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Rapport Goldstone : De la complexité juive

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Cher Monsieur Richard J. Goldstone, conviendrait-il de vous rappeler quelques principes de base que la longue histoire de vos aïeux aurait pu vous transmettre ? Tout d’abord, d’une manière générale, concernant les conflits humains, seule la haine semble le mécanisme de fonctionnement.
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Michel Gurfinkiel a écrit fort justement : « Quelle est la signification stratégique du rapport Goldstone ? L’opération Plomb Fondu a montré que Tsahal avait les moyens militaires d’écraser les organisations totalitaires et terroristes qui menaient une guerre asymétrique contre Israël. Il faut donc impérativement, du point de vue islamiste et pro-islamiste, qualifier cette opération de crime de guerre afin d’empêcher Tsahal d’employer à nouveau ces moyens.
Qu'un magistrat juif sud-africain, ancien serviteur du régime de l’apartheid, se charge de cette tâche, c'est encore mieux. »



Cher Monsieur Richard J. Goldstone, conviendrait-il alors de vous rappeler quelques principes de base que la longue histoire de vos aïeux aurait pu vous transmettre ? Tout d’abord, d’une manière générale, concernant les conflits humains, seule la haine semble le mécanisme de fonctionnement. Comme l’écrit Baudrillard «  l’Homme est un animal ambigu dont on ne peut extirper le mal … La haine est peut-être aussi une ultime réaction vitale.» De ce fait, le raciste est , en quelque sorte , l’Homme essentiel. Il est profondément humain car chaque homme tremble devant l’altérité : l’Étranger lui est étrange et effrayant.

Ainsi l’antisémitisme , on y revient toujours, c’est la meilleure haine.
On aime dans la fratrie car on peut se détendre, s’identifier, ou alors on aime après avoir dompté. Mais allez donc dompter un juif ! Sa résistance inquiète, sa longévité dans les siècles irrite, sa survivance même, après tant de persécutions, de pogroms, de cadavres, de tripes sorties …

On ne pardonne pas à la mort et à l’Histoire de vous hanter, surtout lorsqu’elles sont incarnées et vivantes.

Le juif est ce mort-vivant, en tête du long cortège de la misère humaine. Il n’aurait pas dû survivre. L’innocent mort est émouvant, mais l’innocent meurtri qui vous regarde et qui vous rappelle vos crimes est insupportable. Il vous rend criminel deux fois. Pourquoi ne se cache-t-il pas ?

Décidément ce juif impudique mérite notre haine et c’est sa faute n’est-ce- pas ?

L’antisémitisme perdure dans cette maladie où lâcheté, culpabilité et peur panique d’autrui font leur œuvre. Peut-on calmer ces consciences troublées par tant de sinueuses désespérances Monsieur Goldstone ?

D’abord étudier la curieuse alchimie morale du JE et du NOUS. Le sociologue K. Merton écrivait : « Le mot « ferme » se conjugue comme suit : Je suis ferme, tu es entêté, il a une tête de cochon. »
Nantis de ce principe élémentaire nous comprenons comment l’antisémite transmute le vice en vertu et la vertu en vice.
Martin travaille tard : il est industrieux et résolu. Cohen travaille tard: c’est une preuve absolue de sa concurrence déloyale. Martin est frugal, économe. Cohen est avare, ladre. Tous les honneurs sont dus à notre héros. Le juif, l’autre héros des autres n’est que rusé et astucieux … et il a de la chance.

Il est clair que le juif Cohen n’a aucune réalité. Il est l’ennemi parfait , le tiers-exclu, le diable, qui par son existence, nous rassure sur la rationalité des mauvais coups de la destinée qui nous frappent.
Ainsi va la question juive cher Monsieur … Mais l’expression question juive ne vous parait-elle pas inexacte? La question serait-elle posée par la seule victime ? C’est plutôt le bourreau qui met à la question la victime.

Il n’y a pas de question juive mais, je vous le rappelle, il y a une façon bien juive de poser question. Une façon d’apparence religieuse mais encore plus profonde, une démarche prométhéenne: la pratique des MITZVOTH, l’effort que l’on poursuit , dans une attitude altière et sans concession, le refus d’une réduction anthropocentrique de la divinité. Voilà ce qui dérange.

La pratique c’est le judaïsme intransigeant et stoïque. Le judaïsme c’est la pratique car personne ne peut se prétendre juif à titre individuel. Il ne l’est que dans sa participation à la communauté de prière du peuple de la Torah.

Mais alors, à quoi sert l’exercice des MITZVOTH ? Au sens vulgaire à rien. Le juif ne réalise jamais son ambition qui est de se rapprocher de Dieu car la distance entre l’Homme et Dieu est un infini calcul pour astrophysicien. Alors à quoi bon ? La réponse tient en un seul mot, rappelez-vous : l’effort ! Et comme en écho Spinoza « La liberté de l’Homme est dans l’action menée dans la contrainte de sa propre nature » Le mouvement lui-même est tout. C’est une dialectique entre le nomade condamné à marcher toujours sans connaître le repos et le sédentaire. C’est précisément le moyen, disait Maimonide, qui est but et fin en soi. Que l’on sache considérer davantage l’effort vers que l’illusoire atteinte du but car il n’y a pas de but et le moyen est la recherche essentielle et le véritable but.
Ainsi, voyez-vous cher Monsieur Richard J. Goldstone, le juif éternel n’est pas ce nihiliste destructeur. Il est über alles et über allem sur les cimes de la pensée. L’antisémite, « ce raciste cultivé » sait qu’il ne veut y accéder. Il préfère la confusion des certitudes.
Monsieur Goldstone, votre rapport servira donc « aux racistes cultivés », ils vous élèvent une statue, ces petits malins qui se gobergent à l’idée, que grâce à vous ils vont pouvoir croquer des petits juifs, en toute impunité en réclamant la fin des « sionistes».

Un jour peut-être, vous interrogerez-vous sur la signification tragique de votre rapport Monsieur Goldstone ? Je crains fort qu’elle se résume en ceci : Vous ne montrez pas l’image d’un juge indépendant, d’un juif incorruptible plein d’amour et de compassion pour son prochain mais d’une horloge brisée car vous avez oublié la parole de Jules Renard: « L'horloge, c'est le Juif errant. Écoutez ce pas boiteux, et lent, et fatigué, mais qui ne s'arrête jamais. » Je vous laisse dans votre orgueil et votre pourpre, honte et dommage vous suivent.

Alors, après vous avoir relu, les juifs, les justes et les honnêtes gens iront se laver à grande eau en lisant le remarquable ouvrage de Minczeles : Histoire du Bund.

Il était un temps où le yiddish fut adopté comme langue de propagande, il était un temps où la société juive se voulait une nation spirituelle, un peuple dont la patrie était le monde entier. Il était un temps où les travailleurs juifs étaient d’abord des travailleurs luttant contre la misère, produit des frontières que se donnaient les impérialistes pour exploiter l’humanité toute entière … C’était le temps du Bund.

Un temps éradiqué par la Shoah … Et Israël vint. Essayez de vous souvenir Monsieur Goldstone. Essayez.


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