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Barack H. Obama et les options de la stratégie guerrière américaine en Afghanistan

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
La réunion le 23 novembre de Barack H. Obama avec son conseil de guerre est la dernière avant qu’il n’annonce la semaine prochaine les effectifs militaires supplémentaires qu’il dépêchera en Afghanistan. Sa stratégie guerrière devra choisir ou osciller entre deux options: une première option anti-insurrectionnelle et une seconde anti-terroriste.



Lors de la campagne électorale de 2008, le candidat Barack H. Obama ne cessait de répéter à qui voulait l’entendre que la guerre d’Afghanistan était une «guerre juste», une «guerre de nécessité» (contrairement à celle d’Irak, qui elle était mauvaise et «de choix», selon ses propres termes). Cette guerre dure maintenant depuis huit ans. Elle n’a jamais été aussi meurtrière pour les troupes américaines et alliées (sans oublier la population civile afghane) que depuis le début de cette année.

Devant l’échec de la stratégie américaine qui s’est traduite par la dégradation continue de la situation sécuritaire en Afghanistan et la montée graduelle de l’hostilité à cette guerre parmi le peuple américain (y compris au sein de la base démocrate, alors que les républicains l’appuient toujours), le président Obama devait se pencher sur la stratégie afghane de son administration. C’est pourquoi depuis le mois de mars dernier, lui, qui considère toujours cette guerre comme «nécessaire», a pris part (en compagnie de son équipe de sécurité nationale) à plusieurs réunions consacrées à la révision de la stratégie afghane. Une évaluation intervenant après qu’il ait décidé d’envoyer 21.000 soldats supplémentaires là-bas.

La rencontre du 23 novembre (la neuvième du genre) est sa dernière avant qu’il annonce le mardi prochain (dans un discours solennel à la nation à partir de la prestigieuse institution d’éducation militaire de West Point) la stratégie qu'il a retenue pour «finir le boulot» laissé inachevé par G.W. Bush en Afghanistan, avec l'envoi probable de dizaines de milliers de soldats supplémentaires (30.000 soldats, selon www.cnn.com, c’est-à-dire les trois-quarts de ce que lui a réclamé depuis plusieurs semaines le général Stanley McCrystal, chef des forces américaines et de l’Otan en Afghanistan). Des troupes qui s’ajouteront aux 68.000 militaires déjà déployés sur place.

En plus de cette décision, Obama aura à trancher entre deux options: celle de la lutte anti-insurrectionnelle et celle de la lutte anti-terroriste. L’objectif stratégique étant ici d’empêcher Al-Qaïda de reprendre pied en Afghanistan, d’où elle pourrait menacer la sécurité nationale des États-Unis («Barack H. Obama et l’objectif de la présence américaine en Afghanistan»), comme elle l’avait fait plusieurs fois dans le passé.

COIN: l’option de la lutte anti-insurrectionnelle

Le général McChrystal ne s’est pas trompé quand il a basé son argumentaire sur un constat alarmant pour la mission américaine en Afghanistan. Les Talibans ont effectivement le vent en poupe. Ils font preuve d’agilité tactique. Ils recourent à une panoplie de moyens divers pour atteindre leur objectif stratégique, à savoir le retrait des forces étrangères d’Afghanistan et la réinstauration de leur ordre ultra conservateur.

Pour retourner cette situation désastreuse pour Washington et ses alliés, le chef du commandement allié a proposé à l’administration Obama une stratégie anti-insurrectionnelle (la fameuse doctrine du COIN (contre-insurrection) chère au général David Petraeus, chef américain du CentCom et protecteur de McCrystal). C’est ce même célébrissime général qui avait coordonné la rédaction de ce qui est devenu la Bible des militaires américains, à savoir un manuel militaire de doctrine anti-insurrectionnelle. Son application en Irak a contribué à la baisse significative du degré de violence.

La stratégie anti-insurrectionnelle proposée à Obama par le général McChrystal se veut le moyen efficace pour retourner la situation en faveur des forces internationales et éviter ainsi une défaite humiliante. Il pense que l’ajout de 40.000 soldats américains supplémentaires est seul à même de lui permettre de remplir sa mission, c’est-à-dire conquérir le terrain perdu aux mains des talibans, le sécuriser (en éliminant les poches de résistance) et consolider les nouveaux gains en œuvrant éventuellement à l’amélioration de la situation socio-économique des populations locales. Le but recherché ici est double, d’abord, de montrer l’engagement effectif des forces internationales aux côtés du peuple afghan face aux insurgés; et, ensuite, gagner son consentement au régime Karzaï.

