tout en précisant encore une fois que son pays ne cherche pas à «demeurer indéfiniment en Afghanistan» pour y mener un nation-building. Obama s’attend à ce que ces troupes supplémentaires contribuent à briser un «statu quo devenu intenable» à l’aide de trois éléments. D’abord, la reprise de l’initiative militaire face aux combattants talibans. Ensuite, la protection des principaux centres habités. Enfin, l’entraînement des forces de sécurité afghanes de manière adéquate et en nombres suffisants pour qu’elles puissent prendre la relève des forces de coalition sur le champ de bataille, protéger leur pays et préparer les conditions sécuritaires de transfert des pouvoirs aux dirigeants afghans. Facilitant ainsi un retrait bien ordonné des forces américaines de combat devant être entamé (en principe) dans dix-huit mois, c’est-à-dire à partir de juillet 2011. Malgré ce retrait programmé, une partie des militaires américains resteront sur place pour conseiller et assister les forces de sécurité afghanes.

Selon le volet afghan de la stratégie d’Obama, Washington agira en partenariat avec les Nations-Unies et le peuple afghan. L’objectif étant ici double. D’abord, l’amélioration de la situation sécuritaire sur le terrain. En échange de l’aide américaine, Obama voudrait que les autorités afghanes de tous niveaux fassent preuve de responsabilité et d’imputabilité, et ce en luttant notamment contre la corruption et en améliorant les conditions de vie de la population. L’aide américaine concernera en priorité des secteurs vitaux pour le bien-être des Afghans, dont l’agriculture. Pour mettre un terme au conflit actuel, Obama s’est montré ouvert à l’intégration des talibans qui acceptent de renoncer à la violence et qui respectent les droits des Afghans. Ce partenariat avec Kaboul est basé sur «un respect mutuel».

Obama est conscient du fait qu’une vraie stabilisation de l’Afghanistan à long terme ne pourra survenir sans la collaboration effective du Pakistan. Une puissance nucléaire qui est elle aussi (estime-t-il) menacée d’être touchée par «le cancer» extrémiste. Un «cancer» qui a déjà pris racine dans les zones tribales du Nord-Ouest. Pour gagner le concours d’Islamabad à sa stratégie d’Af-Pak, il lui a affirmé l’importance de leur partenariat stratégique. Un partenariat «construit sur (leur) intérêt, respect et confiance mutuels». L’aide apportée à Islamabad dans la lutte contre les groupes extrémistes ne pourra tolérer aucun sanctuaire pour terroristes. Elle comprendra également un soutien diplomatique au Pakistan, la défense de sa sécurité, l’assistance de sa jeune démocratie et l’aide financière substantielle à son développement économique. Un concours qui ira au-delà de la période de la guerre actuelle.

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Visiblement, Barack H. Obama sent que c’est le plan de la dernière chance en Afghanistan et qu’il joue là sa présidence. Sa stratégie est basée sur deux postulats. D’abord, que le régime Karzaï fera le nécessaire pour s’amender vis-à-vis de son peuple et mériter le soutien international. Mais celui-ci se montrera-t-il (le pourra-t-il?) à la hauteur de la tâche herculéenne qui l’attend? Deuxième postulat: la communauté internationale (en raison d’une menace terroriste réelle pour la sécurité collective) lui apportera de l’aide. Si certains pays (même à l’extérieur de l’Otan, dont la Russie) lui ont déjà exprimé leur soutien, d’autres (dont la France et l’Allemagne) traîneront le pied. Il faudrait aussi craindre que le calendrier de dix-huit mois ne se révèle inadéquat pour «finir la tâche encore inachevée».

3 décembre 2009


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