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Les États-Unis sont-ils en guerre contre l’islam ?

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®
Les mouvements islamistes hostiles aux États-Unis ont coutume de dire que ce pays est engagé dans une guerre de civilisation contre l’islam. Un procédé rhétorique assez astucieux destiné à alimenter le feu de l’antiaméricanisme dans le monde islamique et donc à attirer de nouvelles recrues radicalisées.



Il suffit à l’internaute de surfer sur la toile islamique pour prendre conscience de cette idée assez répandue, qui veut que les États-Unis, un pays dit judéo-chrétien, soient engagés dans une lutte à finir avec l’islam. Une guerre de religion! Pour accréditer une telle idée saugrenue, chacun va de son argumentaire. À l’appui, on se sert, entre autres, des maladresses rhétoriques et politiques de George W. Bush ou de sorties controversées de commentateurs influents ou obscures de droite ou d’extrême droite américaine.

Pourtant, l’examen des faits reliés à la vie des musulmans aux États-Unis ou à la politique étrangère de ce pays dément largement cette rhétorique.

Un pays qui chérit la liberté religieuse et la liberté de conscience

Les États-Unis est le pays où la Constitution protège le plus les libertés religieuses et la liberté de conscience de ses citoyens. Sans exception ou discrimination. Des libertés dont bénéficient également de simples immigrants avant naturalisation ou des étrangers en situation régulière. Un état libéral dont jouissent également les Américains musulmans. Ces derniers peuvent exercer leurs cultes et célébrer leurs fêtes religieuses, en toute liberté. Aucune loi ne les en empêche ou en limite l’exercice. Ici, c’est la philosophie libérale d’accommodement raisonnable qui guide les pas du gouvernement, des établissements scolaires ou autres, chaque fois que c’est nécessaire. Les musulmans peuvent par exemple construire autant de mosquées qu’ils le veulent. Ils peuvent ouvrir leurs propres écoles. Ils peuvent faire du prosélytisme, sans être intimidés ou inquiétés par quelque autorité que ce soit. D’ailleurs, l’islam est la religion qui croît le plus rapidement aux États-Unis. Les musulmans peuvent également se réunir en toute liberté dans leurs mosquées ou centres culturels et sociaux, sans crainte pour leur sécurité.

Le peuple américain s’est toujours montré respectueux de la dévotion de sa minorité musulmane. Au point où la confession islamique des auteurs des attentats du 11 septembre 2001 n’a pas empêché les Américains de se montrer plus curieux que jamais de cette religion. Au lieu de condamner sans appel l’islam, les mosquées et les centres culturels islamiques n’ont jamais été autant fréquentés que depuis ces attentats. C’est dire la curiosité intellectuelle de ce peuple dont plusieurs dans le monde se plaisent à brosser un portrait caricatural. Évidemment, plusieurs musulmans ont souffert (du racisme et) du climat d’hostilité créé par les attentats terroristes et même certains d’entre eux ont été victimes d’actes islamophobes (violents parfois), notamment dans certains États du sud du pays. Si certains commentateurs conservateurs ont continué de manière éhontée à exploiter le «filon» islamophobe, les choses ont en revanche repris graduellement leur cours normal.

En plus de l’intégration des musulmans dans un paysage religieux américain pluraliste et toujours en transformation, les membres de cette minorité sont bien intégrés dans la société. Au point qu’ils disposent de niveaux d’éducation et de revenus plus élevés que la moyenne de leurs compatriotes. On compte plusieurs d’entre eux dans la haute fonction publique, dans les forces armées, dans les services de sécurité nationale du pays et des États, à l’université, dans le secteur privé, au sein des différents partis politiques, dans les syndicats, dans les grands médias du pouvoir, etc. Les prisons et les forces armées ont leurs propres imams pour guider spirituellement leurs ouailles.

Cette contribution à l’avancement de leur pays est hautement reconnue. C’est pourquoi un président comme Barack Hussein Obama (et avant lui Bill Clinton dès 1993) a invité plusieurs de leurs représentants à la cérémonie de rupture du jeûne cette année. Sa secrétaire d’État, Hillary Rodham Clinton, a fait de même dans son ministère. À différentes occasions, Obama a manifesté son islamophilie et la communauté des valeurs des trois religions du Livre, le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Une politique étrangère américaine loin d’être hostile à l’islam

La politique étrangère est un autre élément dont se sert la toile islamiste antiaméricaine pour cultiver l’opposition contre les États-Unis. Évidemment, le conflit israélo-arabe est utilisé à satiété pour «prouver» la véracité de la thèse de la guerre américaine contre l’islam.

Personne ne peut nier qu’à ce jour les différentes administrations américaines, qui se sont succédé au pouvoir à Washington, ont agi selon ce que l’on appelle communément la politique des «deux poids, deux mesures», chaque fois qu’il s’est agi du conflit entre Israël, d’une part, et les Palestiniens et le monde arabe, d’autre part. Une préférence liée à la fois à l’influence du puissant lobby pro-israélien sur la définition de la politique moyen-orientale américaine, à la montée en puissance du lobby évangéliste des chrétiens sionistes, à des affinités psychologiques entre Israël et les États-Unis et à l’alliance ferme tout au long de la guerre froide et au-delà du petit État juif avec son puissant protecteur américain.

Mais l’arrivée de Barack Hussein Obama au pouvoir à Washington est un élément parmi d’autres («Les 100 jours d’Obama et le Moyen-Orient») d’un changement en profondeur touchant la société et le monde politique américains. Tout en réitérant les «liens indéfectibles» entre son pays et l’État d’Israël, il a dit sa détermination à œuvrer pour la résolution du conflit israélo-arabe et donc israélo-palestinien. Plus important encore, il a exprimé son empathie à l’égard «des souffrances du peuple palestinien». Du jamais vu pour un président américain. C’est dire qu’on a là un début de la démarche vers un «Balancing Act» quand il s’agira de ce conflit.

Si comme on vient de le voir, les États-Unis ont presque toujours pris le parti de l’«ennemi» israélien au détriment du monde arabe, ils n’ont pas hésité dans d’autres contextes géopolitiques de se ranger du côté islamique. Rappelons-nous l’Afghanistan pris avec l’occupation brutale soviétique. Aussi, la tragédie des musulmans bosniaques et kosovars exposés aux entreprises génocidaires, du moins de nettoyage ethnique, de Milosevic et de ses Serbes ultranationalistes. C’est grâce à l’alliance avec eux que la puissante Armée rouge a été défaite à Kaboul et les entreprises racistes serbes mises en échec. Évidemment, là (comme ailleurs) les Américains ont agi conformément à leur intérêt national. Mais quel État du système international n’agit-il pas ainsi?

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Les États-Unis ne sont pas en guerre contre l’islam. Leurs minorités musulmanes jouissent de tous leurs droits civils et politiques. Au lieu de consommer cette culture du conflit chère aux islamistes antiaméricains, les musulmans devraient au contraire questionner ses fondements et ses buts politiques ultimes. Ils devraient également privilégier les entreprises bâtissant des ponts de dialogue et d’amitié avec cette grande démocratie, tout en préservant leurs intérêts.

Le 5 octobre 2009


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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