La stratégie anti-insurrectionnelle présente un avantage de taille d’un point de vue de communication publique militaire. En engageant des forces conséquentes de l’infanterie, on réduit les sorties aériennes et par conséquent le nombre des victimes civiles afghanes potentielles dites «collatérales» de ces même frappes aériennes. Limitant la colère de la population et privant jusqu’à un certain point les insurgés talibans et leurs alliés jihadistes d’un levier commode de propagande.

Mais cette stratégie exige le déploiement sur le terrain (au milieu des populations locales) de nombreux soldats et non seulement les seuls 10% actifs en dehors de leurs bases militaires (comme c’est le cas actuellement). Avec tout ce que cela comporte comme risque pour leur propre sécurité. Ensuite, un nombre élevé de soldats étrangers déployés sur le terrain pourrait, d’une part, multiplier les opportunités pour les jihadistes de faire de plus en plus de victimes parmi eux; et, d’autre part, rendre encore plus visible l’empreinte occidentale dans un pays hostile à toute présence militaire étrangère sur son sol. Une présence assimilée à l’occupation. Facilitant à terme la propagande talibane et attisant le feu de la résistance locale. Encore, en raison de la longue période d’engagement de cette stratégie (sans garantie de succès), son coût financier est astronomique. Chaque soldat américain déployé en Afghanistan coûte annuellement au trésor public de son pays 250.000 dollars. Si McCrystal obtenait gain de cause, cela représenterait pour le Trésor un coût supplémentaire de 10 milliards de dollars par an, ce qui alourdirait une facture annuelle qui coûte déjà 43 milliards de dollars aux contribuables (selon les derniers chiffres dévoilés par le Congressional Research Service, un organisme affilié au Congrès). Enfin, en raison de la faiblesse indéniable de la légitimité du président afghan Karzaï («Présidentielle afghane: Pourquoi Karzaï n’est pas la solution»), un des objectifs essentiels de la COIN, à savoir l’idée de gagner l’appui de la population au gouvernement central, se trouve dangereusement hypothéquée.

ATS: l’option de la lutte anti-terroriste et le Pak-Af

Le vice-président Joe Biden a plaidé en faveur de l’accélération de l’entraînement des troupes militaires et de sécurité afghanes pour qu’elles prennent elles-mêmes en charge la sécurité de leur pays. Au lieu d’essayer de vaincre les talibans dans les différents recoins du Sud et de l’Est afghans (à l’aide de la COIN), il privilégie quant à lui une stratégie de lutte anti-terroriste (ATS) contre des groupes tels Al-Qaïda qui eux sont considérés comme les vrais ennemis des États-Unis. Cette lutte devrait être menée à l’aide notamment du déploiement de drones et d’unités d’élite des forces spéciales américaines. Leur rayon d’action toucherait les zones le long de la frontière afghano-pakistanaise. Pour briser les rangs des insurgés, il propose «d’acheter» des loyautés, et ce en «retournant» les chefs tribaux pachtounes, à l’aide notamment de la distribution d’argent, de privilèges et du pouvoir. Il aimerait voir différents acteurs internationaux concernés par la menace terroriste aider son pays à réussir. Au lieu de concentrer les efforts américains sur l’Afghanistan, Biden propose de s’intéresser à la place au Pakistan, car c’est dans cette puissance nucléaire que l’état-major d’Al-Qaïda s’est réfugié. On passerait ainsi de la stratégie dite Af-Pak à celle du Pak-Af. Tout un changement de cap. On cesserait ainsi à titre d’exemple de dépenser en Afghanistan trente fois la somme allouée au Pakistan.

L’ATS présente un triple avantage pour Washington. D’abord, elle réduirait la facture de l’effort de guerre en Afghanistan. Ensuite, elle éviterait l’augmentation des pertes en vies américaines, et cela en réduisant le nombre des troupes au sol, et du coup réduirait le cercle des opposants américains à la mission. Enfin, elle permettrait d’éviter que la présence américaine soit assimilée à l’occupation, avec le risque d’enflammer les passions nationalistes au bénéfice des insurgés talibans et des alliés jihadistes avec lesquels Obama veut justement en finir.

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La décision qu’annoncera Obama mardi prochain sera probablement une des principales décisions de sa politique étrangère. En attendant de trouver une stratégie diplomatique de sortie honorable de ses troupes de combat d’Afghanistan, il devrait privilégier une stratégie hybride de lutte contre les insurgés et les jihadistes. Une stratégie qui serait plus adaptée dans un pays de grande diversité naturelle et humaine.

26 novembre 2009


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